Insolite

Balade et visite guidée dans les égouts de Dijon

Par Adeline Tavet, France Bleu Bourgogne lundi 15 août 2016 à 19:04

Vous reconnaissez le boulevard Clémenceau...?
Vous reconnaissez le boulevard Clémenceau...? © Radio France - Édouard du Penhoat

Ils sont sous nos pieds, on les utilise tous les jours sans y penser... Nous avons visité les égouts de Dijon. Et on vous emmène y faire un tour !

La prochaine fois que vous emprunterez la place de la République à Dijon, pensez à jeter un œil au croisement avec le boulevard de la Trémouille. Vous y verrez une petite cabane en briques rouges, a priori insignifiante. Il s'agit pourtant de l'un des plus vieux points d'accès aux égouts de Dijon. Il faudrait d'ailleurs parler de "réseau d'assainissement" : les professionnels qui travaillent sous terre jugent le terme plus approprié et moins péjoratif...

Avec 400 kilomètres de galerie, le maillage est l'un des plus anciens de France ! Nous avons donc pris rendez-vous avec des membres de l'agence Suez du Grand Dijon, pour une descente dans ces galeries méconnues...

Ça ne sent pas mauvais... Parfois, c'est même plutôt agréable !"

On ne descend pas dans les égouts en tenue de ville ! Avant de commencer la visite, Christophe Hugi vérifie notre équipement. Il est responsable exploitation assainissement du Grand Dijon, et il veillera à ce que notre balade se déroule bien. Combinaison intégrale blanche, bottes, casque sur la tête, il ne manque plus que... le masque à oxygène ! Un gros boitier noir, que l'on attache comme une ceinture : "En cas d'émission de gaz, explique-t-il. Nos appareils détectent notamment le sulfure d'hydrogène, un gaz de fermentation qui peut être mortel. Si jamais ça se met à sonner, vous sortez le masque et vous suivez nos consignes sans discuter !" Plutôt engageant...

Les boîtiers resteront silencieux : le réseau est bien ventilé. C'est d'ailleurs la première surprise lorsqu'on arrive sous terre : l'odeur est loin d'être épouvantable. La galerie sent comme une grande pièce très humide et trop longtemps fermée. "Parfois, c'est même une odeur plutôt agréable, sourit le chef d'agence Suez du Grand-Dijon, Geoffroy Deleval. Quand les gens font une machine à laver, ça sent la lessive !"

Les déchets solides, fléau des canalisations

Une canalisation débouchant dans le ruisseau - Radio France
Une canalisation débouchant dans le ruisseau © Radio France - Édouard du Penhoat

Le fonctionnement du réseau est simple : les branchements des immeubles, des maisons et des bâtiments publics convergent vers un ruisseau, lui-même acheminé vers une station d'épuration. "On peut vraiment retracer les journées des gens, explique Geoffroy Deleval. À cette heure-ci par exemple (9 heures du matin), le débit est assez fort : les gens ont pris leur douche. Mais si on revenait ici au milieu de la nuit, il n'y aurait pratiquement rien. On voit aussi le flux augmenter lors des mi-temps des match de foot !", sourit-il.

Le long du parcours, entre la place de la République et la place du 30-Octobre, on voit parfois de gros blocs de déchets solides, des bouts de tissus filandreux accrochés aux barrières. "C'est un vrai fléau pour le réseau d'assainissement, soupire Geoffroy Deleval. Ce sont des reste de couches, de lingettes, de médicaments... Il ne faut pas confondre les toilettes avec la poubelle : ça peut boucher la station d'épuration, c'est un vrai problème. On fait même de la pédagogie dans les écoles pour sensibiliser les gens."

Qui dit réseau souterrain dit enfin mythes et légendes urbaines... "Non, il n'y a pas d'alligator dans les galeries !, assure Christophe Hugi. Nous n'avons même pas de problème avec les rats, il y en très peu ! La seule chose que nous avons retrouvée, ce sont des armes. Le réseau servait de cachette pendant la guerre." Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles : le réseau d'assainissement est un lieu paisible...

Des "stalactites" de ciment, que les agents surveillent régulièrement - Radio France
Des "stalactites" de ciment, que les agents surveillent régulièrement © Radio France - Édouard du Penhoat