Faits divers – Justice

Une balle perdue, 5 vies brisées devant les assises du Loiret

Par Anne Oger, France Bleu Orléans mardi 13 septembre 2016 à 17:02

Les 4 accusés comparaissent libres devant la cour d'assises
Les 4 accusés comparaissent libres devant la cour d'assises © Radio France - Stéphane Barbereau

Ce sont 5 amis qui se retrouvent pour 3 jours devant la cour d'Assises du Loiret. 4 sur le banc des accusés, et l'autre, Hassan, sur celui des victimes. En septembre 2012, il avait reçu une balle en pleine tête, tirée par son ami Mohamed, qui jouait avec un pistolet

Hassan assiste au procès entouré de ses frères, sa soeur, et leur maman. "C'est toute une famille dont la vie a basculé ce soir-là" confie leur avocate, Me Hélène Chollet. "Hassan a conscience en partie de son handicap, il est sous tutelle aujourd'hui, il fugue régulièrement, il a du mal à manger, il est en vie mais sa vie, c'est celle d'un enfant de 8 ans". En vie, le jeune homme de 22 ans à l'époque aurait pu ne plus l'être après ce 29 septembre 2012 à l'aube. Il est venu passer la soirée chez son ami Mohamed El Mossaoui, les parents de celui-ci sont absents, partis en vacances au Maroc. Mohamed habite seul dans l'appartement. Depuis quelques années il a renoncé aux études, pourtant menées jusqu'en Master. Il passe beaucoup de temps à fumer du cannabis, à boire avec ses potes, comme Hassan et les autres. C'est une soirée assez banale, donc.

Un pistolet acheté 100 euros

Sauf que Mohamed tient à leur montrer le pistolet qu'il a acheté quelques jours plus tôt, peut-être pour se protéger après des bagarres et des coups de feu dans le quartier de la Source, c'est là que se déroulent les faits, quartier Beauchamps. Un pistolet et un fusil à pompes, 150 euros l'ensemble. Le pistolet, c'est un Lüger, calibre 9mm. Mohamed El Mossaoui commence par mettre la cartouche à l'envers dans le chargeur. Il essaie de la retirer avec un couteau de cuisine, et une fourchette. Ses amis se moquent un peu et retournent jouer à la Playstation dans le salon. Puis il arrive, il brandit le pistolet, le tourne dans tous les sens. Et le coup part... 

Déposé en sang aux urgences de la Source, l'arme enterrée dans une forêt en Sologne

Hassan s'écroule, la balle est entrée par l'oeil droit, ressortie par l'oreille gauche, le cerveau est touché, le sang coule. Mohamed El Mossaoui est accusé de violence avec armes. Et c'est ce qui se passe après qui vaut aux 3 autres amis présents ce soir-là, d'être jugés en même temps que lui. L'un d'eux est poursuivi pour non assistance à personne en danger, il s'est enfui après le coup de feu. Les trois autres emmènent Hassan à l'hôpital de la Source, ils le déposent aux urgences. Mohamed reste avec lui pendant que ses copains vont cacher l'arme dans la forêt en Sologne, et abandonnent la voiture à la Ferté Saint Aubin. Quelques heures plus tard, ils se rendent tous les trois au commissariat.

"Mohamed El Mossaoui n'a jamais voulu faire de mal à son ami, ses regrets sont immenses, il est anéanti par la culpabilité

Et finalement, ce sont 5 vie brisées que les jurés de la cour d'Assises ont à examiner. Les séquelles sont lourdes, pour Hassan, elles sont physiques, elles se lisent sur son visage. Mais selon l'avocate de Mohamed El Mossaoui, Me Gaëlle Duplantier, "il est anéanti par cet accident, il porte cette culpabilité. Pour lui aussi c'est difficile de se reconstruire, ses regrets sont immenses, il n'a jamais voulu faire mal à son ami". Seulement il y avait une arme au cours de cette soirée très alcoolisée, c'est aussi l'une des questions posées par ce procès. Pour Me Hélène Chollet, c'est aussi celle de l'amitié qu'il y avait entre ces 5-là. "Ils n'ont pas été à la hauteur du lien qu'il y avait entre eux".  A la fin de l'instruction, le juge avait demandé un renvoi en correctionnel, la thèse de l'accident semble évidente. Mais la famille d'Hassan, la victime, a souhaité un procès aux assises, à la hauteur de ce qu'elle vit au quotidien, à la hauteur du geste, aussi, et de la manière dont ses 4 amis se sont conduits.