Faits divers – Justice

Un secouriste alsacien témoigne : après le séisme au Népal, l'aide massive est difficile à gérer

Par Alexandre Tandin, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass jeudi 30 avril 2015 à 17:59

Philippe Breton Népal
Philippe Breton Népal © Radio France - Photo : Alexandre Tandin

De retour de Katmandou au Népal, Philippe Breton a retrouvé ce jeudi sa ville de Strasbourg. Encore vêtu de sa combinaison de secouriste, le politologue, membre de la direction de la Croix-Rouge française, garde en tête des images, des rencontres et treize heures de discussions dans l’avion qui a rapatrié 206 Français, victimes du séisme.

Philippe Breton, bénévole depuis six ans à la Croix-Rouge et membre de la direction nationale de la Croix-Rouge française est rentré à l'aube ce jeudi de Katmandou, la capitale du Népal, à bord de l'avion qui a rapatrié plus de 200 Français, dont cinq grièvement blessés. Tous sont traumatisés par ce qu'ils ont vécu depuis le séisme de samedi.

La première image qui lui revient c’est celle de cette femme sur la passerelle qui lui fait quitter le sol népalais et qui lui confie : « vous n’imaginez pas tout ce que l’on a vu ».  Des maisons broyées par le choc, des bâtiments historiques dévastés, d’autres qui résistent, témoignages d’une injustice difficilement compréhensible. C'est aussi le souvenir d’un choc étourdissant, le sol qui se dérobe sous les pieds : ce monde si paisible que de nombreux touristes viennent rechercher s’effondre. Des cris, des larmes, des victimes par milliers... tous ces Français ont vu des cadavres.

Les secouristes interviennent au pied de l'avion. - Aucun(e)
Les secouristes interviennent au pied de l'avion.

"Les blessés sont gravement atteints, les tremblements de terre, ça provoque des polytraumatismes, les gens viennent en souffrance, sont brisés dans leur corps" , nous confie Philippe Breton. Des os brisés, des côtes qui perforent les poumons, Philippe se souvient des cris qu’il entend sur les brancards. Mais il y a aussi cette douleur invisible, celle que les survivants garderont certainement toute leur vie. "Tous se souviennent du moment du tremblement de terre, tous parlent de l’endroit où ils étaient, et ce qu’ils faisaient au moment précis du tremblement de terre."      

"L’infrastructure du pays ne permet pas d’absorber toute cette aide aussi rapidement"

Sur place, Philippe Breton assiste au ballet des avions remplis d’aide humanitaire. "Toute cette aide internationale qui arrive... les Népalais trouvent que ça commence à faire beaucoup. L’infrastructure du pays ne permet pas d’absorber toute cette aide aussi rapidement. Donc, le paradoxe, c’est cette aide massive qui arrive, et il faut qu’elle arrive, et la difficulté d’un pays en ruine pour digérer, en quelque sorte, toute cette aide ."

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Les blessés sont conditionnés sur le tarmac de l'aéroport de Katmandou. - Aucun(e)
Les blessés sont conditionnés sur le tarmac de l'aéroport de Katmandou.

Le secouriste ne sait pas ce qui est advenu des 20 tonnes de matériel médical que l’avion français a déchargé sur le tarmac. Elles iront à une ONG, peu importe laquelle. C’est une organisation empirique qui se met en place pour faire face à l’urgence.  

"Ils ont trouvé le temps long"

Dans l’avion qui raccompagne ces 206 victimes françaises se mêle à la fois le soulagement d’être de retour en France, mais également une frustration. "Ils ont trouvé le temps long entre samedi et l’arrivée de l’avion, ils ont eu une certaine frustration que l’ambassade ne fasse pas mieux. En même temps, l’ambassade, c’était de petits effectifs, des gens qui n’étaient pas forcement formés à la catastrophe, surtout de cette ampleur."

En arrivant à la gare de Strasbourg, Philippe Breton a rencontré par hasard deux Alsaciens, eux aussi rescapés du Népal. Ils sont rentrés par d’autres moyens, l’échange n’a duré que quelques secondes sur le quai de la gare. Drôle d'endroit pour une telle rencontre.

Les Français embarquent dans l'avion qui les ramènera à Paris. - Aucun(e)
Les Français embarquent dans l'avion qui les ramènera à Paris.

 

Philippe Breton, membre de la direction nationale de la Croix-Rouge française, témoigne au retour du Népal