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Société

Une adolescente victime d'antisémitisme sensibilise des collégiens aux discriminations

vendredi 1 mars 2019 à 1:46 Par Léa Guedj, France Bleu Azur

Un projet pilote est mené dans deux établissements de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), avec un objectif : lutter contre toutes les discriminations. Pour sensibiliser les élèves, Esther a décidé de prendre la parole sur le harcèlement antisémite qu'elle a subi pendant des mois.

Le projet pourrait se conclure par la réalisation d'une exposition par les élèves.
Le projet pourrait se conclure par la réalisation d'une exposition par les élèves. - BPDJ

Cagnes-sur-Mer, France

Pendant dix mois, les gendarmes de la brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) interviennent dans deux collèges (celui des Baous à Saint-Jeannet et Jean Salines à Roquebillière), dans le cadre d'un programme porté par le Conseil départemental des Alpes-Maritimes "contre toutes les discriminations", détaille Stéphane. À l'origine du projet, il y a "les mésaventures d'Esther", 16 ans. 

"Les enfants pensent que ce sont des blagues, jusqu'au moment où ça devient insupportable."

Tout a commencé au mois de décembre. Ouverture du livre d'histoire à la page Seconde guerre mondiale pour la classe de troisième. Esther participe activement, "plus que d'habitude et avec beaucoup de précision", relate sa mère, Karen. De quoi "interpeller son professeur qui lui demande si elle est personnellement concernée". Esther se livre. Elle partage devant ses camarades le récit de ses grands-parents, raflés et déportés pendant la guerre. "À partir de là, les propos ont commencé à fuser", explique Karen, 45 ans, qui se souvient avoir subi "les mêmes, mot à mot" lorsqu'elle était lycéenne. 

"Les enfants pensent que ce sont des blagues, regrette-t-elle. C’est ce qu’on se dit quand on subit, jusqu’au moment où ça devient insupportable." Esther se tait, elle ne dit rien à ses parents. "Les propos antisémites sont récurrents, devant témoins, dans un établissement scolaire, tous les jours, pendant quatre mois", soupire Karen. Jusqu'au jour où "il y a eu le propos de trop, plus violent que les autres". L'adolescente craque. Elle est prise en charge par le conseiller principal d'éducation.

Des paroles et des actes

Un conseil de discipline est mis en place. Les parents d'Esther demandent des "mesures pédagogiques", comme participer au voyage de la mémoire à Auschwitz. ou à un dispositif de prévention du harcèlement, car c'est bien de cela dont il s'agit pour la mère. "On appuie là où ça fait mal", note-t-elle. "Tout le monde peut en être victime", ajoute le gendarme Stéphane qui intervient régulièrement dans les établissements scolaires. 

"Qu’est-ce que le harcèlement ? Qu’est-ce qu’on peut faire quand on en est témoin ? Que dit la loi sur le harcèlement ? Qu’est-ce que ça peut faire comme dégâts ?". Devant les élèves, les brigadiers de la BPDJ abordent toutes ces questions. Informés de la situation d'Esther, ils interviennent dans sa classe et lui proposent de participer à un programme de sensibilisation. "C’est beaucoup plus parlant qu’un adulte qui semble vous faire la morale", estime la brigadière Sandra.

Dans un premier temps, Esther culpabilise. "Stigmatisée" pour avoir "dénoncé un de ses camarades", "sa position de victime mise en doute", elle demande à être déscolarisée, affirme sa mère. La jeune fille hésite à s'engager dans ce projet. Finalement convaincue de l'impact positif de son témoignage, elle se rend dans une classe de troisième pour raconter l'histoire de sa famille et celle de son harcèlement. "Les jeunes se sont reconnus en elle, il lui ont posé des questions", rapporte Sandra, présente lors de l'intervention.

"S’il y avait eu prévention, ça aurait peut-être changé les choses."

À la fin, il se sont même échangé les numéros", se réjouit-elle. Esther "a eu le sentiment du devoir accompli". "Je pense que certains vont parler. Et si j’ai réussi à en faire parler un ou deux à leurs parents ce soir, j’ai gagné quelque chose", dit-elle à ses parents. "

Parfois ils ne mesurent pas l’impact de leurs mots", observe Vanessa Siegel. Pour la vice-présidente du Conseil départemental, "s’apercevoir que ce qu’ils appellent parfois des blagues, ça fait vraiment souffrir, cette prise de conscience, c’est le début du changement de comportement de ceux qui ont ce type d’attitude".

"S’il y avait eu prévention, ça aurait peut-être changé les choses", suppose Karen qui souhaite qu'il y ait "des institutions pour prévenir et guérir" et des "adultes bienveillants" auxquels les victimes peuvent s'adresser. À ses yeux, c'est un problème d'éducation des enfants qui, "au lieu de rire" lorsqu'ils assistent à du harcèlement, pourraient dire "stop, tu vois bien que ça ne la fait pas rire". "Toute la classe politique s’insurge pour des propos antisémites et antisionistes envers un académicien, mais s’ils avaient entendu le quart de ce que ma fille a subi pendant des mois, il y aurait des choses mises en place dans la seconde", juge-t-elle. 

Le programme va se poursuivre dans les deux collèges jusqu'en mai, notamment avec des interventions sur le sexisme dans le sport, et les 24 et 25 avril avec des ateliers au Mémorial de la Shoah sur le génocide des tsiganes. Un support réunissant des témoignages d'élèves participants sera ensuite mis à disposition des professeurs, pour améliorer la lutte contre les discriminations.