Faits divers – Justice

12 ans de réclusion criminelle pour le beau-père coupable de viols sur sa belle fille

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn mardi 27 septembre 2016 à 20:05

Les confidences d'Anaïs écrites à sa mère
Les confidences d'Anaïs écrites à sa mère © Radio France - Daniel Corsand

La cour d'assises de Pau a choisi de croire la parole d'Anaïs, plutôt que celle de son beau-père qui a nié les faits pendant tout le procès. Il est condamné à 12 années de réclusion criminelle.

12 ans, c'est le verdict de la Cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques dans l'affaire de viol jugée depuis ce lundi. Un homme de 44 ans est jugé pour avoir abusé de sa belle fille Anaïs pendant 8 ans. De 8 à 16 ans. La victime a voulu que les débats soient publics, ce qui est rare dans ce genre d'affaires qui implique un mineur. Pendant les deux jours du procès, comme durant toute l'enquête, l'accusé a nié, obligeant la cour à faire un choix entre deux paroles.

La cour a décidé de qui lui a menti

Jusqu'au verdict, il y a un violeur "présumé" et aussi une victime "présumée". L'un des deux ment obligatoirement. C'est ce qui rend les débats particulièrement tendus. "Depuis deux jours on marche dans la boue" comme l'a dit l'avocat d'Anaïs, Maître Jean Michel Pardo, dans sa plaidoirie. Sa cliente ne ment pas, parce que ses révélations ont apporté le chaos dans sa famille et dans sa vie. Ses déclarations sont "constantes" et "précises". Quand le beau-père avance qu'elle a fait cela pour le faire chanter et se faire offrir un scooter, Maitre Pardo répond : "ma vertu pour un scooter : ça ne tient pas debout". L'avocat enfonce le clou avec les paroles d'Anaïs : "J'étais sa poupée gonflable". Anaïs qui s'est décidé à tout révéler le jour où il lui a dit, un jour qu'elle tenait son petit frère dans ses bras : "je te ferai le même",

Me Jean-Michel Pardo, l'avocat d'Anaïs - Radio France
Me Jean-Michel Pardo, l'avocat d'Anaïs © Radio France - Daniel Corsand

Il fallait faire un choix (...) La cour a parfaitement fait le tri entre les déclarations invraisemblables de celui que l'on peut considérer ce soir comme l'auteur, et les déclarations spontanées et sincères de celle qui est ce soir la victime — Me Jean-Michel Pardo

Me Jean-Michel Pardo, l'avocat d'Anaïs

Une défense difficile

La tâche de la défense était plus compliquée. Le client de Maître Isabelle Fitas a été fuyant. Il n'a rien expliqué. Il n'a fait que nier, sans toutefois hurler son innocence. Dans sa plaidoirie, elle a rappelé qu'il n'y a pas de preuves formelles. L'accusation c'est une accumulation de preuves, a-t-elle expliqué. "Comme des parpaings que l'on aligne. Mais dans cette affaire le mur n'est pas droit (...) On vote oui à une culpabilité quand on est sûr à 100%". Mais l'intime conviction que l'on exige des jurés populaires est sans doute, dans ce genre d'affaires, une notion plus subtile que ce principe.

Ce verdict, c'est un abattement, un choc. C'est véritablement le moment où il a pris conscience que ce soir il allait dormir en prison — Me Fitas, l'avocate du beau-père

Me Isabelle Fitas, l'avocate du condamné

Le beau-père comparaissait libre. Malgré les conseils de son avocate, il n'avait pas pris de valise avant de rejoindre la maison d'arrêt de Pau. Il a même confié sa sacoche et les clés de sa voiture à Me Fitas.

Les explications de la mère

Catherine, la mère d'Anaïs, en avait gros sur le cœur sans doute quand elle a été entendue par la cour. Elle a parlé d'un trait à la barre. Sans que le président ne lui pose la moindre question. Entre deux sanglots, elle dit tout de suite :"Je n'ai rien vu. Je m'en veux. J'ai un sentiment de honte". Catherine raconte qu'elle travaillait beaucoup, y compris le week-end. Elle a été très absente du foyer. Elle avait ses deux enfants petits à ce moment là. Elle raconte aussi que son cancer de la Thyroïde, l'opération, la chimiothérapie l'ont épuisée. Anaïs faisait tout à la maison. Une amie de Catherine est venue dire à la barre que "la gamine c'était Causette".

"J'avais confiance en mon mari. Je lui ai confié mes enfants. Je vais devoir expliquer à mes deux fils que leurs papa va aller en prison". — La maman d'Anaïs

Aujourd'hui Catherine croit Anaïs. Mais ce ne fut pas le cas au début. Elle a mis un an à croire sa fille. Elle dit que son compagnon l'avait sorti d'une histoire douloureuse avec son premier mari violent. Elle était éperdument amoureuse. Elle évoque aussi la culture portugaise ; "on ne parle pas, et surtout pas de ces choses là". Mais elle s'en veut encore : "je n'ai pas protégé mon enfant. Elle a fait ce que je n'ai pas été capable de faire". Anaïs dit de sa mère aujourd'hui : "Je pense qu'on va se reconstruire tous ensemble"