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Violences conjugales : poignardée de 59 coups de couteau à Toulon, elle doit payer les loyers de son ex

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Par , France Bleu Provence, France Bleu

Victime de violences conjugales puis d’une tentative d’assassinat en décembre 2018, une Toulonnaise doit payer les loyers impayés de son ex-compagnon, aujourd'hui en prison. Le bailleur HLM et les huissiers lui réclament 32.000€. "C'est être victime une seconde fois" raconte cette mère de famille.

Aurélie (de dos), a placé le dossier dans les mains de ses avocats, Me Laurie Franchitto et Me Laurent Gavarri
Aurélie (de dos), a placé le dossier dans les mains de ses avocats, Me Laurie Franchitto et Me Laurent Gavarri © Radio France - Sophie Glotin

"Je suis désemparée et en colère" raconte, très émue, Aurélie (prénom modifié à sa demande). Cette Toulonnaise de 44 ans, maman de trois enfants, vient de saisir ses avocats. Victime de violences conjugales puis d’une tentative d’assassinat par au moins 59 coups de couteau, un bailleur HLM lui réclame 32.000 euros de loyers impayés par son ex-compagnon. Elle doit également vider et rendre les clés de l'appartement qu'elle a pourtant quitté dès mars 2018 pour fuir les violences. Elle avait d'ailleurs immédiatement envoyé un courrier-recommandé au bailleur pour se désolidariser du bail de ce logement situé dans le quartier Sainte-Musse de Toulon (Var). 

Quelques mois plus tard, en décembre 2018, Aurélie est frappée par son ex-compagnon d’au moins 59 coups de couteau devant l'école de leur fils, et en présence de l'enfant. Grièvement blessée - son pronostic vital était engagé - elle est aujourd'hui "miraculée". Placé en détention provisoire après les faits et condamné en septembre 2021 à 25 ans de prison*, l'homme n'a jamais résilié le bail. Les loyers courent toujours.

Une lettre symbole de "la vie sans lui"

Aurélie montre le brouillon et l'accusé de réception du courrier envoyé au bailleur HLM le 29 mars 2018 pour que son nom n'apparaisse plus sur le bail. "Cette lettre était un symbole pour moi" confie la mère de famille. "J'ai raconté les violences, les plaintes au commissariat et mon départ dans un centre d'hébergement d'urgence. Ce courrier est la première chose concrète de ma vie sans lui. J'ai ensuite eu des échanges par mail avec l'un des employés du bailleur qui confirme que tout est pris en compte. Je me sens libérée."

Aujourd'hui, les huissiers sonnent au nouveau domicile d'Aurélie pour lui réclamer les 32.000 euros. Ils menacent de lui saisir ses affaires "et celles de [ses] enfants" : "Cette situation est très difficile à vivre. C'est comme si j'étais victime une seconde fois car j'ai cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je ne sais pas quand je pourrai reprendre une vie pseudo-normale. J'ai vraiment l'impression d'être seule au monde. Quand on est victime de violences, on ne devrait pas avoir autant de pression et de problématiques à gérer. Ce serait logique que je sois accompagnée jusqu'au bout !"

"Violences psychologiques"

Après les blessures et les cicatrices laissées par les coups de couteau de son ex-compagnon, cette situation est vécue, selon Me Laurie Franchitto, avocat d'Aurélie, comme de "nouvelles violences psychologiques qui exacerbent la douleur et aggravent le syndrome de stress post-traumatique déjà très aigu chez ma cliente. Elle ne souhaite pourtant qu'une chose : pouvoir enfin tourner la page". 

Améliorer le suivi social des victimes

Me Laurent Gavarri, son associé, espère lui "qu'il ne s'agit que d'un dysfonctionnement interne du bailleur et que tout va rentrer rapidement dans l'ordre car ce dossier est insupportable. On entend depuis plusieurs années que la lutte contre les violences conjugales est une priorité nationale, il ne devrait donc plus être possible qu'une victime d'une tentative d'homicide par plus de 59 coups de couteau vive cette situation. Si des progrès ont été faits dans la prévention, il faut aussi améliorer le suivi social des victimes de violences conjugales". 

* Condamné à 25 ans de prison par la Cour d’assises du Var le 17 septembre dernier, l'homme a fait appel. Un second procès aura lieu dans les mois qui viennent.

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