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Faits divers – Justice DOSSIER : Histoires criminelles

VIDÉO - Histoires criminelles : l'Ordre du temple solaire, 16 membres d'une secte retrouvés morts en Isère

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Isère, France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

En décembre 1995, 16 corps sont retrouvés morts, carbonisés, dans une clairière du massif du Vercors (Isère). Tous sont adeptes d'une secte, l'Ordre du temple solaire. Retour sur cette affaire qui a marqué les esprits dans le dernier épisode de notre série, Histoires criminelles.

L'affaire de l'Ordre du temple solaire, 16 membres d'un secte retrouvés morts en Isère.
L'affaire de l'Ordre du temple solaire, 16 membres d'un secte retrouvés morts en Isère. © Radio France - Charlotte Hattenberger

Saint-Pierre-de-Chérennes, France

L'affaire a marqué les esprits dans les Alpes. En décembre 1995, les gendarmes mènent des recherches actives pour retrouver seize personnes portées disparues entre la Suisse et les Alpes françaises. Tous sont adeptes de l'Ordre du temple solaire, une secte fondée dans les années 80 par un médecin ostéopathe, Luc Jourret, et Joseph Di Mambro, inspirée des ordres templiers. 

Un charnier découvert dans le Vercors

Après plusieurs jours d'investigations, toutes les pistes pointent vers un petit village du massif du Vercors, en Isère : Saint-Pierre-de-Chérennes. C'est là que sont découverts les cadavres des seize personnes recherchées dont ceux de trois enfants. Des Français et des ressortissants suisses, dont les corps sont carbonisés et disposés en étoile dans une clairière, surnommée le "Trou de l'enfer". "C'est un spectacle horrible et insoutenable" raconte face aux caméras André Romey, le maire de la petite commune tranquille. 

Les faits se produisent en plus à quelques jours de Noël, de quoi marquer la journaliste de France Bleu Isère dépêchée sur place. Véronique Pueyo témoigne : "Je m’apprêtais à partir en famille pour les fêtes de fin d'année... on a retardé ce départ pour traiter l'affaire".

Le "trou de l'enfer", dans le Vercors (Isère) là où les corps des adeptes ont été retrouvés.  - AFP
Le "trou de l'enfer", dans le Vercors (Isère) là où les corps des adeptes ont été retrouvés. © AFP - Philippe Desmazes

Similitudes avec les incendies meurtriers de deux chalets en Suisse

Le terrifiant spectacle rappelle des faits qui se sont produits un an plus tôt, en 1994, en Suisse, sur les communes de Cheiry et Salvan. À l'intérieur de deux chalets, les secours retrouvent 48 cadavres dont ceux des deux gourous de la secte, Luc Jourret et Joseph dit "Jo" di Mambro. Quatre jours plus tôt, cinq membres étaient aussi retrouvés morts au Canada.

Joseph, dit "Jo", di Mambro et Luc Jourret, les gourous de l'Ordre du temple solaire. - Aucun(e)
Joseph, dit "Jo", di Mambro et Luc Jourret, les gourous de l'Ordre du temple solaire. - Photos DR

La thèse privilégiée par la justice helvétique est celle du suicide collectif. Un suicide, ou plutôt, selon la doctrine de l'Ordre un transit vers l'étoile Sirus, vénérée. Cela aurait permis aux adeptes de rejoindre un monde meilleur : le transit étant un voyage de l'âme par le biais du suicide. 

Pour le massacre du Vercors, "le scénario officiel est celui d'adeptes jaloux de voir que d'autres étaient partis avec les gourous" raconte Véronique Pueyo. "Les enquêteurs essaient très rapidement de trouver qui a commandité ce suicide collectif et tombent sur Michel Tabachnik, un chef d'orchestre à la renommée internationale, un Suisse féru d'ésotérisme."

L'intriguant Michel Tabachnik

"Au début, il nie complètement appartenir à l'Ordre du temple solaire, mais on s'aperçoit ensuite qu'il a rédigé les Archées, c'est à dire toute la doctrine de l'Ordre", poursuit la journaliste. Le chef d'orchestre aurait en effet participé à la structuration des fondements de l'OTS. Sur ses écrits, les gourous se basent pour créer des rituels aux effets spéciaux douteux (une épée truquée dont un éclair de lumière surgit pour justifier la conception théogamique d'un enfant, par exemple). 

En 2001, s'ouvre le premier de l'Ordre du temple solaire. Seul mis en cause, le chef d'orchestre Michel Tabachnik. Il est le seul inquiété – les deux gourous de la secte étant morts – et poursuivi pour avoir, selon la justice, poussé par ses textes les adeptes à se tuer

"Le problème est de savoir à quel moment, messieurs Di Mambro et Jourret ont décidé de suicider ou d'assassiner  ou de convaincre les adeptes de se suicider... Or, manifestement, le dossier nous révèle qu'ils l'ont fait à une période où monsieur Tabachnik ne participait plus aux activités de l'OTS" défend l'avocat du musicien, Francis Szpiner dans les couloirs de l'ancien musée de peinture de Grenoble, transformé pour l'occasion en tribunal correctionnel. 

"On sentait qu'ils avaient peur" — Véronique Pueyo, journaliste à France Bleu Isère

Lors de l'audition des témoins, d'anciens adeptes viennent témoigner à la barre. Certains arrivent "emberlificotés, cachés dans par écharpes, des chapeaux, pour ne pas être vus", raconte Véronique Pueyo, qui a suivi les audiences. "On sentait qu'ils avaient peur. Peur de Tabachnik qui était là et qui les regardait. En fait, ils ont été très gentils avec lui et ils ont dit qu'il n'y était pour rien." L'un d'entre eux expliquera même en première instance que, lors du transit, "c'était une preuve d'amour, on ne laissait pas les enfants mais on les emmenait avec soi". 

"Nous avons été une grande fraternité. Pour eux ça le reste, pour d'autres ça ne le reste pas" déclare d'un ton détaché Michel Tabachnik dans la salle des pas perdus. Avec le gourou Di Mambro, "ils étaient des amis très proches. (...) C'était aussi le talent de Di Mambro, flatter les gens qui pouvaient lui servir. Il avait avec lui cette caution ésotérique de l’idéologue, intellectuel artiste et Tabachnik l'a même reconnu, d'avoir été flatté et choisi pour écrire les archers, la doctrine de l'OTS", détaille Véronique Pueyo. 

Le chef d'orchestre Michel Tabachnik et son avocat Francis Szpiner lors du procès en première instance.  - AFP
Le chef d'orchestre Michel Tabachnik et son avocat Francis Szpiner lors du procès en première instance. © AFP - Gerard Malie
Les anciens adeptes se présentaient à la barre cachés par de grandes échapes et des chapeaux. - AFP
Les anciens adeptes se présentaient à la barre cachés par de grandes échapes et des chapeaux. © AFP

L'autre thèse

Dans ce procès, Alain Vuarnet, fils du grand champion de ski Jean Vuarnet qui a perdu sa mère et son frère dans le massacre du Vercors, défend une thèse contraire à celle du suicide collectif. Il est convaincu d'une intervention extérieure, intrigué par plusieurs éléments, comme la présence de deux policiers parmi les victimes, la prise de médicaments, les blessures par balles constatées sur des victimes ou les sacs plastiques retrouvés sur leurs visages. Des éléments retrouvés sur les scènes des massacres de Suisse. Alain Vuarnet ne croit pas au brasier enflammé par les adeptes eux-mêmes et suppose notamment l'usage d'un lance-flammes pour carboniser les corps, parle d'un "meurtre collectif". 

"Cette affaire est irrationnelle" — Francis Vuillemin, avocat de l'UNADFI lors du premier procès

"Je crois qu'une partie civile, une famille de victimes comme les Vuarnet, souhaite croire à cette thèse de l'intervention extérieure parce qu'elle donne une explication rationnelle aux membres de la famille. Or l'explication de cette affaire, elle est irrationnelle" réplique Francis Vuillemin, l'avocat de Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (UNADFI) lors du premier procès. 

Deux relaxes

Par manque de preuves, le tribunal correctionnel se voit contraint à deux reprises de prononcer des relaxes en faveur de Michel Tabachnik, en 2001 puis en 2006 au procès en appel. "Il n'y avait plus personne", témoigne Véronique Pueyo qui a également couvert le second procès. "On était seulement quelques journalistes à suivre l'affaire. On se dit 74 morts, pas de coupable, un procès en correctionnelle, deux relaxes, tant d'efforts pour aboutir à ça ?" s’interroge-t-elle. 

La journaliste de France Bleu Isère, marquée aussi par l'aspect ésotérique et irrationnel de l'affaire. Comment les victimes, souvent issues de milieux aisés, ont-elles pu croire au charabia de l'OTS ? "On se demandait comment ces gens peuvent croire ces balivernes... partir sur Sirius pour devenir un sur-homme, une sur-femme, ça paraît délirant. (...) Comment Jo Di Mambro a réussi a créer cet empire, a réussi à faire croire des choses aussi farfelues à des personnes censées. C'est cette manipulation mentale qui m'a fascinée."

Depuis 23 ans, l'Ordre du temple solaire ne fait plus parler de lui et Michel Tabachnik est redevenu chef d'orchestre. Il a aujourd'hui 75 ans. L'affaire de l'OTS a également intensifié la lutte contre les sectes en France. 

Photo, du 07 octobre 1994, montrant la chapelle de la secte du Temple solaire à Cheiry en Suisse.   - AFP
Photo, du 07 octobre 1994, montrant la chapelle de la secte du Temple solaire à Cheiry en Suisse. © AFP

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