Insolite

À Mont-de-Marsan, "le tricot, ça réveille les doigts et les méninges"

Par Lisa Melia, France Bleu Gascogne jeudi 19 janvier 2017 à 11:55

Marie-Agnès et son bonnet
Marie-Agnès et son bonnet © Radio France - Lisa Melia

Depuis deux ans, l'EHPAD du Marsan, à Mont-de-Marsan, propose des ateliers de tricot-thérapie. Chaque semaine, une quinzaine de dames se réunissent pour confectionner bonnets, layettes et mitaines.

Il n'est plus rare, désormais, de croiser des jeunes femmes (plus rarement de jeunes hommes), maniant les aiguilles à toute vitesse dans les transports en commun ou dans les parcs, quand les beaux jours arrivent. Le tricot, longtemps relégué au rang d'activité "de grand-mère", revient à la mode depuis quelques années. Mieux : le tricot serait bon pour la santé, selon une étude publiée en 2013 dans le Journal of Occupational Therapy, une publication britannique.

Dans le hall de l'EHPAD du Marsan, une dizaine de vieilles dames s'installent, pelotes bariolées sur les genoux. Pour elles, le tricot n'est pas une découverte. "C'est un retour aux sources", souffle en souriant Mireille, la bénévole qui a eu l'idée d'organiser ces ateliers de tricot-thérapie. Assises sur des chaises, disposées en cercle, le petit groupe détonne. Alors que la plupart des résidents semblent attendre la fin de la journée, les yeux fixés sur une télévision, les tricoteuses rient, s'interpellent, discutent, échangent conseils et critiques sur leurs ouvrages.

La mémoire des doigts

"C'est le côté thérapie de l'atelier, précise Mireille. Ces femmes viennent d'une génération qui a tricoté, mais elles ont quasiment toute arrêté. Avec l'atelier, je les aide à ranimer ces souvenirs. On se régénère." La mémoire des doigts fait de petits miracles. La doyenne, c'est Marie-Agnès. "98 ans", annonce-t-elle fièrement, alors qu'on lui en donne au moins 20 de moins. Atteinte de dégénérescence de la macula, Marie-Agnès n'y voit quasiment plus. "Au début, je ne voulais pas participer, raconte-elle. J'étais persuadée que j'allais les gêner, mais Mireille a insisté. Elle a eu raison : je ne vois plus les aiguilles, mais je tricote au toucher."

Alors qu'elle progresse dans son bonnet, Marie-Agnès perd une maille. Aussitôt, elle appelle Mireille, son "ramasse-maille", le surnom affectueux que les dames ont donné à la bénévole. Après avoir rattrapé l'ouvrage, Mireille s'attaque à un gros nœud dans une pelote, qu'elle tend ensuite à Nicole, la spécialiste des layette. "Tout le monde m'en demande, c'est fatiguant", proteste la septuagénaire avec un sourire qui dément toute irritation.

Le yoga du cerveau

Pour Murielle, l'une des animatrices de l'EHPAD, l'atelier ne se limite pas à un moyen de faire passer le temps et la journée. "Ça remet de la vie et de la créativité dans leur quotidien et ça, ça n'a pas de prix", s'enthousiasme la professionnelle. Depuis que le tricot est redevenu tendance, les études sur ses bienfaits se multiplient et il existe même un championnat de France.

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Une psychologue de l'université d'Arizone affirme que manier les aiguilles réduit le stress. Un médecin de l'université de Princeton, l'une des plus prestigieuses des Etats-Unis, estime que le tricot calme la dépression : la répétition des gestes accroît la production de sérotonine, qui joue un rôle dans la régulation de l'humeur. Un chirurgien orthopédique soutient même que la dextérité nécessaire pour tricoter combat l'apparition de l'arthrite.

Le succès des ateliers à Mont-de-Marsan ne se dément pas. "Les familles des résidents et le personnel soignant viennent souvent nous demander des bonnets ou des écharpes", s'amuse Mireille. Le groupe de tricoteuses a décidé de vendre ses travaux. "On ne fait pas de bénéfice, précise Marie-Agnès. On fait payer juste de quoi racheter des pelotes. On ne fait pas payer le travail."