Climat – Environnement

Grenoble : invasion de chenilles sur le site touristique de la Bastille

Par Clément Lacaton, France Bleu Isère dimanche 7 août 2016 à 17:39

La pyrale du buis est en train de ravager le massif forestier de la Bastille, à Grenoble
La pyrale du buis est en train de ravager le massif forestier de la Bastille, à Grenoble © Maxppp -

La plupart des habitués n'ont "jamais vu ça" : des milliers de chenilles invasives venues de Chine, les pyrales du buis, sont en train de coloniser le site de la Bastille à Grenoble. Elles se laissent tomber sur les promeneurs...

La chenille redémarre, mais c'est beaucoup moins drôle que la chanson. Les marcheurs sont nombreux à se frotter les bras et les cheveux pour enlever les indésirables, des dizaines et dizaines de larves suspendues à un fil, en plein milieu des chemins. Certains agitent leur bâton devant eux, d'autres sursautent de peur et font demi-tour...

On a dû descendre en agitant nos sacs devant nous pour enlever toutes les chenilles, c'est la première fois que je vois ça !"

Le fameux site de la Bastille à Grenoble en est envahi : il ne s'agit pas des fameuses chenilles processionnaires mais de pyrales du buis, une espèce invasive arrivée il y a une dizaine d'années en France, un papillon de nuit venu de Chine déjà très présent en Isère... Ces chenilles ne sont pas urticantes mais très invasives et elles ont déjà détruit des pans entiers du massif le plus fréquenté de Grenoble.

Les chenilles sont elles-aussi adeptes de via ferrata... - Radio France
Les chenilles sont elles-aussi adeptes de via ferrata... © Radio France - Clément Lacaton

De quoi surprendre les marcheurs et joggeurs habitués des lieux. "Ca nous colle aux vêtements et à la peau", indique un randonneur. "En un mois j'ai vu leur progression et c'est incroyable", s'inquiète une habituée. Casque et baudrier à la ceinture, Andy s'entraîne plusieurs fois par semaine sur le parcours de via ferrata : "C'est assez dérangeant pour grimper (...). Il y a quelques jours j'étais venu avec un groupe, c'était complètement envahi, on a dû descendre sur tout le trajet en agitant nos sacs devant nous pour enlever toutes les chenilles. C'est la première fois que je vois ça !"

"Des gens sont descendus un peu apeurés"

"C'est assez impressionnant, confirme Jacques Pila, le directeur du téléphérique de la Bastille. Ces chenilles envahissent tous les buis du site. Des gens sont descendus un peu apeurés, du coup nous avons mis des panneaux pour les informer. On a une végétation extraordinaire là-haut, méditerranéenne. Par endroits il y a 50% de buis, donc on est un peu inquiet pour l'avenir".

Les chenilles tissent d'immenses toiles et dévorent les feuilles de buis - Radio France
Les chenilles tissent d'immenses toiles et dévorent les feuilles de buis © Radio France - Clément Lacaton

Des panneaux d'information ont été installés à Grenoble (ici à l'entrée du parc des Dauphins) - Radio France
Des panneaux d'information ont été installés à Grenoble (ici à l'entrée du parc des Dauphins) © Radio France - Clément Lacaton

On espère que l'on va trouver des solutions, sinon les buis risquent de disparaître."

Ces chenilles vertes et noires sont sans danger pour l'homme. Pas urticantes mais très embêtantes : elles s'installent dans les buis et tissent d'immenses toiles. Des pans entiers du massif sont déjà complètement grillés, s'inquiète Jacques Ginet, des espaces verts de Grenoble, alias "Jacques le jardinier" sur France Bleu. "On ne sait pas du tout ce qu'on va faire. On espère que l'on va trouver des solutions parce que sinon les buis risquent de disparaître. Certains oiseaux et chauves souris chassent ces chenilles, mais elles sont trop nombreuses."

Aucune solution efficace

Les zones sont protégées, impossible de traiter avec des insecticides. Les équipes des espaces verts ont donc essayé d'implanter des micro-guêpes qui pondent à l'intérieur des oeufs de la pyrale, mais les essais ne sont pas concluants. La ville vient d'installer des panneaux pour rassurer les marcheurs, avec un appel à "détruire" un maximum de ces "envahisseurs", qui n'ont pour l'instant aucun prédateur naturel assez efficace. En attendant, les chemins autour de la Bastille restent bel et bien ouverts aux promeneurs.

On avait déjà vu ces chenilles s'attaquer aux petits buis taillés des parcs et jardins, aujourd'hui elles s'attaquent à des forêts entières de buis et rien ne semble pouvoir les arrêter.

REPORTAGE FRANCE BLEU ISERE/CLEMENT LACATON