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Faits divers – Justice

Un psychiatre sarthois mis en examen pour viols et agressions sexuelles

mercredi 10 janvier 2018 à 5:57 Par Yann Lastennet, France Bleu Maine et France Bleu

Le Docteur Jean Paul Guittet est mis en examen ce matin pour viols, agressions sexuelles. Une de ses patientes accuse le psychiatre manceau d'avoir abusé d'elle à plusieurs reprises. Le médecin sarthois, qui a été placé en garde à vue, nie les faits.

Le psychiatre sarthois Jean Paul Guittet va être mis en examen pour viols et agressions sexuelles. Il est soupçonné d'avoir abusé d'une de ses patientes
Le psychiatre sarthois Jean Paul Guittet va être mis en examen pour viols et agressions sexuelles. Il est soupçonné d'avoir abusé d'une de ses patientes © Radio France - Ruddy Guilmin

Le Mans, France

Le Procureur de la République a décidé de mettre en examen le psychiatre à l'issue de sa garde à vue. Une information judiciaire est ouverte pour viols, agressions sexuelles. Il est aussi placé sous le statut de témoin assisté pour abus de faiblesse. Selon le Procureur, il pourrait y avoir d'autres victimes. Une perquisition a d'ailleurs été menée hier matin au cabinet du psychiatre. Le Procureur de la République a requis son placement sous contrôle judiciaire avec une interdiction d'exercer son métier jusqu'à nouvel ordre.

Une patiente l'accuse de l'avoir violée 

Elle affirme que le psychiatre a abusé d'elle à plusieurs reprises entre 2001 (date de son premier rendez-vous avec le médecin manceau) et octobre dernier. " J'ai commencé à consulter le Docteur Guittet deux ans après avoir perdu mon mari. Lors du premier rendez-vous, je lui ai raconté mes malheurs. Rien ne s'est vraiment passé" raconte Claire (prénom d'emprunt). " Mais dès la deuxième consultation, il m'a pris les mains, la tête, il m'a caressé les cheveux, il m'a embrassée mais ce n'était pas qu'un petit baiser.... Ses mains ont parcouru mon corps. Puis il a enlevé mon pantalon et il a continué à faire ce qu'il a fait. Malheureusement je n'ai pas réagi, je n'ai pas réagi. Cela peut paraître bizarre mais quand vous n'êtes pas bien, quand vous pensez plutôt à mettre fin à vos jours... c'est difficile à expliquer. Aujourd'hui je me pose la question, pourquoi je n'ai rien fait, pourquoi je n'ai pas réagi, parce que je n'étais plus moi même, parce que j'étais fragile. Je n'ai pas d'explication"

Claire (prénom d'emprunt) accuse le docteur Jean Paul Guittet de l'avoir violée. Elle explique qu'elle était fragile et que c'est que c'est pour cela qu'elle n'a pas réagi plus tôt

L'affaire Weinstein lui sert de déclic

Claire affirme que les agissements du Docteur Guittet ont duré plusieurs années. "Les consultations étaient toujours programmées le soir, à 18h30 - 19h. Des baisers, des caresses, tout cela a continué. Il m'a demandé de mettre des robes car c'était plus pratique ! Dans cette relation, j'ai trouvé parfois du réconfort. J'étais seule, fragile et puis c'est un médecin, il avait cette autorité. Je me rends compte aujourd'hui que j'étais une automate. J'ai du être son jouet, j'étais une automate".  En octobre 2017, Claire a un déclic. "J'ai arrêté de prendre un médicament. J'ai vu les choses plus clairement. Et puis il y a eu l'affaire Weinstein et le témoignage de cette actrice Asia Argento qui a raconté courageusement son histoire avec des détails". Dans l'émission de France 2 Envoyé Spécial du 26 octobre dernier, l'actrice italienne explique comment le producteur américain l'a violée. Elle a été parmi les premières à dénoncer les agissements d'Harvey Weinstein, au cœur d’un véritable scandale depuis. " Je me suis dit : mais c'est toi ! Et à partir de là,  je me suis rendue compte que le Docteur Guittet m'avait manipulée physiquement, moralement". 

Après les révélations de l'affaire Weinstein, Claire prend conscience que le psychiatre sarthois a abusé d'elle et l'a manipulée. Elle décide donc de porter plainte

Claire décide alors de porter plainte contre le psychiatre sarthois. " C'est une démarche difficile. Je suis toujours fragile mais j'ai décidé de porter plainte d'abord parce que ce qu'il m'a fait subir, évidemment, il n'aurait pas du le faire. Parce que c'est un médecin, que j'avais confiance en lui. Je lui ai parlé de ma vie, il devait m'aider et aujourd'hui j'ai toujours mes soucis, plus ce qu'il m'a fait subir". 

Placé en garde à vue lundi, le médecin manceau nie les accusations de viols et d'agressions sexuelles. D'après nos informations, il aurait reconnu avoir eu avec sa patiente des relations sexuelles consenties. Ce qui évidemment est contraire à code de déontologie de la médecine.

Au moins quatre autres patientes accusent le psychiatre manceau de viol ou d'agression sexuelle

Ce n'est pas la première fois que le Docteur Jean Paul Guittet est soupçonné de viol ou d'agression sexuelle. Au moins 4 de ses patientes ont dénoncé ses agissements par le passé.  

En 1980, le mari d'une femme écrit au conseil de l'ordre des médecins de la Sarthe. Il explique que le docteur Guittet profite de la faiblesse de son épouse pour "l'embrasser et la tutoyer". Ensuite le psychiatre lui "propose des relations sexuelles". La patiente aurait cédé à ses avances, selon le mari. Une enquête est diligentée par la chambre disciplinaire du conseil de l'ordre mais faute de preuve et "dans le doute", aucune sanction n'est prise à l'encontre du médecin. 

En 1995, c'est une patiente qui écrit au président du conseil de l'ordre des médecins de la Sarthe pour des faits remontant à 1987. Elle accuse le docteur Guittet d'attouchements. Mais elle ne porte pas plainte "non pas par lâcheté mais parce que je suis malade". 

Au delà d'une relation thérapeutique 

En  2004, Mathilde ( prénom d'emprunt) saisit la justice. Elle porte plainte contre le docteur Guittet qui, dit-elle, l'a violée (pénétration digitale). C'était en 1989, elle avait 17 ans. Mais les faits sont prescrits et le parquet classe l'affaire ( le délais de prescription était de 10 ans à l'époque, il est passé à 20 ans pour les affaires de viol depuis le 1er mars 2017). Le psychiatre sarthois nie les faits. Il reconnait juste avoir pris la jeune femme dans ses bras, l'avoir embrassée sur la joue et lui avoir caressé le dos". 

La section disciplinaire du conseil national de l'ordre des médecins conclut que le Docteur Guittet " est allé au-delà d'une relation purement thérapeutique (...)et a ainsi consciemment et délibérément adopté un comportement inadéquat qui revêt un caractère fautif". 

Et pourtant aucune sanction n'est prise à l'encontre du psychiatre sarthois malgré l'appel du ministère de la santé. 

Une seule sanction disciplinaire

En 2015, c'est au tour d'Emmanuelle (prénom d'emprunt) de saisir la justice. Elle aussi affirme avoir été violée par le Docteur Guittet. C'était aussi en 1989.  

Emmanuelle affirme avoir été violée par le Docteur Guittet lors d'une consultation en juin 1989

Là encore les faits sont prescrits au niveau pénal. Jean Paul Guittet échappe donc une nouvelle fois à la justice. Mais il n' y a pas de prescription au niveau du conseil de l'ordre des médecins de la Sarthe qui saisit la chambre disciplinaire du conseil régional comme le veut la procédure. En octobre dernier, celle-ci sanctionne Jean Paul Guittet à 3 mois d'interdiction d'exercice de la médecine. Car la chambre disciplinaire ne retient pas l'accusation de viol, qu'elle juge pourtant crédible mais faute de preuve, elle est rejetée.  Le docteur Guittet est sanctionné pour des gestes déplacés qu'il a avoués (prendre la patiente dans les bras et lui caresser les cheveux). Le psychiatre ayant fait appel de la décision, la sanction (3 mois d'interdiction d'exercer) est suspendue. L'affaire est donc renvoyée devant le Conseil national de l'Ordre des médecins à Paris.