Faits divers – Justice

Un policier jugé aux assises pour avoir tué un délinquant à Noisy-le-Sec en 2012

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu dimanche 10 janvier 2016 à 19:21

Amal Bentounsi, la soeur d'Amine Bentounsi, tué par un policier en 2012
Amal Bentounsi, la soeur d'Amine Bentounsi, tué par un policier en 2012 © Radio France - Rémi Brancato

Le 21 avril 2012, Amine Bentounsi meurt d'une balle dans le dos, tirée par un agent de police qui tente de l'interpeller, à Noisy-le-sec en Seine-Saint-Denis. Le policier est jugé aux assises, fait rarissime, à partir de ce lundi, en plein débat politique sur la légitime défense des policiers.

Amine Bentounsi est mort le 21 avril 2012. Cet homme de 28 ans, condamné à plusieurs reprises, notamment pour braquage à main armée, est alors en cavale depuis 2 ans, n'ayant jamais regagné sa prison après une permission. Un témoin l'aperçoit à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, donne l'alerte et la police tente de l'interpeller. L'homme prend la fuite, un policier le rattrape, seul en voiture. Il descend, tire à 4 reprises et le touche d'une balle dans le dos.

Le policier est jugé à partir de ce lundi par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis à Bobigny pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique". Pour la soeur de l'homme tué, Amal Bentounsi, ce procès est déjà important : 

"C'est un fait rarissime qu'un policier soit traduit devant une cour d'assises."

Elle espère que ce procès permettra "à d'autres familles d'aller jusqu'au bout et de faire le nécessaire pour que les gens victimes de violences policières ne soient pas sans réponse." Elle met en avant de nombreux témoignages qui assurent que son frère a été tué alors qu'il se trouvait de dos : "quand on a des témoins et des experts qui nous disent que la balle est rentrée dans le dos, ce sont les faits."

La question de la légitime défense au cœur des débats

La question de la légitime défense du policier au moment des tirs sera donc au cœur du procès, d'autant que le policier, lui, assure qu'Amine Bentounsi lui faisait face, ou en tout cas se trouvait de profil. Ce qui est sur c'est qu'il avait une arme sur lui et le policier dit avoir été menacé au moment du tir, comme le rappelle son avocat, Dominique Merchat :

"Il a toujours dit : 'Je n'ai vu que son visage et l'arme pointée sur moi et j'ai tiré'"

Cette question est également politique, au moment où un projet de loi du gouvernement prévoit d'assouplir les conditions d'utilisation des armes pour les policiers. Les avocats des deux parties estiment que cette question ne doit pas intervenir dans les audiences. Michel Konitz, l'avocat des parties civiles, et notamment de la soeur d'Amine Bentounsi, estime que ce procès c'est celui d'un policier, pas de toute la police :

"Le climat ambiant ne doit pas changer le débat."

Les débats vont porter sur la légitime défense, Rémi Brancato

Dans ce contexte, le procès sera très suivi. Au moment des faits, déjà, dans l'entre deux tours de la présidentielle de 2012, des policiers avaient manifesté dans Paris pour soutenir leur collègue.