Faits divers – Justice

Vendangeurs polonais logés dans une maison insalubre en 2014 : les hébergeurs devant la justice

Par Sophie Constanzer, France Bleu Champagne-Ardenne et France Bleu mercredi 18 janvier 2017 à 13:14 Mis à jour le mercredi 18 janvier 2017 à 22:19

La logement insalubre avait été découvert lors d'un contrôle par les gendarmes.
La logement insalubre avait été découvert lors d'un contrôle par les gendarmes. © Radio France

Un couple de polonais était jugé ce mercredi 18 janvier devant le tribunal correctionnel de Châlons-en-champagne pour avoir logé près de 240 saisonniers polonais dans des conditions indignes à Fleury-la-rivière, en pleines vendanges 2014. 10 mois de prison avec sursis ont été requis à leur encontre.

Le couple de polonais, qui habite toujours à Fleury-la-rivière, était jugé ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Châlons-en-Champagne pour avoir logé près de 240 vendangeurs dans des conditions insalubres à Fleury-la-Rivière dans la Marne, au moment des vendanges en 2014. Les gendarmes et les agents de la Mutualité sociale agricole (MSA) avaient découvert le logement insalubre lors d'une opération de contrôle le 19 septembre 2014 (après dénonciation d'un voisin de la maison). "Pièces surpeuplées", "matelas posés au sol sans sommiers", découverte de "viande avariée"... Les deux hébergeurs sont accusés d'avoir soumis des personnes dépendantes à des conditions d'hébergement indignes, de détention d'aliments avariés et d'avoir exercé une activité de prestation viticole non déclarée.

On a juste aidé ces gens, c'était gratuit, on a mis la maison à disposition" -- le prévenu

Ce que conteste à la barre le couple qui affirme avoir seulement mis une maison à disposition. "Je n'ai rien fait de mal" clame la prévenue, aidée de son interprète. "On a juste aidé ces personnes, c'était gratuit...", rajoute son époux, chargé par des vignerons de Fleury-la-rivière et des alentours de fournir de la main d'oeuvre polonaise. Mais le couple dit n'avoir jamais été rémunéré pour une quelconque prestation. Les saisonniers venaient tous de la même région, le sud-est de la Pologne, et pour la plupart du même village que le couple.

Selon le rapport des enquêteurs, les saisonniers étaient logés dans une maison et ses dépendances, à 12 dans des chambres prévues pour quatre, sur des lits superposés. Et près de 750 kilos de nourriture avariée avaient été découverts dans la cuisine du logement et dû être détruits. Problème : les vendangeurs étaient repartis très vite en Pologne sans avoir parlé aux gendarmes après la découverte du logement insalubre. "Il n'y a pas une personne qui s'est plaint des conditions d'accueil... tous étaient légalement employés par les viticulteurs français donc je pense que la dérive a été que : vu qu'on a pas pu trouver de travail illégal, on a cherché ailleurs", souligne l'avocate du couple maître Hania Goutierre.

Des saisonniers polonais mal logés "au vu et au su de tous" selon la procureure de la république

Aucun saisonnier n'a été entendu et n'est d'ailleurs partie civile dans ce procès. Ni même une organisation professionnelle alors même que l'affaire avait fait grand bruit en 2014. Le Syndicat général des vignerons (SGV) avait même envisagé de se porter partie civile pour "atteinte à l'image de la champagne", mais il y a renoncé. Pour la procureure de la république, les polonais étaient mal logés "au vu et au su de tous" dans le village de Fleury-la-rivière mais "les vignerons s'arrangent avec leur conscience". La procureure de la république qui a requis 10 mois de prison avec sursis à l'encontre du couple ainsi qu'une confiscation des biens ou une amende de 23 000 euros. Le jugement sera rendu le 15 mars prochain.