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VIDÉO - Présidentielle : la question des forces de l'ordre vue par les candidats

Par Virginie Salanson, France Bleu jeudi 20 avril 2017 à 11:55

Les forces de l'ordre vues par les candidats à l'élection présidentielle (illustration).
Les forces de l'ordre vues par les candidats à l'élection présidentielle (illustration). © Maxppp -

L'affaire Théo, début février, puis les attaques contre les forces de l'ordre, dont la dernière le 20 avril à Paris, ont imposé le thème de la sécurité dans le débat politique et dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle.

Elle est bien loin l'unité nationale qui rassemblait les Français en janvier 2015, quand les manifestants étaient autant "Charlie" qu' "Ahmed", du nom d'Ahmed Merabet, ce policier abattu par les frères Kouachi, boulevard Richard Lenoir. Deux ans après, le constat est accablant.

L'état d'urgence, instauré en France en novembre dernier, a épuisé la profession. La baisse des effectifs au sein de l'armée et de la police se font cruellement sentir. Entre 2007 et 2012, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, 12.500 postes de policiers ont été supprimés, avec le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Pour faire face, le gouvernement de François Hollande a créé 9.000 postes de policiers et gendarmes en cinq ans. Mais "il faut poursuivre l'effort après mon quinquennat" a solennellement prévenu le président Hollande le 27 février dernier, appelant son successeur à l'Élysée à respecter un "socle de sécurité" trans-partisan.

Manque d'effectifs

La violente agression au des cocktails Molotov de quatre policiers dans l'Essonne, en octobre dernier a mis le feu aux poudres et provoqué un mouvement de grogne inédit des forces de l'ordre. Les syndicats de policiers ont appelé à une grève du zèle pour protester contre les risques qu'ils courent en service, le manque de considération dont ils feraient l'objet et le manque de moyens.

Autre motif de tension avec les forces de l'ordre : la violente arrestation du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois et les accusations de viol contre un policier, ont ravivé la colère de nombreux Français. Cette affaire a provoqué des affrontements entre forces de l'ordre et population en banlieue parisienne début mars et des manifestations de soutien partout en France. François Hollande avait fait des banlieues l'une des priorités de son quinquennat, mais force est de constater que la situation y est aujourd'hui extrêmement tendue.

Tensions extrêmement fortes

Conscients de ces enjeux, les candidat à l'élection présidentielle, de gauche comme de droite, font (presque) tous le même constat : il faut donner plus de moyens aux forces de l'ordre. La question étant de savoir quels moyens privilégier ? Humains ? Matériels ? Juridiques ?

Recruter plus , former mieux

Alors qu'on compte aujourd'hui environ 235.000 policiers et gendarmes (95.000 postes dans la gendarmerie et 140.000 postes dans la police en 2014), sept des onze candidats promettent une hausse des effectifs s'ils sont élus.

  • Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France Insoumise, n'annonce aucun chiffre mais veut "ramener les effectifs de policiers et gendarmes à ceux de 2007", avant la présidence de Nicolas Sarkozy.
  • Jean Lassalle promet de "consacrer douze milliards pour le recrutement exceptionnel de 200.000 agents, principalement pour les services publics de santé, l’enseignement, les forces de l’ordre et la Justice".
  • François Fillon et Benoit Hamon tablent tous les deux sur une augmentation de 5.000 postes s'ils sont élus. François Fillon promet également que la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires ne concernera pas les forces de l'ordre. Tandis que le candidat socialiste promet le remplacement de tous les départs à la retraite.
  • Emmanuel Macron, candidat d'En Marche !, veut recruter "7.500 policiers et 2.500 gendarmes [...] supplémentaires". Il souhaite les affecter "en premier lieu dans les zones prioritaires" et renforcer "notre dispositif de renseignement contre le terrorisme".
  • Marine Le Pen, candidate du Front national veut "réarmer massivement les forces de l’ordre" en recrutant 15.000 policiers et gendarmes".
  • Nicolas Dupont-Aignan -dont le programme est le plus dense sur le sujet, avec Jean-Luc Mélenchon- veut recruter 30.000 policiers et gendarmes et 10.000 personnels administratif

Recruter plus certes, mais qui ? Seuls trois candidats parlent de la formation des forces de l'ordre : François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Le candidat Les Républicains veut "créer une école nationale de formation des policiers municipaux" tandis que le candidat d'En Marche! promet de "réformer la formation et le recrutement" en créant au moins deux écoles dans la première année de son quinquenat. Quant à Jean-Luc Mélenchon, pour la France Insoumise, il veut "permettre aux 11.000 adjoints de sécurité les plus précaires d’être formés et titularisés".

Paperasse et lourdeurs administratives

Autre point de consensus entre plusieurs candidats : les policiers n'ont pas assez de temps pour se consacrer à leur "vrai" métier, le terrain et sont noyés dans les tâches administratives.

  • Jacques Cheminade, président de Solidarité et progrès, veut "libérer la police judiciaire de la paperasse administrative" sans développer plus avant sur les moyens d'y parvenir.
  • Jean Lassalle désire "créer un service dédié au recueil des plaintes" pour "garantir à tout citoyen de pour voir porter plainte".
  • Marine Le Pen promet de "libérer policiers et gendarmes de leurs tâches administratives" pour "recentrer la police et la gendarmerie sur leur mission de sécurité publique", mais ne dit pas comment.
  • Emmanuel Macron souhaite "oraliser une partie des procédures de police" dans les "affaires simples" en enregistrant les auditions et gardes à vue en son ou en vidéo.
  • François Fillon, candidat Les Républicains, veut "redéployer sur le terrain 5.000 policiers ou gendarmes occupés à des tâches administratives".

Quels moyens ?

Comment remotiver les forces de l'ordre, épuisées par l'état d'urgence, lassées des promesses non-tenues comme l'a montré le mouvement de colère inédit de l’automne 2016 ? Quelques candidats ont de timides propositions.

  • Jacques Cheminade propose de "régler le million d’heures supplémentaires dues aux policiers et aux militaires" afin de diminuer "l'animosité" des fonctionnaires sur le terrain.
  • De son côté, Nicolas Dupont-Aignan propose de "rémunérer les heures supplémentaires" ou d'accorder "le transport gratuit" aux policiers et gendarmes.
  • Benoit Hamon, veut, lui, "attribuer une prime dans les zones de sécurité prioritaire".
  • Jean Lassalle veut cesser toute incitation à "faire du chiffre" dans les forces de l'ordre

Quel avenir pour la Brigade Anti-Criminalité ?

  • Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France, souhaite renforcer ce service majoritairement dédié aux flagrants délits.
  • Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise et Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste, veulent tous deux "démanteler" ou bien "dissoudre" cette unité spéciale qu'est la BAC.
  • Jean-Luc Mélenchon est également partisan du retour de la police de proximité, créée par le gouvernement Jospin à la fin des années 1990.
  • Benoit Hamon veut, lui aussi, rétablir la police de proximité en privilégiant la "présence d'uniformes sur le terrain", là où la BAC, aujourd'hui, travaille surtout en civil.
  • Enfin, Emmanuel Macron sans reprendre l'idée très "socialiste" d'une police de proximité propose une "police de sécurité quotidienne" pour "imposer aux policiers "plus de présence sur le terrain".

Quelles armes ?

Nicolas Dupont-Aignan souhaite "autoriser le port permanent de l’arme 24h/24 et 7j/7 pour les policiers, gendarmes, douaniers et certains militaires…"

Marine Le Pen entend "réarmer massivement les forces de l’ordre [...] en matériels (modernisation des équipements, des commissariats et des casernes, adaptation des armements aux nouvelles menaces), mais aussi moralement et juridiquement (notamment par la présomption de légitime défense)".

Tandis que Philippe Poutou, du porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste, veut tout simplement "désarmer la police".

État d'urgence

Enfin, la seule candidate à ne pas consacrer une ligne de son programme aux forces de police et de gendarmerie est Nathalie Arthaud. La candidate de Lutte Ouvrière propose simplement de "mettre fin à l'état d'urgence" qui, selon elle, n'a "pas et plus lieu d'être".

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