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Dossier : L'affaire Merah

Dix ans après l'affaire Merah, "il faut toujours se préparer à des attaques contre la démocratie"

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Par , , France Bleu Occitanie

Alors que Toulouse s'apprête à honorer la mémoire des sept victimes assassinées il y a dix ans par Mohamed Merah, le sociologue de l'Université Toulouse Capitole, Jérôme Ferret, nous dévoile son analyse de la menace terroriste, toujours d'actualité en France, explique-t-il.

Jerôme Ferret, sociologue à l'Université Toulouse Capitole.
Jerôme Ferret, sociologue à l'Université Toulouse Capitole. © Radio France - Jeanne-Marie Marco

Où en est la menace terroriste en France, dix ans après les attaques de Mohammed Merah à Toulouse et Montauban ? France Bleu Occitanie pose la question à Jérôme Ferret, sociologue à l'Université Toulouse Capitole, auteur de "Famille et djihadisme" qu’il publie avec Farhad Khosrokhavar.

Dix ans après, où en est la menace terroriste en France ?

C'est difficile de répondre sur la menace en tant que telle, puisque c'est une question qui appartient aux services spécialisés. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a eu une prise de conscience qui a été faite, qu'un certain nombre de services ont travaillé sur ce type de menaces qui nous a sidérés à l'époque, qui a surpris à peu près tout le monde par son intensité, sa violence. 

Mais il y a toujours un terreau terroriste en France ?

Il faut toujours se préparer à des attaques contre la démocratie. Reste à savoir si on est prêts et si on a mis les outils en place. 

Mohamed Merah, comme beaucoup d'autres, s'est en partie radicalisé en prison. Est-ce que ça arrive toujours aussi souvent en France ?

Il y a beaucoup de sens commun sur cette question. Ce n'est pas forcément le lieu d'incubation. Il y a de la religion en prison, mais paradoxalement, l'islam radical n'était pas une priorité pour l'administration pénitentiaire jusqu'il y a peu de temps. 

Quelles mesures ont été prises dans les prisons françaises ?

Les prisons ont pris des mesures concernant le renseignement, concernant la prise en charge des détenus dits radicalisés et elles ont mis en place des dispositifs, notamment à la sortie de prison qui est quand même la question centrale. 

Diriez-vous que la France a mis les moyens pour déradicaliser les prisons ?

Déradicaliser, c'est encore un thème très contesté. C'est très difficile de déradicaliser quelqu'un qui poursuit une idéologie. On va dire qu'il y a eu des progrès, il y a eu une prise de conscience générale de ce type de menaces très particulières que nous n'avions pas anticipé.

Vous avez beaucoup travaillé sur le parcours familial de Mohamed Merah. Son antisémitisme, il est né au sein même de sa famille. C'est ce que vous avez compris ? 

À priori, oui, c'est une famille qui entretenait des rapports très violents tournés autour d'un antisémitisme viscéral. Et effectivement, ces dynamiques familiales sont absolument centrales pour comprendre Merah. On focalise sur cette personnalité qui a traumatisé toute une société mais il y avait aussi tout un entourage qui lui a permis de faire ce qu'il a fait.

Il s'est aussi radicalisé en Ariège, via la filière d'Artigat. Est-ce que sa figure est toujours importante dans la filière ?

Elle est moins influente, mais elle est tout aussi présente, encore un autre paradoxe. Et je dirais que dix ans après, on en sait peu. On en sait très très peu sur cette histoire-là, c'est aussi un peu surprenant. Effectivement, il y a une émotion qui est tout à fait légitime et bien évidemment, un traumatisme généralisé. Mais sur Artigat, on en sait peu. Qu'est-ce qui se passait? Qu'est-ce qui se disait? Qu'est-ce qui se racontait dans cette histoire-là? C'est sur ça qu'on travaille nous, on essaie de savoir.

Dimanche aura lieu une cérémonie d'hommage aux victimes à la Halle aux grains, avec notamment Emmanuel Macron et son homologue israélien. Une cérémonie organisée par le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Pourquoi ce n'est pas l'Etat qui l'organise ? 

Je ne peux pas vous répondre, ce n'est pas le rôle du sociologue de répondre à cette question.

Mais ça dit quelque chose ? 

Moi je travaille sur les processus religieux. Après tout ce qui est en relation avec l'Etat et les commémorations, ce n'est pas véritablement mon problème.

Mais il y a une forme de tabou autour de Merah et sur les erreurs que les services de renseignement ont pu commettre avant ces attaques ?

C'est sûr qu'il y a un travail à réaliser, pour répondre d'une manière un peu politiquement, correct et qu'il y a eu un raté, c'est évident. Dans quelle mesure ce raté était-il plus moins conscient ou inconscient ? Mais ça a été une prise de conscience pour les services de l'Etat, ça, c'est certain. Et par la suite, puisque j'assiste aussi en tant qu'accrédité au procès du 13 novembre, il y a là pour le coup énormément de progrès à faire dans l'organisation de l'Etat.

Le sociologue que vous êtes, pense-t-il qu'il y aura du monde pour ces commémorations autour de la Halle aux grains dimanche ?

Je pense oui. C'est un évènement qui a une répercussion mondiale. Beaucoup de collègues étrangers m'en parlent. C'est une figure aussi très particulière, c'est une rupture dans l'histoire, même si je rappelle que nous célébrons les attentats d'Atocha à Madrid en 2004, qui ont eu lieu en 2004 et qui ont fait 192 morts. Donc, cette histoire est longue. Mais dans cette histoire-là, Merah c'est un marqueur. Et évidemment, je pense que les Toulousains sont tous conscients de cette histoire-là et ont envie de se souvenir.

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