Faits divers – Justice

Massacres d’animaux protégés près de Vesoul : des peines de prison avec sursis requises

Par Hugo Flotat-Talon, France Bleu Belfort-Montbéliard, France Bleu Besançon et France Bleu jeudi 6 octobre 2016 à 23:51 Mis à jour le vendredi 7 octobre 2016 à 16:55

Les anciens apprentis de la fédération (ici de dos) expliquent que face à la pression et au chantage de la hiérarchie, ils ne pouvaient pas refuser de tuer les animaux.
Les anciens apprentis de la fédération (ici de dos) expliquent que face à la pression et au chantage de la hiérarchie, ils ne pouvaient pas refuser de tuer les animaux. © Radio France - Hugo Flotat-Talon

Pendant près de trois ans, des dizaines d’oiseaux et autres animaux protégés ont été tués dans une réserve de la fédération de chasse à Noroy-le-Bourg. Les responsables présumés s’expliquent devant le tribunal de Vesoul depuis jeudi. Et se renvoient la balle.

Treize avocats. Sept personnes convoquées devant le tribunal. Près de cinquante personnes venues assister au procès dans une salle comble. Et rapidement la description des faits. Des chouettes, des chats sauvages et d’autres animaux apparaissent en photo sur un écran. Pris au piège dans des cages, ou déjà morts. "Nous avons à faire à un système de destruction d’espèces organisé et rémunéré", annonce la présidente du tribunal. Un système où 115 animaux protégés ont été mis à mort, parfois cruellement.

[ajout du vendredi 7 octobre, 16h50]. De 4 à 9 mois de prison avec sursis ont été requis vendredi à Vesoul à l'encontre de l'ancien directeur de la fédération des chasseurs de Haute-Saône, du responsable technique et de trois apprentis. Les détails de la journée de vendredi à lire en cliquant sur ce lien.

Les premiers faits remontent à 2010. La fédération de chasse de Haute-Saône (2 millions d’euros de budget – 8000 adhérents) souhaite aménager une « vitrine » pour le petit gibier sur un terrain de 56 hectares à Noroy le Bourg, près de Vesoul. « Un sentier pédagogique était même prévu », explique l’ancien président de la fédération, Robert Putz, devant le tribunal. Il veut développer le petit gibier. Mais d’autres animaux s’installent également sur le terrain. Des renards, des chouettes, des martres, des corneilles. Certains sont protégés, mais tous sont nuisibles au projet de « vitrine » de la fédération. Il est donc décidé de les éliminer, coûte que coûte.

On transperçait les oiseaux avant de les relâcher

Des pièges sont installés sur tout le site. Il y a des volières, des cages piégées. Une fois les animaux capturés, tous ou presque sont tués. Au départ, en les assommant, ou avec une arme à feu. Un silencieux est même acheté pour une carabine, chacun étant conscient que les faits sont illégaux. Puis les premiers doutes apparaissent. On craindrait les contrôles d’organismes environnementaux. "Alors, on nous à donné des poinçons. Il fallait transpercer les oiseaux par exemple, avant de les relâcher. Comme ça, si on nous observait aux jumelles, ça faisait comme si l’oiseau était relâché et il mourrait quelques mètres plus loin", raconte un apprenti à la barre du tribunal. C’est lui notamment qui finira par parler et fera éclater l’affaire au grand jour.

Prime à la queue

Ce jeudi devant le tribunal, trois anciens apprentis de la fédération sont présents. A leurs côtés, un ancien technicien, son responsable, le directeur de la fédération de l'époque et son ancien président. "Tout le débat est de savoir qui sont les commanditaires et qui sont les exécutants", explique la présidente. Les anciens apprentis sont les premiers à être entendus. Ils étaient tous mineurs au moment des faits. "On ne pouvait pas refuser de tuer, il fallait le faire si on voulait rester dans la fédération après notre apprentissage", explique Joan au tribunal. "Pour nous inciter et contrôler qu’on le faisait bien, on devait couper les queues des animaux et les ramener à la fédération. En échange de trente queues, on touchait 100 euros.", explique Thomas. Un jour les jeunes expliquent leur refus de continuer ces agissements. " La prime de queue "est augmentée pour les inciter à continuer. Certains ont touché près de 400 euros.

Ils ont détruit mon rêve

"Quand l’affaire a éclaté, le président m’a dit que je n’irais pas loin dans le domaine, qu’il avait le bras long ", affirme Thomas au tribunal. "Aujourd’hui je suis bûcheron, j'ai été refusé dans tous les fédérations, ils ont détruit mon rêve de gosse ", dit-il en pleurant. Un autre affirme qu’il a raté son diplôme car des membres du jury étaient en lien avec la fédération. Romain, leur chef de service de l’époque, est décrit comme très autoritaire. "Le président Robert Putz nous avait dit que si Romain disait de chier contre un mur, on devait chier contre un mur ", raconte Stéphane, un ancien un membre de la fédération.

Un incinérateur pour brûler les cadavres ?

L’ancien chef de service ne nie pas les faits. "Mais je ne voulais pas tuer les animaux protégés, j’étais sous l’emprise tyrannique du directeur et du président. J’étais bloqué." Il a perdu plusieurs kilos depuis le début de la procédure. "Mon rêve de travailler dans l’environnement est aussi brisé. Ils m’ont mis la pression, me menaçant de perdre mon emploi, voire en faisant des allusions sur ma sexualité". A côté de lui, en costume, l’ancien directeur se lève. Il est appelé à la barre. Il nie tout, ou presque. "J’ai tout découvert en août 2013 ." Les poinçons utilisés par les apprentis ? Il ne savait pas. "Et l’incinérateur que vous avez demandé aux apprentis de construire, pour brûler les cadavres ? ", demande la présidente du tribunal. "C’était pour brûler les queues de renard que doivent ramener les chasseurs toute l’année à la fédération ", explique-t-il.

La théorie du complot

Le dernier prévenu de la journée est appelé à la barre à 19h. L’ancien président de la fédération de Haute-Saône, Robert Putz, est nerveux. Il hausse la voix. "Je me demande même si on a pas monté ça de toute pièce pour me faire tomber", dit-il. Il rejette la faute sur Romain, le chef de service. "C’est lui qui m’a demandé d’acheter une arme ou qui voulait des primes pour les jeunes." L'ancien président assure qu'il ignorait tout. "On voulait faire de la réserve une vitrine pour le grand public afin de montrer que les chasseurs ne sont pas que des tueurs."

Trois ans d'enquête

Le président de la fédération de chasse du Territoire-de-Belfort Daniel Kitter vient témoigner devant le tribunal pour attester de honnêteté de l'ancien président. L'ancien sous-préfet de Haute-Saône, devenu ami de chasse de Robert Putz, fait de même. Après trois ans d'enquête, de perquisitions, d'écoutes téléphoniques et de contrôles judiciaires, la première journée s'achève au tribunal. Ce vendredi les avocats prendront le relais. Le jugement devrait être mis en délibéré en fin de journée.

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