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VIDÉO - Dans l'intimité de Michel Neyret, l'ex super-flic déchu nous raconte sa vie et sa vérité

Par Virginie Salanson et Véronique Pueyo, France Bleu Isère et France Bleu vendredi 14 octobre 2016 à 3:00

Michel Neyret nous a reçu chez lui, dans l'hôtel de la Gabetière, tenu par sa femme à Estrablin.
Michel Neyret nous a reçu chez lui, dans l'hôtel de la Gabetière, tenu par sa femme à Estrablin. © Radio France - Virginie Salanson

L'ancien grand flic lyonnais, Michel Neyret, nous a reçus chez lui, à Estrablin, dans le Nord Isère, à l'occasion de la sortie de son livre, "Flic". Michel Neyret raconte sa nouvelle vie, depuis sa condamnation en juillet dernier à 30 mois de prison ferme pour "trafic d'influence et corruption".

Quand on lui demande comment il va, Michel Neyret sourit, de ce sourire ravageur qui a fait son succès auprès des médias, des flics et des malfrats : "j'ai la santé, la liberté. J'ai appris avec mon expérience que c'était deux paramètres essentiels dans une vie. La santé évidemment et la liberté parce qu'on ne mesure pas le bien précieux que ça représente tant qu'on n'en a pas été privé. Moi j'en ai été privé 232 jours". L'ancien grand flic lyonnais, ex numéro deux de la PJ de Lyon, nous reçoit chez lui, un après-midi de pluie, ce jeudi 13 octobre, dans l'hôtel "La Gabetière", tenu par sa femme, Nicole, à Estrablin, dans le nord du département isérois. C'est là qu'il attend le 2e procès Neyret. Car deuxième procès il y aura. Après sa condamnation, en juillet dernier, à deux ans et demi de prison ferme pour "trafic d'influence et corruption", le Parquet a fait appel.

"Avec ce livre, il y a un risque que je déplaise ou que j’agace l’institution judiciaire, mais j’en suis conscient" dit Michel Neyret.  - Radio France
"Avec ce livre, il y a un risque que je déplaise ou que j’agace l’institution judiciaire, mais j’en suis conscient" dit Michel Neyret. © Radio France - Virginie Salanson

"J'ai dérivé, perdu ma lucidité"

"Sidéré", "abasourdi" par cet appel, Michel Neyret a décidé de réagir en publiant un livre pour dire "sa" vérité. Sobrement intitulé "Flic", et publié chez Plon, il y a raconte comment, dans les six derniers mois de sa carrière, il a "dérivé, perdu sa lucidité". Mais il veut surtout déconstruire "cette image de flic ripoux que l'on m'a affublé". Pendant 32 ans, Michel Neyret a travaillé avec des indics, des "mistigris" comme il les appelle. Sa méthode et ses résultats époustouflent, lui valant même la Légion d'honneur. Au moment de son arrestation, l'homme, au charisme évident encore aujourd'hui, est une légende dans la police.

→ Lire aussi : L'ex-grand flic Michel Neyret jugé pour corruption à Paris

C'est un indic qui le fait tomber, Stéphane Alzraa, un escroc de haut vol. Pour gagner sa confiance, Michel Neyret lui a fourni des informations confidentielles. Alzraa et son cousin, Gilles Bénichou, lui ont offert des cadeaux pour le remercier. Michel Neyret le reconnaît, "je me suis laissé séduire par cette vie de luxe, mais je ne me suis pas du tout enrichi dans ma démarche avec ces personnages" assène-t-il. "Et j'assume complètement ma condamnation. J'ai cru que je maîtrisais cette relation policier-informateur, mais je me suis fait manipuler".

"Je suis intimement convaincu que, sans les informateurs, les affaires de grand banditisme ne peuvent pas sortir", Michel Neyret. - Radio France
"Je suis intimement convaincu que, sans les informateurs, les affaires de grand banditisme ne peuvent pas sortir", Michel Neyret. © Radio France - Virginie Salanson

"Avoir de bons informateurs, c'est la base du métier de flic"

Cinq ans après son interpellation chez lui, à Estrablin, Michel Neyret a vécu une véritable descente aux enfers, traîné dans la boue, révoqué, condamné par la justice. Pourtant, il reste persuadé que le renseignement est la base du métier de policier. C'est d'ailleurs le fil conducteur de son livre, sa profession de foi. "J'ai vécu ma vie de policier dans le culte du renseignement et la culture de l'informateur. C'est la base du métier" martèle-t-il, "mais ça demande du temps (...). J'ai l'impression qu'aujourd'hui, dans la police, on décourage plutôt ceux qui ont envie d'aller chercher du renseignement et d'aller manipuler des personnes, sans doute un peu à cause de l'Affaire Neyret" regrette-il.

Des regrets amers et des projets incertains

Des regrets Michel Neyret, il en a : celui d'avoir fait vivre un calvaire à ses proches, sa femme Nicole, sa fille Charlotte. Celui aussi d'avoir attiré vers le fond, avec lui, ses collègues : le commandant Gilles Guillotin et le commissaire Christophe Gavat, de la PJ de Grenoble ont certes été relaxés par le tribunal correctionnel, mais leur vie professionnelle a été gâchée. "Ça, je le regretterai amèrement toute ma vie" confesse Neyret.

Désormais Michel Neyret aide sa femme, Nicole, "la femme de ma vie" à tenir son hôtel en attendant le prochain procès. - Radio France
Désormais Michel Neyret aide sa femme, Nicole, "la femme de ma vie" à tenir son hôtel en attendant le prochain procès. © Radio France - Virginie Salanson

"Avec mes équipes, on a fait beaucoup de bien car on quand même écarté beaucoup de prédateurs de la société"

Et pour les projets d'avenir ? Tant que le procès en appel, dans deux ans, ne sera pas terminé, Michel Neyret refuse de penser à l'avenir. "Je laisse encore ma vie entre parenthèse pour trois ans", calcule-t-il. En attendant, il vit à "La Gabetière" où il aide sa femme à tenir l'hôtel. Admiré et considéré autour de chez lui, il se fait souvent apostropher quand il promène son chien, Happy. On lui demande des autographes ou des selfies. Sa femme le taquine sur ce succès fou. Lui préfère y voir une forme de reconnaissance du travail accompli dans la police pendant 32 ans au service de la société. Quand il se regarde dans la glace, dit-il fièrement et calmement, il se "regarde en face, mais la société aussi je la regarde dans les yeux, très franchement, je ne détourne pas les yeux".

→ Pour aller plus loin : Le livre de Michel Neyret, "Flic", est sorti le 3 octobre dernier chez Plon.

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