Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Bouille

Vaudeville au procès de "l'affaire Bouille" : l'ancien directeur de la PJ s'explique sur sa relation avec un témoin

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon jeudi 12 février 2015 à 9:23

Christophe Gavat, ancien directeur de la police judiciaire de Perpignan
Christophe Gavat, ancien directeur de la police judiciaire de Perpignan © MaxPPP

L'ancien directeur de la police judiciaire de Perpignan a été entendu pendant quatre heures ce mercredi devant le tribunal correctionnel qui juge la vaste "affaire Bouille". Christophe Gavat a dû s'expliquer sur sa relation intime avec un témoin. Il dénonce une manœuvre de diversion.

Le procès de l'affaire "Bouille" devant le tribunal correctionnel de Perpignan *a viré au vaudeville * ce mercredi. 15 personnes sont poursuivies pendant trois semaines pour une vaste affaire de corruption touchant la commune de Saint-Cyprien dans les années 2000.

Ce mercredi, le tribunal a entendu pendant quatre heures, l'ancien chef de la police judiciaire de Perpignan en charge de l'enquête _* de 2008 à 2011. Certains avocats de la défense lui reprochent d'avoir mené *_une enquête partiale , car Christophe Gavat entretenait une liaison * avec un des témoins importants de cette affaire, Vicky Jacquinot une employée de la mairie de Saint-Cyprien.Le commissaire Gavat, aujourd'hui en poste à Annecy, s'est montré parfois ironique et souvent agacé par les questions du tribunal qui lui demande des détails sur sa relation amoureuse avec Vicky Jaquinot : "Je m'en souviens ça a commencé le soir de la victoire de l'USAP en juin 2009"* . Le policier assume "Tout le monde était au courant,  ça n'a jamais nuit à l'enquête. Elle ne m'a jamais fait de révélation majeure" ** . Une relation qui lui vaudra malgré tout un blâme de sa hiérarchie.

"C'est de l'enfumage total, déloyal et pathétique." (Christophe Gavat, ancien directeur de la PJ de Perpignan)

A la sortie de l'audience, Christophe Gava est en colère : *"C'est de l'enfumage , tout le monde était au courant de cette relation, présenter Vicky Vaquinot comme un poisson pilote, c'est une erreur monumentale de procédure , puisque ce sont les prévenus eux-mêmes qui nous orientaient sur l'enquête à suivre en fonction des dépositions qu'ils faisaient. J'en ai gros sur le cœur parce qu'il est profondément anormal qu'on cite les policiers qui ont mené l'enquête devant un tribunal correctionnel, les policiers ne sont jamais cités à l'audience. Ça fait 27 ans que je suis policier, j'ai arrêté moult voyous et  c'est la première fois que je suis obligé de répondre ainsi aux avocats de la défense. J'ai trouvé ça pathétique et déloyal, mais j'ai été heureux d'apporter un peu de vérité sur cette affaire. *

"Il faudrait qu'on revienne au cœur du sujet , le procès de la démocratie locale, les excès de la démocratie locale. Est-ce que j'ai commis ou pas une faute déontologique ? J'ai répondu à ma hiérarchie, j'ai reçu un blâme de ma hiérarchie, don't act. Mais le vrai sujet, c'est comment un homme arrive au pouvoir en 89 et arrive à polluer autour de lui un certain nombre d'individus et à les pousser à commettre des faits qui seront peut-être condamnés demain."

Christophe Gavat

"On va finir par se croire au procès DSK." (Le président du tribunal correctionnel de Perpignan)

Un peu plus tard à l'audience, Vicky Jacquinot, l'ancienne maitresse du commissaire et ancienne employée de la mairie de Saint-Cyprien relate sa visite chez Francis Montor, le directeur général des services de la mairie, déjà placé sous contrôle judiciaire : *"Il m'a sauté dessus et supplié de lui faire l'amour !"

Stupeur et rire gênés dans la salle d'audience."On va finir par se croire à Lille" * lâche le président. *"Je ne suis pas DSK" répond Francis Montor.

Comme un air de Vaudeville,  le fond de l'affaire devrait être enfin abordé ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Perpignan. Le procès se poursuit jusqu'au 27 février.

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