Faits divers – Justice

Vienne : le centre éducatif fermé du Vigeant ouvre ses portes à la presse

Par Thomas Benech, France Bleu Poitou mercredi 19 octobre 2016 à 6:00

Neuf jeunes sont actuellement accueillis au centre éducatif fermé du Vigeant.
Neuf jeunes sont actuellement accueillis au centre éducatif fermé du Vigeant. © Radio France - Thomas Bénech

Depuis 10 ans déjà, un centre éducatif fermé est implanté au Vigeant dans la Vienne. Mais pour la première fois, grâce à une loi de 2015 portant sur la visite des parlementaires dans les lieux de privation de liberté, la presse dont France Bleu Poitou a pu pénétrer à l'intérieur de ce CEF.

C'est une sorte de sésame. Depuis une loi d'avril 2015, un parlementaire peut permettre à des journalistes de visiter un centre éducatif fermé. Un décret de mai 2016 précise les conditions de ces visites. C'est grâce à ce dispositif qu'hier, le député socialiste de la Vienne Jean-Michel Clément a permis à France Bleu Poitou de visiter le centre éducatif fermé du Vigeant. L'objectif pour le député est de montrer en toute transparence ce qui est fait sur ce site pour suivre et accompagner des jeunes en situation de rupture et qu'il faut aider à se relancer. Voilà dix ans que ce CEF existe dans la Vienne, même s'il n'a pas toujours eu le même nom. C'est l'association Nouvel Horizon qui en est le gestionnaire et Jean-Michel Clément siège à son conseil d'administration.

Une capacité d'accueil de 12 places

Une fois sur place, on entre donc dans ce centre. Pas de barbelés autour, pas de caméras non plus mais des surveillants et un cadre de vie à respecter à la lettre. Le CEF du Vigeant accueille aujourd'hui 9 mineurs, 2 supplémentaires doivent bientôt arriver. Sa capacité d'accueil est de 12 places. Quel est le public accueilli plus précisément ? Et bien il s'agit de jeunes délinquants âgés entre 16 et 18 ans envoyés dans ce centre sur décision de justice. Leur parcours est parfois chaotique. François (prénom d'emprunt) a 16 ans, cela fait déjà 11 mois qu'il est en CEF :

"j'ai pris le mauvais chemin, j'ai eu de mauvaises fréquentations, j'ai quitté l'école et tout cela m'a amené ici (...). Au début, ça a été difficile... l'éloignement de ma famille, c'est ce qui a été le plus dur (...)".

Quand on demande à l'adolescent ce qu'il a appris ces derniers mois, il répond : "la vie en communauté, ce n'est pas facile de s'y habituer, le réveil le matin, faire ses machines tout seul, être autonome... là c'est un grand pas pour être adulte, et mentalement, ça fait grandir". Aujourd'hui, François avoue être moins impulsif et pense à s'orienter vers les métiers du vin, mais en attendant il apprend maçonnerie, menuiserie... ça peut me servir un jour où l'autre dans la vie dit-il.

Mamadou, nouvellement arrivé au CEF du Vigeant, ici dans sa chambre. - Radio France
Mamadou, nouvellement arrivé au CEF du Vigeant, ici dans sa chambre. © Radio France - Thomas Bénech

Pour ces jeunes, la vie au centre est très rythmée. Il s'agit de leur fixer un cadre de vie. Le réveil se fait à 7h30. Les activités commencent à 9h et s'achèvent à 16h30. Au menu : éducation mais aussi formation professionnelle grâce au partenariat signé avec l'AFPA et récemment reconduit jusqu'en 2018. L'an dernier, deux jeunes ont ainsi obtenu un titre professionnel. Mais, les mineurs accueillis au Vigeant peuvent aussi se détendre : il y a une pièce pour jouer aux jeux vidéos, une salle de baby foot, une salle de sport, une salle de musique, une salle informatique ausssi où Julien, moniteur-éducateur, officie. Cela fait un an qu'il travaille au CEF. Il souhaitait faire un travail éducatif avec les jeunes. Au quotidien, ce grand gaillard explique que son travaille n'est pas toujours simple, "le côté humain rentre en compte". Il faut aussi gagner la confiance des adolescents dont il s'occupe, cela marche avec certains mais pas avec d'autres. L'important, dit-il, c'est de toujours "les respecter, ne jamais leur mentir, leur parler clairement et expliquer les choses".

Permettre aux jeunes de retrouver une place dans la société

Stéphanie, elle, travaille depuis bientôt 4 ans et demi en tant que monitrice-éducatrice au CEF du Vigeant. Elle accompagne les jeunes au sein de la structure mais aussi à l'extérieur pour des projets professionnels. Si elle s'est engagée, c'est pour l'interaction avec les personnes avec lesquelles elle travaille : "ça change tout le temps, c'est aussi pour le travail sur l'extérieur pour permettre aux jeunes de retrouver une place dans la société même si ce n'est pas de tout repos". Aujourd'hui, le centre éducatif fermé de la Vienne, c'est 25,5 ETP (équivalent temps plein), avec 7 éducateurs, du personnel administratif, une psychologue clinicienne, 3 veilleurs de nuit. C'est aussi un musicothérapeute, une art-thérapeute et une personne en charge de la médiation animale. Ces 3 intervenants se rendent sur le site du CEF environ tous les 15 jours.

Pas de chiffres avancés sur la réussite à la sortie du CEF

Ces mineurs sont pris en charge par toute cette équipe pendant 6 mois, renouvelables une fois. Réussissent-ils maintenant à se réinsérer une fois sortis ? Pas de chiffres avancés par la directrice du CEF, Fabienne Petrykowski, mais "un certain nombre de jeunes passés par le centre ont obtenu des diplômes grâce aux formations reçues à l'AFPA" explique-t-elle. Aujourd'hui la France compte au total 51 CEF sur le territoire. Deux sont en Poitou-Charentes : 1 au Vigeant donc, l'autre est installé à Angoulême.

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