Faits divers – Justice

Une vaste affaire d'escroquerie devant le tribunal correctionnel d'Amiens

Par Rosalie Lafarge, France Bleu Picardie mardi 17 janvier 2017 à 17:28

Le palais de justice d'Amiens
Le palais de justice d'Amiens - Google Street View

A coup de montage pour déduire la TVA et de fausses bonnes affaires, ils auraient subtilisé plusieurs millions de francs au fisc et à au moins un entrepreneur picard. Quatre prévenus étaient convoqués ce mardi devant le tribunal correctionnel d'Amiens. Un seul s'est présenté.

Ils sont quatre prévenus dans cette affaire. Trois hommes et une femme accusés d'escroquerie en bande organisée, d'abus de biens sociaux, de fraude fiscale, de non paiement de l'impôt et de recel. Mais sur ces quatre prévenus, un seul s'est présenté ce mardi matin devant le tribunal correctionnel d'Amiens.

Cet homme est soupçonné d'avoir participé à cette vaste escroquerie. Il aurait été le gérant de droit, puis de fait d'une entreprise qui n'a pas réglé tout ce qu'elle devait au fisc, usant de montages pour déduire la TVA alors qu'elle ne devait pas l'être et de falsification des comptes. L'administration fiscale s'est d'ailleurs portée partie civile dans ce dossier et espère récupérer les sommes dues.

Un entrepreneur de Montdidier parmi les victimes

Mais le fisc n'est pas la seule victime de cette bande d'escrocs présumés. Un entrepreneur picard, patron d'une entreprise de soudure à Montdidier s'est lui aussi porté partie civile. Il aurait perdu près de deux millions de francs (l'affaire remonte au début des années 2000) en croyant s'engager dans une "bonne affaire". Il raconte que l'un des prévenus, absent, lui a proposé d'acheter de la marchandise censée être revendue plus chère ensuite, ce qui lui aurait permis de toucher de bonnes marges.

"En réalité, l'argent était encaissé sans aucune contrepartie, il a payé dans le vide" assure son avocate, Maître Sonia Abdesmed. Et d'après elle, cet entrepreneur ne s'en est jamais remis. "Il a travaillé sans cesse pour tenter de combler ses dettes", puisque forcément l'argent perdu a créé un gros trou dans ses finances, "mais cela l'a rattrapé puisqu'il a eu une procédure de redressement judiciaire et qu'il est toujours en difficulté plus de quinze ans après les faits".

"Son honneur a été bafoué, il se demande comment un homme d'affaire respecté, comme lui, a pu tomber dans le panneau. Tout simplement parce qu'il est tombé sur bien plus fort que lui, sur un escroc de très grande envergure" - Maître Sonia Abdesmed

D'ailleurs, tout le procès, ou presque, semble tourner autour de la personnalité d'un des quatre prévenus. Un homme présenté par les autres comme le cerveau de l'affaire, celui qui a tout organisé. Déjà condamné à Dubaï et en Italie pour des affaires de gestion frauduleuse et de non paiement de l'impôt, il serait encore à l'étranger. En tout cas, il ne s'est pas présenté à la barre.

Un prévenu se considère comme une victime

Le prévenu présent assure, lui aussi, être "tombé dans le panneau". Accusé d'avoir signé des chèques et validé des papiers qui auraient participé à l'escroquerie, il rejette la faute sur l'homme considéré comme le principal protagoniste. "Il a sans doute été négligent, reconnaît son avocat Maître Marc Decramer, mais comme les autres protagonistes du dossier, il s'est laissé impressionner par quelqu'un de mirobolant, qui présentait bien. Et qui, finalement, embobinait tout le monde".

Peu convaincu par cette version des faits, le Procureur a requis de la prison ferme à l'encontre du prévenu présent comme de l'absent, et du sursis pour le troisième homme. La décision a été mise en délibéré au 28 février.