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Insolite

Ils ont quitté Caëstre et Ronchin pour monter un restaurant au Kosovo

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Par , , France Bleu Nord

A Pristina, un restaurant dénote avec sa carte française. Ouvert il y a trois mois, Le Bouchon, une bonne table montée par deux Ch’tis, séduit la classe politique kosovare. Le Président de la République y déjeune toutes les semaines.

Le Bouchon, le seul restaurant français du Kosovo
Le Bouchon, le seul restaurant français du Kosovo © Radio France - © Florie Castaingts

Sur le palier, une musique familière résonne à nos oreilles de Français. Georges Brassens et les premières notes des “Copains d’abord” nous reçoivent dans l’antre de la gastronomie française : au Bouchon, le restaurant tenu par un couple ch'ti… au Kosovo. Dès l’entrée, le ton est donné. Une armoire à glace en costard déboule, oreillette et talkie-walkie en guise d’accessoires. Il prépare la venue de l’ambassadeur des Etats-Unis, Greg Delawie, une figure incontournable du pays. 

Florie et Michael accueillent la nouvelle sans sourciller et font fermer la porte arrière du restaurant par mesure de sécurité. Des diplomates, des ministres, des ambassadeurs, il en défile tous les jours depuis l’ouverture du restaurant à Pristina, la capitale du Kosovo. Le président du pays y a presque élu domicile… il y déjeune toutes les semaines. 

Dans sa cuisine, Michael donne les instructions en albanais - Radio France
Dans sa cuisine, Michael donne les instructions en albanais © Radio France - © Florie Castaingts
En dessert, crème brûlée au chalumeau - Radio France
En dessert, crème brûlée au chalumeau © Radio France - © Florie Castaingts

“J’espère que l’ambassadeur ne va pas choisir l’agneau”

“Que ce soit le président ou un kosovar lambda, c’est la même chose pour moi. Je cuisine de la même façon pour tous mes clients”, explique Michael, le chef, visiblement peu décontenancé par le prestige de ses hôtes.  Sa femme Florie renchérit : “Notre cible c’est avant tout les locaux, on souhaite d’abord élargir la culture culinaire des Kosovars, alors les internationaux ou les diplomates, c’est bien mais ce n’est pas notre but.” Pour le moment, le restaurant est à 80% fréquenté par des expatriés, dont le porte-monnaie permet de s’offrir un plat à 15 euros. Seule la formule  du midi à 7 euros reste accessible à la clientèle de Pristina.

Magret de canard et ses pommes de terre, accompagné d'un verre de Stobi, vin macédonien - Radio France
Magret de canard et ses pommes de terre, accompagné d'un verre de Stobi, vin macédonien © Radio France - © Florie Castaingts

J'espère que l'ambassadeur ne va pas choisir l'agneau”, s’inquiète toutefois Florie, la gérante. “On n’en a plus”. La majorité de la viande est importée de France et la moitié de leurs produits vient de l’étranger. Il faut savoir être organisé, gérer les retards de livraison, les stocks et négocier avec la douane à l’aéroport de Pristina. “C’est vraiment l’élément le plus compliqué pour moi”, confie Florie. “Il y a beaucoup de procédures et de démarches, tout prend du temps ici.” Sans compter le flegme kosovar :  “La dernière fois, mon livreur m’apporte des fruits et légumes. Je lui demande : Et les courgettes ? Ah oui les courgettes, c’est vrai… _Alors, il me répond : '_Je te les ramène dans une heure, je les ai oubliées.' Notre plat du midi était composé essentiellement de courgettes, et on était le matin…”  rapporte Florie, un poil agacée.

Florie, la gérante du Bouchon a ouvert le restaurant il y a trois mois - Radio France
Florie, la gérante du Bouchon a ouvert le restaurant il y a trois mois © Radio France - © Florie Castaingts

Tout quitter pour le Kosovo

Il vient de Caëstre, elle de Ronchin. Ils ont passé l’essentiel de leur vie dans le Nord-Pas-de-Calais.

Mais il y a un an, avec leurs deux enfants en bas âge, Florie et Michael décident de tout quitter pour le Kosovo. Florie y est née, lorsque le pays n’était encore qu’une province de la Yougoslavie. Ancien cadre et commercial, le couple a misé toutes ses économies dans ce restaurant qu’ils veulent peu à peu transformer en bar à vins. “Pour l’instant, on essaye de les initier. Un bar à vin, c’est inédit pour le pays. Il n’y en a pas un seul dans tous les Balkans”, raconte Florie. Michael ajoute : “On propose du vin au verre moins cher qu’en bouteille pour que les Kosovars soient tentés d’en goûter plusieurs. En France, c’est plutôt l’inverse.

She, un vin kosovar. Pour les 10 ans de l'indépendance, le couple ch'ti a choisi de ne proposer que du vin local - Radio France
She, un vin kosovar. Pour les 10 ans de l'indépendance, le couple ch'ti a choisi de ne proposer que du vin local © Radio France - © Florie Castaingts

Aujourd’hui, le restaurant affiche un taux de remplissage de 30%, bien en-deçà de la rentabilité espérée. Mais le couple Ch’ti n’est pas inquiet : “Pour la Saint-Valentin, on était complet et on a même assuré trois services, c’est énorme”, se réjouit Florie. A terme, les gérants espèrent développer une filière bio et un circuit court. “Mon souhait, c’est de créer une sorte de coopérative avec les restaurants du coin pour qu’on se fournissent tous avec un même producteur bio et local.” 

Le commis Diell prépare le repas du midi - Radio France
Le commis Diell prépare le repas du midi © Radio France - © Florie Castaingts

En attendant, Michael donne des cours aux élèves de l’école de cuisine de Pristina. Les commis de son restaurant ont tous été formés sur place. “C’est agréable de leur faire découvrir la gastronomie française. Je leur apprends des recettes avec des ingrédients qu’ils ne connaissaient pas pour la plupart”, explique le chef. En tout, ils emploient 18 salariés. Et dans les règles de l’art, à la française, avec un contrat de travail en bonne et due forme : assurance santé privée, congés payés assurés et salaires fixes. “Ici, ils ont une sécurité de l’emploi qu’ils n’ont pas ailleurs”, admet Florie. “L’inspectrice qui nous a contrôlés était surprise de voir à quel point les employés étaient bien traités. Elle est même allée voir les serveurs pour leur dire qu’ils avaient beaucoup de chance.” Comme le résume l’ambassadeur de France à Pristina, Didier Chabert, “le Bouchon, c’est une petite France au Kosovo.”

Bretelles, casquette et noeud papillon obligatoires pour les serveurs du Bouchon - Radio France
Bretelles, casquette et noeud papillon obligatoires pour les serveurs du Bouchon © Radio France - © Florie Castaingts

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