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Faits divers - Justice
Dossier : Grenelle des violences conjugales

Violences conjugales : une relation toxique dont les victimes ont souvent du mal à s’extraire

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Par , France Bleu Bourgogne

Le Grenelle des violences conjugales s'ouvre ce 3 septembre, dans l'espoir de mettre un terme à un phénomène redoutable, auquel les victimes échappent difficilement. En Côte-d’Or entre 400 et 500 d’entre elles poussent chaque année la porte de l’association Solidarité Femmes.

Photo d'illustration - Une manifestation contre les violences conjugales
Photo d'illustration - Une manifestation contre les violences conjugales © Maxppp - Frédéric Dugit

Dijon, France

220.000 femmes sont victimes chaque année en France de violences physiques ou sexuelles dans un cadre conjugal. Depuis le début de l'année, 100 femmes ont déjà été tuées par leur conjoint. Pourtant, il est très fréquent qu'une femme battue renonce à poursuivre son compagnon. Maître Juliette Mesnard-Rouaux représente régulièrement devant les tribunaux des femmes maltraitées par leur compagnon. Elle a constaté à quel point il est difficile de convaincre ces victimes de porter plainte contre leur bourreau manipulateur : « ce sont des violences affectives, qui tiennent aux sentiments qu’on peut éprouver vis-à-vis de l’autre. Ce qui maintient le lien d’emprise et de pouvoir, c’est "je t’aime" ».  

Après avoir sévi, le bourreau se radoucit, s’excuse, dit à sa compagne qu’il l’aime, qu’il n’aurait pas dû, qu’il ne recommencera plus, mais qu’il s’est emporté parce qu’elle l’a provoqué. La victime reste, parce qu’elle l’aime, mais aussi parce qu’elle a peur de sa réaction en cas de rupture, et également parce qu’il y a des enfants, et qu’elle ne sait pas comment elle pourrait se débrouiller, financièrement, en quittant le domicile conjugal.

"J'ai été une serpillière, je ne peux pas tomber plus bas" - Nathalie, victime d'un homme violent

Nathalie (son prénom a été modifié), a vécu ce cauchemar. Après plusieurs années de coups et de persécutions psychologiques, elle a fini par faire face et a fait condamner l’homme qui la tourmentait. « J’ai été une serpillière, je ne peux pas tomber plus bas », commente cette quinquagénaire qui ne parvient pas à tourner la page. C’était il y a plus de 10 ans, mais elle vit toujours dans la peur que cet individu, qui l’a menacée de mort, ne réapparaisse pour mettre sa menace à exécution.  Contrairement à d’autres, Nathalie ne s’est pas heurtée au manque d’empathie des gendarmes ou des policiers. C’est au contraire un policier qui l’a convaincue de porter plainte, alors qu’elle avait été prise en charge par le Samu après des coups violents et un traumatisme thoracique.

Encore des ratés au moment des dépôts de plaintes

D’autres rencontrent davantage de difficultés, rappelle Maître Mesnard-Rouaux : « des femmes me disent très souvent qu’on a refusé de prendre leur plainte, parce qu’elles n’avaient pas de certificat médical. Cette dame qui avait pris son courage à deux mains pour venir déposer plainte, et bien elle ne revient pas ». L’avocate rappelle qu’une plainte peut toujours être déposée, même sans un certificat médical, qui pourra être apporté le lendemain, ou le surlendemain.

Maître Mesnard-Rouaux

Des progrès sont néanmoins réalisés. Ainsi, depuis le 29 janvier 2019, en Bourgogne, en parallèle au traitement classique des plaintes, une brigade de protection des familles 2.1 a été mise en place par la gendarmerie. Le capitaine Anne-Charlotte Douchet explique qu’il s’agit d’un ensemble de référents, de gendarmes qui ont une formation et une appétence particulière pour le traitement des situations de violences intrafamiliales. Ils travaillent avec une assistante sociale affectée à la gendarmerie, ce qui permet d’allier le social au judiciaire, pour traiter le problème dans sa globalité et apporter un maximum de soutien à la victime.

Les enfants, témoins et victimes collatérales

Dans ce genre d’affaires, il ne faut pas oublier les enfants, témoins des abominations qui se déroulent au sein du couple. L’association Solidarité Femmes reçoit chaque année en Côte-d’Or entre 400 et 500 femmes, dont certaines viennent avec leurs enfants. Sa directrice, Anne Joseleau, cite le cas tout récent d’une jeune femme qui s’est présentée avec son petit garçon de trois ans. « Sa première fonction, à cet enfant, c’était de s’interposer entre son père et sa mère, quand il y avait des violences, parce qu’il avait compris que lui faisait arrêter les violences. Mais un enfant de trois ans n’a pas à faire ça »

Anne Joseleau

Quelles séquelles psychologiques pour cet enfant ? Sa prise en charge est indispensable, « pour ne pas que demain, quand ce petit garçon va devenir un adulte, il reproduise ces actes. Un petit garçon s’identifie à son père. Mais là, l’identification, vous voyez ce que ça donne à long terme ». L’association avait commencé à mener des actions en direction des enfants, mais a dû y renoncer faute de moyens. Pourtant, il est important de faire passer les bons messages auprès des plus jeunes. 

Alors que s’ouvre le Grenelle des violences conjugales, la directrice de Solidarité Femmes déplore que le temps de la justice soit déconnecté de la réalité des victimes : « on manque de réactivité en termes de justice. Notamment, pour avoir un rendez-vous auprès d’un juge aux affaires familiales, c’est plusieurs mois. Et quand une séparation doit être actée rapidement parce qu’il y a de la violence, pour statuer sur les enfants etc., les référés ne fonctionnent pas toujours, et il faut attendre des mois dans des situations très angoissantes pour les femmes et les enfants ».

Un nouveau fonds, pour des projets élaborés dans trois régions, dont la Bourgogne

Pour tenter d'endiguer le phénomène, le gouvernement lance donc aujourd'hui le "Grenelle des violences conjugales". La réflexion est engagée dans chaque département. Avec un plus en Bourgogne. Avec le Nord et les Pays de la Loire, elle a été choisie en effet pour modéliser des actions plus ciblées contre les féminicides, en s'appuyant sur les associations de terrain. Un nouveau fonds, baptisé "Fonds Catherine", doté d'un million d'euros, viendra aider les projets retenus.

Laurence Guillet, directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité femmes-hommes

Une première réunion des partenaires en Côte-d'or est prévue cette semaine pour établir un cahier des charges. Le 5 novembre, des choix seront faits parmi les projets régionaux élaborés. Puis ils seront remontés au niveau national, qui tranchera. Les fonds seront versés avant le 15 novembre, précise Laurence Guillet, directrice régionale aux droits des femmes et à l'égalité femmes-hommes : « ça peut-être aussi des actions qui ne nécessitent pas forcément un budget énorme, mais qui sont novatrices ».

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