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"L'abattoir ? Jamais. Mes vaches mourront chez moi" (Stéphane, éleveur de Dordogne)

Par Caroline Pomès, France Bleu Périgord dimanche 12 février 2017 à 16:30

Stéphane tuait une dizaine de cochons et de veaux par an
Stéphane tuait une dizaine de cochons et de veaux par an © Radio France - Caroline Pomès

Trop de stress pour ses animaux et pas bon pour la qualité de la viande : voilà deux raisons suffisantes pour que Stéphane Dinard, éleveur périgourdin n'amène plus ses bêtes à l'abattoir. Depuis neuf ans, il tue ses veaux et cochons à la ferme même si c'est interdit

Jamais il n'amènera ses bêtes à l'abattoir. Il y a 10 ans, voir ses cochons partir dans un camion, stressés et angoissés l'a vacciné. Depuis Stéphane Dinard, éleveur à Eygurande-et-Gardedeuil, vers Montpon-Ménestérol tue ses cochons et ses vaches à la ferme, en plein air. "Le transport vers l'abattoir, ça les énerve. Je ne les ai pas élevées dans le calme pour qu'elles stressent le dernier jour de leur vie." Au-delà de leur souffrance, Stéphane est persuadé que le stress ressenti par les animaux a un impact sur la qualité de la viande. Selon lui, des études montreraient que les vaches peuvent perdre le temps du transport puis de l'attente du moment fatidique jusqu'à 5% de leur poids.

"Elles ne comprennent pas, c'est comme si je leur donnais à manger et là, paf, un tir de 22 entre les deux yeux et c'est terminé." — Stéphane Dinard, éleveur.

La salle où il dépècent les bêtes - Radio France
La salle où il dépècent les bêtes © Radio France - Caroline Pomès

Projet non viable

Pour tuer ses vaches et ses cochons, Stéphane, queue de cheval et boucle d'oreille à l'oreille gauche a donc investi 30 000 euros dans un laboratoire de transformation. A l'époque il tuait une dizaine de cochons par an et cinq veaux, vendus 15 euros le kilo pour le porc et 20 euros pour le veau. Tout ça passés sous le manteau parce que ce petit commerce est illégal et surtout non viable, malgré une liste de clients réguliers dans toute la France.

Son laboratoire de transformation aux normes selon les services sanitaires et vétérinaires lui a coûté 30 000 euros - Radio France
Son laboratoire de transformation aux normes selon les services sanitaires et vétérinaires lui a coûté 30 000 euros © Radio France - Caroline Pomès

"Je n'arrivais pas à vivre", reconnait Stéphane. Mais ça c'était avant, aujourd'hui c'est pire. Depuis huit mois, son laboratoire est laissé à l'abandon. Les services vétérinaire lui interdisent de tuer ses bêtes, sa pratique est illégale. "Les seules autorisations, c'est un cochon par foyer par an et pour le mouton, pour la fête de L'Aïd." Depuis Stéphane a du trouver un autre travail, dans une association. "Il faut bien nourrir les bêtes."

Mais cet éleveur ne lâche rien. Même si les services vétérinaires lui ont proposé de lui donner l'agrément, ça ne change rien. Ce n'est pas ce qu'il recherche. il a créé un collectif "Quand l'abattoir vient à la ferme" qui regrouperait 380 éleveurs en France. Son but : l'abattoir ambulant grâce auquel les animaux seraient tués sur place par des professionnels qui feraient le tour des exploitations avec un camion équipé.