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Faits divers – Justice

Une Drômoise victime d'un "chirurgien boucher"

jeudi 4 octobre 2018 à 3:08 Par Nathalie Rodrigues, France Bleu Drôme Ardèche et France Bleu

Véronique, 54 ans, devait subir une hystéroscopie à l'hôpital de Montélimar (Drôme) le 30 mai, une chirurgie ambulatoire, banale sur le papier. Elle a failli mourir.

Véronique, 54 ans, victime d'une opération chirurgicale qui a tourné au cauchemar
Véronique, 54 ans, victime d'une opération chirurgicale qui a tourné au cauchemar © Radio France - Nathalie Rodrigues

Montélimar, France

Véronique, 54 ans, une habitante de Saulce-sur-Rhône devait subir une hystéroscopie. Une intervention tout sauf invasive, prévue en ambulatoire, pour cautériser un fibrome, une tumeur bénigne sur l'utérus. Elle est rentrée au bloc à 14h30 et devait rentrer chez elle deux heures plus tard. Chirurgie ambulatoire.

Mais le gynécologue-obstétricien qui a pratiqué l'intervention a percé son utérus, touché des veines iliaques et l'artère fémorale. Véronique a été transportée dans un état critique, avec un pronostic vital engagé, au CHU Edouard Herriot à Lyon. Elle y est restée 1 mois et demi, et était en hospitalisation à domicile jusqu'à ce mardi. 

Des séquelles lourdes

Véronique garde des séquelles lourdes. Les chirurgiens ont dû lui retirer la paroi abdominale. Elle porte un corset, sans quoi elle risquerait l'éventration. 

"Plusieurs gestes de la vie quotidienne me sont interdits" explique Véronique, "je ne peux pas me baisser, m'accroupir, je ne peux pas me lever normalement, je suis toujours en train de solliciter mes bras, mes épaules, ce qui engendre d'autres douleurs. Par rapport à avant, je n'ai plus trop de vie, on est un handicap, une charge pour les autres." Mettre des chaussettes lui est impossible. 

"Par rapport à avant, je n'ai plus trop de vie" — Véronique

Véronique raconte son opération et les séquelles

Un médecin qui continue son geste malgré les alertes du bloc

Véronique et sa famille ont porté plainte. Elle attend de la justice "que ce monsieur ne fasse pas subir à d'autres ce qu'il m'a fait subir. C'est aux magistrats de prendre une décision pour protéger la population et les autres femmes."

Le gynéco-obstétricien qui a opéré Véronique est d'origine allemande. Il avait été recruté début mai à l'hôpital de Montélimar. Son diplôme, son inscription à l'Ordre des Médecins, son passif ont été vérifiés assure le directeur, Michel Cohen. Il reconnaît qu'il y a eu accident médical, se dit "navré pour la patiente et sa famille"

Dans un courrier à l'Ordre des Médecins, le directeur détaille le comportement du praticien au bloc : "après avoir perforé l'utérus sans s'en rendre compte, il a continué son geste chirurgical malgré les alertes de son aide opératoire. (...) Il a touché l'artère fémorale. Il est resté sidéré et incapable de prendre une décision alors que le pronostic vital de la patiente était engagé".

L'hôpital de Montélimar a immédiatement suspendu le gynéco, l'a signalé à l'Ordre des Médecins dont il dépend, celui du Bas-Rhin. Son droit d'opérer a été suspendu pour l'heure, mais il a le droit de recevoir en consultation. Il aurait un cabinet à Strasbourg. Nous n'avons pas été en mesure de rentrer en contact avec lui ce mercredi.

Véronique garde espoir

Véronique n'exprime pas de colère: _"la colère m'empêcherait d'aller de l'avant, c'est destructeur. Moi ce que je veux, c'est vivre, pas survivre. Quand je dis vivre, c'est redevenir indépendante_, pouvoir prendre un seau pour faire mon ménage, pouvoir sortir du linge de ma machine à laver, pouvoir nettoyer chez mes chiens, pouvoir les promener en laisse, pouvoir prendre ma voiture, amener ma fille au cheval. Vivre. Je ne reste pas vers le passé, sinon je pense que je partirais en dépression nerveuse. Je regarde vers l'avant et je me dis : "comment je vais faire pour réparer ce ventre, qu'est-ce qu'ils vont pouvoir faire pour moi?""

Moi, ce que je veux, c'est vivre, pas survivre. Vivre. - Véronique

Véronique : "ce que je veux, c'est vivre. Pas survivre"

Véronique espère aussi que la justice lui accordera une indemnisation, pour les soins, les aides, dont elle risque d'avoir besoin plusieurs années.