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CARTE - Canicule : neuf départements maintenus en vigilance rouge, 53 en orange

Pourquoi et comment des églises et des chapelles perdent leur usage religieux

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Normandie (Calvados - Orne)

La société Basic-Fit a ouvert sa nouvelle salle de sports dans l'ancienne chapelle Notre Dame de Charité dans l'agglomération de Caen. Le père Laurent Berthout est porte-parole du diocèse Bayeux-Lisieux. Il nous explique comment et pourquoi certaines chapelles et églises sont désacralisées.

La chapelle Notre Dame de Charité transformée à Cormelles-le-Royal en salle de Sports
La chapelle Notre Dame de Charité transformée à Cormelles-le-Royal en salle de Sports © Radio France - Olivier Duc

Père Laurent Berthout, quel est le terme utilisé quand une église ou une chapelle n'est plus consacrée et redevient un simple bâtiment?

Alors le terme juridique exacte est exécrer mais ce n'est pas très beau à entendre (rire).  Le terme désaffectation est aussi plus connu parce qu'une église ou une chapelle est affectée au culte, à un prêtre. C'est à dire que le lieu n'est plus du tout utilisé à des fins cultuelles.

Il y a toute une procédure. Seul l'évêque peut désaffecter une église, qu'elle soit paroissiale ou de communauté. c'est un texte selon le droit canonique (le droit de l'église) qui est très précis. Et puis en amont, on enlève tous les mobiliers les plus intéressants au niveau patrimonial ou au niveau usuel. On enlève aussi tout ce qui est de l'ordre de l'usage des célébrations de manière à ce que le nouveau propriétaire puisse arriver dans un lieu qu'il puisse exploiter d'une autre manière. C'est le cas dans la Chapelle Notre-Dame de Charité.

Y a t-il une cérémonie particulière?

J'ai été confronté à ça tout début mars, juste avant le confinement. Et je pensais qu'il y avait une cérémonie. Pas du tout! Il s'agissait de la chapelle du CHR de Caen. Il y avait un délégué de la direction du patrimoine du CHU de Caen. Je représentais le diocèse. Nous avons signé un document tous les deux et puis voilà, c'était fait.

C'est un acte purement administratif?

Oui c'est purement administratif mais c'est porteur de sens. Après, l'église est complètement désaffectée et l'on peut en faire ce que l'on veut.

Est-ce arrivé plusieurs fois sur le diocèse?

Au moins quatre fois. Il y a eu les Franciscaines à Deauville, les Augustines à Bayeux, la chapelle du CHR et puis la chapelle Notre Dame de Charité à Cormelles-le-Royal.

Est-ce que l'église a un droit de regard sur l'usage qui est ensuite fait de la chapelle ou de l'église une fois qu'elle est désacralisée?

Oui, il peut y avoir quelques clauses dans l'acte de vente demandant par exemple au nouveau propriétaire de respecter les lieux dans son esprit. Il n'y a plus le saint sacrement ou quoique ce soit au niveau cultuel et spirituel mais il est demandé de le transformer en un lieu qui respecte la première affectation de l'édifice. C'est à dire qu'on ne veut pas le transformer en boîte de nuit par exemple.

On a le cas à Rouen. L'église Saint Nicaise a été vendue par la ville. Et celui qui a remporté l'appel d'offre veut créer une brasserie. Ce qui en soit n'est pas un problème mais il l'appelle "église brasserie". L'Archevêque est intervenu en disant "oui mais c'est un peu gênant que vous amalgamiez l'église qui a une dimension spirituelle à une brasserie. Les deux ne vont pas très bien ensemble." Mais l'Archevêque de Rouen ne peut pas aller plus loin en fait. Au niveau du droit on n'a plus rien à dire sauf s'il y a eu des clauses spécifiques."  

Le Père Laurent Berthout, Porte-parole du diocèse Bayeux Lisieux
Le Père Laurent Berthout, Porte-parole du diocèse Bayeux Lisieux © Radio France - Olivier Duc

Comment a été décidée la désacralisation de cette chapelle à Cormelles-Le-Royal?

La communauté religieuse a fait son état des lieux. Elle s'est dit que les lieux étaient disproportionnés ou n'étaient plus adaptés à leur utilisation actuelle. Cormelles-le-Royal est la maison-mère où se rassemblent toutes les responsables de la communauté qui est vieillissante. Il fallait transformer les lieux pour qu'ils soient accessibles pour des personnes âgées. Et la chapelle était très grande. C'était disproportionné par rapport au nombre de sœurs disponibles pour la prière. Elles ont préféré désaffecter, vendre et reconstruire à côté des bâtiments neufs et aux normes avec une chapelle agréable et accessible à tous. 

Avec la déchristianisation du pays, l'église va-t-elle être amenée à désacraliser plus de chapelles et d'églises en raison de la charge financière qu'elles représentent pour les municipalités et l'Etat?

C'est une question très importante aujourd'hui. C'est peut-être plus vrai pour la campagne où il y a une vraie désertification rurale. C'est aussi vrai dans les villes. J'évoquais tout à l'heure le cas de Saint Nicaise à Rouen. Beaucoup de communes rurales qui sont propriétaires n'ont plus le moyen d'entretenir les églises, c'est à dire assurer le clos et le couvert comme on dit.

Ou alors quand elles le font, les paroissiens ne sont plus forcément présents pour animer la vie spirituelle du lieu. Ce n'est pas toujours évident d'organiser un concert ou une exposition - parce qu'il faut quand même dans ce cas-là que la commune demande l'autorisation de l'église qui est toujours affectataire. 

D'autres églises ou d'autres chapelles pourraient être bientôt désaffectées sur le diocèse de Bayeux-Lisieux?

Il n'y a pas de choses en cours dans le diocèse en terme d'églises communales. On voit bien les difficultés d'entretien. On voit bien aussi toute l'affection que les gens peuvent porter à leurs églises. On a parfois des gens qui ne sont pas croyants et qui créent des associations pour les sauvegarder. 

Mais jusqu'où peut-on aller? On a eu le cas, sans reprendre la polémique , des deux églises d'Emieville et de Saint Paire à côté de Troarn au moment de l'installation du nouveau maire et de sa municipalité. Les deux avaient estimé qu'ils n'avaient pas d'autres lieux pour se réunir. Ils avaient utilisé les églises en oubliant de demander l'autorisation de la préfecture et du curé du lieu.

Les communes disent "Oui mais nous payons pour le clos et le couvert. nous faisons le meilleur de nous-même et en plus on ne peut pas faire ce que l'on veut." Et bien non, il y a une loi quand même.

Avez-vous beaucoup de retour depuis que l'on a appris le changement d'usage de la chapelle Notre Dame de Charité ce week-end?

L'environnement immédiat des gens qui ne mettaient jamais les pieds dans la chapelle est choqué tandis que des chrétiens tout à fait actifs aujourd'hui dans leur paroisse estiment qu'ils n'ont plus rien à dire une fois que la chapelle est désaffectée et revendue.

Certains jeunes m'ont dit que ce n'était pas mal comme nouvelle utilisation (rire). Ils iront voir. Il y a un fond de tristesse parce qu'on voit bien que le monde des communautés religieuses ne peut plus assumer l'ensemble de son patrimoine.

Elles sont obligées de transformer leur usage. Deux communautés vont d'ailleurs quitter Caen : les Ursulines qui tenaient les établissements scolaires et des Sœurs Notre Dame du Mont Carmel. On voit qu'il y a de moins en moins de communautés religieuses féminines suffisamment dynamiques. On voit bien cette évolution aujourd'hui.

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