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Faits divers – Justice

EXCLU - Un réseau de proxénétisme nigérian démantelé à Toulon

mardi 4 décembre 2018 à 14:35 Par Christelle Marquès, France Bleu Provence et France Bleu

Deux proxénètes nigérianes viennent d'être écrouées pour leur implication dans un réseau de traite d'êtres humains et de proxénétisme qui sévissait à Toulon. Une enquête de la Brigade de Répression du Proxénétisme de la PJ de Marseille qui met en lumière une filière très structurée.

Un réseau nigérian de prostitution démantelé à Toulon (photo d'illustration)
Un réseau nigérian de prostitution démantelé à Toulon (photo d'illustration) © Maxppp - F. Charmeux

Toulon, France

La Brigade de Répression du Proxénétisme de la direction interrégionale de la Police judiciaire de Marseille a procédé à l'interpellation de deux ressortissantes nigérianes la semaine dernière à Toulon. Elles étaient à la tête d'un réseau qui a prostitué une vingtaine de jeunes nigérianes depuis deux ans autour de la gare de  la ville. Les jeunes femmes étaient toutes dans un état de dépendance financière et psychologique. Un an après une affaire similaire dans les Bouches-du-Rhône, ces faits mettent une nouvelle fois en lumière l'existence de réseaux spécialisés dans la traite des êtres humains.

C'est une jeune prostituée qui a osé parler et dénoncer les faits. Et ce qu'elle raconte est terrifiant. Comme les autres filles, elle est recrutée dans un village du Nigéria. Elles sont toutes issues d'un milieu très défavorisé, et les passeurs leur promettent un emploi de coiffeuse ou dans la restauration pour les faire venir en Europe. "Ils leur font miroiter une vie meilleure que ce qu'elles ont au Nigéria, et elles pensent qu'une fois arrivées en Europe, elles pourront exercer un métier qui leur permettra d'envoyer un peu d'argent à leurs proches rester au pays" résume la commissaire divisionnaire Murielle Anquet, chef d'Etat Major de la DIPJ de Marseille.

"Des voyages qui peuvent durer des mois" selon Murielle Anquet.

Elles sont alors prises en charge par des passeurs africains pour rejoindre la "Terre promise". Des voyages dans des conditions épouvantables, car elles sont parquées comme du bétail, dans des camions, qui les emmènent du Nigéria, en passant par le Niger puis la Libye, où elles peuvent rester plusieurs semaines, avant d'atteindre par bateau l'Italie puis la France. Quand après parfois plusieurs mois de voyage, elles arrivent enfin dans la région, et sont prises en charge par des "mamas", d'anciennes prostituées nigérianes qui sont montées en grade et se chargent de maintenir la pression sur ces jeunes femmes. Il n'est alors plus question d'emploi de serveuse, ou de coiffeuse. Les filles rejoignent le trottoir.

"Des jeunes prostituées totalement dépendantes" 

Des jeunes femmes qui se retrouvent alors sans un centime en poche, souvent sans papier, à qui ces fameuses mamas expliquent qu'il faut désormais rembourser leur passage. "Un passage tarifé jusqu'à 35 000 euros, qui s'ajoute aux frais d'hébergement de 450 euros par mois pour chaque fille logée à plusieurs dans un studio insalubre" relate Murielle Anquet. Ce qui plonge ces jeunes nigérianes dans un état de dépendance financière total qui les empêche de s'enfuir. Elles sont d'autant plus contraintes que le réseau exerce sur elles des pressions psychologiques liées à leur propre culture.

Chacune a en effet assisté avant son départ à "une cérémonie du Juju" mêlant pratiques vaudoues et croyances selon le Procureur de la République de Toulon, Bernard Marchal. Elles en ressortent convaincues qu'en cas de non respect de leur parole, elles font courir un risque à leurs proches restés au Nigéria ou qu'elles mêmes pourraient subir le mauvais sort. "Elles n'ont quasiment aucune chance de sortir toute seule du réseau" commente Murielle Anquet.

C'est pourquoi la PJ,  et notamment la Brigade de Répression du Proxénétisme, effectue un gros travail sur ces réseaux très structurés en étant référente en matière de traite des êtres humains. Les filles, quand elles osent parler, sont prises en charge et dirigées vers des associations spécialisées, afin qu'elles ne retombent pas dans les mains d'autres proxénètes.