Insolite

Grenoble : les pensionnaires d'une maison de retraite, qui doit fermer pour raisons de sécurité, refusent de partir

Par Véronique Pueyo, France Bleu Isère vendredi 13 janvier 2017 à 18:34

Le maire écologiste de Grenoble est venu rencontrer les mamies en colère
Le maire écologiste de Grenoble est venu rencontrer les mamies en colère © Radio France - Véronique Pueyo

Un vent de révolte souffle au foyer Notre-Dame de Grenoble. Les trente-cinq résidents, de cette maison de retraite, en majorité des femmes, ont appris qu'ils allaient devoir partir, fin 2017, car la structure n'est plus aux normes. Mais, les papys et les mamies font de la résistance !

"Nous ne sortirons que par la force des baïonnettes !" C'est la révolution au foyer Notre-Dame de Grenoble. Depuis qu'ils ont appris qu'ils devront quitter les lieux fin 2017, car les lieux ne sont plus aux normes de sécurité, la résistance s'organise. Les résidents sont en majorité des femmes âgées, voire très âgées, car la doyenne, Madou, a 104 ans ! Mais cette maison, c'est la leur. Ils y ont leurs amis, leurs habitudes, un personnel aux petits soins et le centre-ville en bas de chez eux, pour continuer à faire leurs courses, à se promener, à voir du monde !

"On veut nous envoyer dans d'autres maisons de retraite, on va toutes être éparpillées" regrette cette pensionnaire "Ici, j'ai mes repères, je ne veux pas partir !" Toutes les mamies sont très remontées, elles se disent même prêtes à bloquer les rails du tram pour manifester leur mécontentement.

Et si on ne veut pas partir, vous ferez venir les gendarmes ?

— Jeanne, 95 ans

C'est pour calmer la fronde qui gronde que le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, s''est rendu jeudi au foyer Notre-Dame. "Je suis venu pour dialoguer avec vous" a-t-il lancé à une assemblée de cheveux blancs, réunie autour d'une grande table, dans la salle commune, encore pleine des décorations de Noël. "Nous ne pouvons pas jouer avec la sécurité. Un rapport des pompiers a montré que, s'il y avait le feu, l'évacuation serait très compliquée. On ne peut pas prendre le risque de vous laisser ici !"

Jeanne, 95 ans, s'indigne et de sa voix un peu chevrotante, elle interpelle le maire : "En 40 ans, il n'y a jamais eu de travaux dans cette maison, ni d'incendie, non plus ! Et tout d'un coup, on nous dit de partir ! C 'est pas normal ! Et si je ne veux pas partir, vous ferez venir les gendarmes ?"

"Si vous voulez qu'on parte, donnez-nous notre bouillon de 11 heures et qu'on n'en parle plus !"

— Marie-Claude, 87 ans

Le maires et deux de ses adjoints ont pris la parole devant une trentaine de résidents. - Radio France
Le maires et deux de ses adjoints ont pris la parole devant une trentaine de résidents. © Radio France - Véronique Pueyo

Le maire refuse de répondre à cette "provocation" mais explique sans relâche, qu'il n'a pas d'autres solutions, qu'il faut construire ailleurs et que ça va prendre du temps et qu'en attendant, les pensionnaires doivent aller dans d'autres foyers. "On va vous accompagner ! On est là" dit Éric Piolle.

"C'est du bla-bla ! " rétorque Marie-Claude, très élégante du haut de ses 87 ans. "Ils veulent récupérer les locaux pour faire de l'argent, car un lieu, comme ça, en plein centre-ville, ça peut rapporter gros !" Et de conclure, avec un humour grinçant : " Donnez-nous plutôt notre bouillon de 11 heures, comme ça, le problème des vieux sera réglé!"

Le maire encaisse les coups, en silence. Et puis, Dominique prend la parole pour parler de sa mère, et sa voix se brise : "Maman, qui est âgée, allait très bien, elle était autonome. Mais depuis qu'elle a appris la nouvelle, elle ne mange plus, elle n'arrive plus à se lever de son fauteuil. C'est un déracinement qu'elle ne peut pas supporter !"

"Le foyer Notre-Dame n'est plus aux normes de sécurité, il faut en reconstruire un autre, ailleurs."

— Éric Piolle, maire de Grenoble

"Vous ne comprenez rien aux personnes âgées" lâche lafille d'une autre résidente. Cette fois, Eric Piolle ne laisse pas passer : "Vous ne pouvez pas dire ça !" Mais il restera droit dans ses bottes et sur ses positions.

Au bout d'une heure de discussion, le maire s'en va. Marie-Claude, Jeanne, Madou et leurs amies retournent chez elles : "On n'a pas dit notre dernier mot !"

Affaire à suivre... ✊

"J'y suis, j'y reste !" c'est la devise des 35 papys-maimes du foyer Notre Dame à Grenoble. Ecoutez-les !