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Commémoration du 8-mai 1945 : l'Allemagne nazie et les vins de Bourgogne, la grande collaboration économique

Bourgogne, France

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Nazis ont investi la Bourgogne et surtout, le marché du vin. L'historien Christophe Lucand a retrouvé des archives de cette époque pour en faire un livre : Le Vin et la Guerre.

Officiers allemands posant devant la pancarte Nuits-St-Georges, le 22 juin 1940
Officiers allemands posant devant la pancarte Nuits-St-Georges, le 22 juin 1940 - Capture Photo Le Vin et la Guerre

En ce 8 mai, date historique pour la France qui signe la capitulation de l'Allemagne en 1945, nous nous intéressons aux vins de Bourgogne et à l'Allemagne Nazie venue commercialiser dans la région. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Nazis ont investi la Bourgogne. Et surtout, le marché du vin. L'historien Christophe Lucand a retrouvé des archives de cette époque pour en faire un livre, publié début mars 2017. Intitulé "Le Vin et la Guerre", le livre retrace ces années où l'Allemagne Nazie a pillé les vignobles bourguignons.

Avant la guerre, le marché du vin s’effondre. Alors quand les Allemands arrivent au printemps 1940, c'est une libération du marché économique qui s'opère selon l'historien : "L'objectif des autorités de Berlin, c'est d'orienter les vins les plus luxueux, les plus renommés vers les grandes tables du Reich, pour entretenir, alimenter, la mondanité nazie et aller jusqu'à la Chancellerie. Et puis les vins les plus courants, dont l'Allemagne a énormément besoin pour alimenter sa population, qui est dans une situation très difficile en 1940 et puis pour alimenter ses troupes qui continuent la guerre."

Etiquette de vin des Hospices de Beaune
Etiquette de vin des Hospices de Beaune - Capture des photo du livre Le Vin et la Guerre

Et pour l'achat des vins, des délégués officiels allemands arrivent dans les vignobles. On les appellent les "Weinführer", les chefs du vin. A Beaune, Friedrich Doerrer, négociant en vins originaire de Munich, est investi en septembre 1940 du rôle d'acheteur exclusif pour les vins de Bourgogne. Arrive également Adolph Segnitz, grand francophone. L'objectif de l'Allemagne : acheter tout et à n'importe quel prix. Puisque l'Allemagne paye presque entièrement avec le tribut de guerre que la France lui verse : "C'est de l'argent français qui sert au pillage allemand. On n'a pas de cave qui sont détruites mais qui disparaissent pour l'Allemagne. Les vins se vendent, 10 fois, 15 fois, 20 fois plus cher qu'avant guerre. Il s'agit bien de créances qui sont prélevées sur la Banque de France."

Marché noir en Bourgogne

Beaucoup de négociants en vins en Bourgogne se sont considérablement enrichis pendant la guerre. Pour même devenir milliardaires à la libération. Tous n'ont pas joué le jeu de la collaboration économique selon l'historien, mais l'Allemagne étant l'un des seuls acheteurs, il était difficile de ne pas vendre aux Nazis. Et c'est le marché noir qui a pris le plus d'ampleur pendant la guerre : "Les plus grands négociants de la place notamment à Beaune, vendaient les vins dans des proportions inimaginables et de façon totalement anonyme. Aucun contrôle de la fiscalité et sans factures. Donc à la libération, il n'y a aucune preuve et nous ne savons pas les quantités exactes qui sont parties pour alimenter l'Allemagne."

Pour faire ce commerce, les principales grandes maisons de négociants ont d'ailleurs des succursales à Monaco : "Depuis les années 30, c'est un paradis fiscal qui abrite des sociétés écrans, ces fameuses succursales des négociants et qui servent à ces transactions clandestines, occultes qui passent au dessus de l’État français. Donc pas de taxes, pas de déclarations et à la Libération, peu ou pas de preuves."

Don de vin des Hospices de Beaune au maréchal Pétain en mars 1943
Don de vin des Hospices de Beaune au maréchal Pétain en mars 1943 - Capture photo du livre Le vin et la guerre

Un commerce international

Dans ses recherches, Christophe Lucand a également découvert que ce commerce avec l'Allemagne a permis de faire connaitre les vins de Bourgogne dans le monde entier : "Ils se vendent en Suisse, dans les états neutres comme en Suède, via les sociétés de Monaco. Ces vins se retrouvent aussi parfois aux Etats-Unis et en Angleterre. Au cœur de la guerre, tout est envisageable en réalité. Parce que le commerce continue." L'Allemagne a en quelque sorte sauvé le marché du vins en France mais c'est ensuite en 1945 les Etats-Unis et l'Angleterre qui prennent le relais. Et acheter ces vins à des prix très élevés.

Un commerce que l'on a dû mal à chiffrer. Contrairement au champagne, qui est livré en bouteille, le vin de Bourgogne est amené en Allemagne en tonneau. Des convois de wagons citernes ou wagons foudre qui traversent la France : "On sait juste que pour les vins de luxe que 60 à 70% de la production bourguignonne a été directement ou indirectement orientée vers le Reich".

Une qualité considérablement affaiblie

Les vignobles ont terriblement soufferts de la guerre selon l'historien. Il a fallu les entretenir : "et on sait à quel point c'est compliqué. La viticulture nécessite un apport de produit comme le souffre et le fer." Et le deuxième raison de cette qualité qui a fortement baissé, c'est que l'acheteur allemand est peu regardant sur la qualité : "On va prendre de grandes libertés sur les appellations d'origines qui sont très récentes à cette époque, elles ont établies dans les années 30. On va avoir beaucoup d'appellations qui sont usurpées avec des vins de qualité médiocre vendus souvent sous des noms très prestigieux." Il y a certains négociants français qui font même appellent aux autorités allemandes et celles de Vichy pour éviter tout contrôle au nom de la liberté du commerce.

A la fin de la guerre, certaines maisons bourguignonnes ont donné beaucoup d'argent à la résistance. Jouer sur les deux tableaux, entre France libre et une collaboration économique. Mais certains adhéraient également aux valeurs nazies. A la Libération, seuls quelques négociants français ont été condamné à 1 ou 2 mois de prison ferme.

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