Insolite

L'État vend l'ancienne maison d'arrêt de Grasse

Par Florian Cazzola, France Bleu Azur et France Bleu mardi 30 août 2016 à 6:00

L'ancienne maison d'arrêt de Grasse est officiellement en vente.
L'ancienne maison d'arrêt de Grasse est officiellement en vente. © Radio France - Florian Cazzola

Et si vous achetiez une ancienne prison ? Depuis le début de l'été, l'ancienne maison d'arrêt de Grasse est officiellement mise en vente par le ministère de la Justice. La caution de ce bâtiment classé, et qui n'accueille plus de détenus depuis le début des années 1990, est fixée à 50 000 euros.

L'ancienne maison d'arrêt de Grasse était à l'abandon depuis l'arrêt de son activité en 1992, liée à la construction d'une nouvelle maison d'arrêt sept kilomètres plus loin.

Le ministère de la Justice a donc décidé de mettre officiellement en vente ce bâtiment public en juin 2016. La caution pour participer à l'appel d'offre est tout de même fixée à 50 000 euros. Les premières visites s'effectueront les 8 et 13 septembre prochains et la date limite de dépôt des candidatures est prévue le 14 octobre prochain.

Reportage sur la vente de l'ancienne prison de Grasse

Depuis quelques jours, on peut voir sur le site du ministère de la Justice l'annonce de cession de l'ancienne prison de Grasse (ci-dessous). Le descriptif est bref, digne d'une petite annonce publiée sur Le Bon Coin, mais elle est très sérieuse. Le bâtiment, qui jouxte l'ancien palais de justice, date de 1847 et pouvait accueillir 72 détenus et 18 surveillants.

Les cellules, les couloirs et la cour sont toujours intactes car aucun travaux de rénovation ou de mise aux normes n'a été fait depuis sa fermeture. Plusieurs parties de l'ancienne prison sont classées.

La nef est une des curiosités architecturales du site. Elle était entièrement vitrée jusqu'à ce que des travaux remplacent la verrière par un toit en tuiles. Le bâtiment abrite également des caves voûtées en terre battue "magnifiques", selon plusieurs témoignages.

L'annonce publiée sur le site du Ministère de la Justice.  - Radio France
L'annonce publiée sur le site du Ministère de la Justice. © Radio France - Florian Cazzola

"Elle est laissée à l'abandon depuis plusieurs années. Le toit est complètement troué, les pigeons ont investi la prison. Les vitres sont brisées donc l'eau s'infiltre et ruisselle jusqu'à notre bâtiment quand il pleut. J'espère qu'elle sera achetée rapidement." (Xavier, habitant d'un appartement qui colle à l'ancienne maison d'arrêt)

Plus de deux millions d'euros de travaux

L'état de délabrement du lieu n'a pas facilité la vente du bâtiment depuis l'arrêt de son activité. Plusieurs personnes ont tenté de racheter l'ancienne prison, en vain. Le ministère de la Justice était prêt à céder le lieu pour quelques dizaines de milliers d'euros (certains riverains parlent même "d'un euro symbolique"), mais tous les candidats ont reculé les uns après les autres.

Agnès habite l'hôtel des Palmiers, en face de l'ancienne prison. Cette férue de rénovation avait voulu acquérir le site en 2010 pour le transformer en une auberge de jeunesse. Elle est l'une des rares personnes à avoir visité le lieu, à deux reprises, avec une équipe d'architectes et d'économes. Mais elle a rapidement déchanté.

"Nous avions estimé les travaux de rénovation à plus de deux millions d'euros. Si nous voulions faire quelque chose d'esthétique, il fallait démolir plusieurs bâtiments comme la prison des femmes."

Le bâtiment central, qui accueillait autrefois le quartier des hommes, est en ruines. - Radio France
Le bâtiment central, qui accueillait autrefois le quartier des hommes, est en ruines. © Radio France - Florian Cazzola

"Quand je suis entrée dans les lieux, c'était très étrange. Le hall d'entrée, les portes, tout était verrouillé. Voir ces cellules vides qui ont accueilli des détenus pendant plusieurs jours voire plusieurs années était particulier. Mais ce qui choque particulièrement, c'est l'état de saleté de la prison."

Au milieu des années 2000, le ministère de la Justice avait même contacté la municipalité grassoise pour qu'elle puisse acquérir le bâtiment, mais elle n'avait pas donné suite, faute de moyens financiers. D'autres particuliers ont à leur tour tenté l'aventure, sans succès. C'est une des raisons pour lesquelles le site est aujourd’hui officiellement mis à en vente.

L'ancienne cour de la maison d'arrêt de Grasse est complètement laissée à l'abandon. - Radio France
L'ancienne cour de la maison d'arrêt de Grasse est complètement laissée à l'abandon. © Radio France - Florian Cazzola

Ce n'est pas une première en France

L'ancienne prison de Grasse n'est pas la première à être vendue à des privés. À Nantes, la métropole a décidé de racheter l'ancien bâtiment situé en plein centre ville pour 4,9 millions d'euros en 2015. Les appels d'offres sont toujours en cours pour la transformation du site, mais un projet est bel et bien défini. "La programmation se fera sur la base de 50% de logements sociaux et 50 % de logements en accession libre", assure Johanna Rolland, le maire de Nantes, qui prévoit également la construction d'un crèche.

Au Mans, l’îlot de la Visitation qui abritait autrefois la prison des hommes et des femmes est en chantier. Le bâtiment va accueillir un hôtel quatre étoiles et plusieurs logements luxueux. Dernier dossier en date, celui de l'ancienne maison d'arrêt d'Orléans. La ville étudie les possibilités de rachat du site pour transformer le lieu en une piscine municipale.

Vue depuis le toit de l'ancienne maison d'arrêt de Grasse. - Radio France
Vue depuis le toit de l'ancienne maison d'arrêt de Grasse. © Radio France - Florian Cazzola

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