Faits divers – Justice

Une ouvrière de chez Lindt à Oloron condamnée pour avoir piégé des chocolats

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn et France Bleu lundi 18 janvier 2016 à 18:32

Le magasin d'usine de Lindt à Oloron
Le magasin d'usine de Lindt à Oloron © Radio France - Daniel Corsand

Une ouvrière de l'usine Lindt d'Oloron a été condamnée ce lundi à un an de prison avec sursis. Ana avait introduit des "corps étrangers" dans des chocolats et dans des boîtes. Elle a agi par dépit.

Le sabotage porte sur dix-huit chocolats en tout, en plusieurs épisodes. Ana a commencé en mai 2014 par un petit lien métallique dans un "chocolat crème brûlée". Un bout d'aluminium dans un "tourbillon crémeux", et une petite vis en métal dans un "praliné nougat". Dès ce premier sabotage une enquête a été ouverte par les gendarmes, avec de gros moyens mis en œuvre. L'usine a renforcé ses contrôles sur les lignes de production en posant des détecteurs de métaux et des portiques à rayons X. Ana a attendu plusieurs mois avant de remettre ça. Elle a de nouveau commis trois autres sabotages pendant l'été dernier. Cette fois, dans les alvéoles des boites, elle a déposé des boutons pressions, des vis, une pièce d'un centime d'euro, des rondelles en métal et une pastille Valda.

De gros moyens d'enquête

Les gendarmes ont procédé méthodiquement avec la direction de l'usine. À chaque sabotage, les gendarmes ont réduit la liste des suspects en recoupant les tableaux de services, et en séparant les différents suspects. Au fur et à mesure de l'enquête, on est passé de cinquante suspects, à seize, puis six, trois, deux et finalement Ana. Elle a été interpellée chez elle, et a tout de suite reconnu les faits en garde à vue. Elle a été aussitôt licenciée pour faute lourde.

Une accumulation de frustrations

Ana a débuté à l'âge de seize ans chez Lindt. Elle y a fait vingt-trois contrats de saisonnier. Elle a voulu dire sa frustration de ne pas être reconnue. De ne pas avoir de CDI depuis le temps. Elle explique qu'elle a mal vécu d'avoir vu des jeunes, des plus jeunes qu'elle, être titularisés. À 57 ans, cette mère et grand mère, qui vit seule, faisait encore de la manutention sous le régime des 3/8. Elle n'est pas venue à l'audience et a laissé son avocat, Maître Philippe Dabadie, parler à sa place. Son avocat a expliqué que c'était plus bête que méchant. "Elle a piégé les chocolats pour qu'on le découvre, pas pour faire du mal aux consommateurs". 

Cette société entretient une certaine précarité.

— L'avocat d'Ana

Me Philippe Dabadie, l'avocat d'Ana

De gros dommages et intérêts

Lindt and Sprungli n'a pas demandé de préjudice d'image pour ne pas accabler Ana. En revanche, pour le préjudice matériel, elle a présenté la facture à l'euro près. Il a fallu rappeler des boites qui avaient été expédiées pour des vérifications. Cela a coûté en terme de logistique, et aussi en heures de travail. La société demande 551 000 euros à son ex employée. "Ça fait plus de 30 000 euros le chocolat. C'est le plus cher du monde" s'est exclamé l'avocat d'Ana à l'audience. Le tribunal l'a condamnée aussi à payer, dans les limites de ses capacités financières.