Insolite

Sainte Dévote, la protectrice des Monégasque, dévoile ses secrets

Par Florian Cazzola, France Bleu Azur mardi 27 septembre 2016 à 18:04

Les scientifiques étudient les reliques de Sainte Dévote
Les scientifiques étudient les reliques de Sainte Dévote © Radio France - Florian Cazzola

Depuis deux mois, une équipe de scientifiques du musée d'anthropologie préhistorique de Monaco étudie les reliques de la cathédrale de la principauté. Parmi ces ossements conservés, il y a bien ceux de Sainte Dévote, patronne des Monégasques.

Sainte Dévote n'est pas une légende. La sainte patronne et protectrice des Monégasques a bel et bien existé il y a plus de 17 siècles.

L'équipe de scientifiques emmenée par l'archéologue Elena Rossoni-Notter a soigneusement étudié les reliques de la jeune femme pour enfin prouver leur authenticité.

Reportage sur les reliques de Sainte Dévote

Une première en principauté

Le travail des chercheurs commence il y a deux mois. Le père Daniel Deltreuil, curé de la cathédrale princière, contacte le musée d'anthropologie préhistorique, avec l'accord de Monseigneur Barsi, l'archevêque de Monaco.

Les ecclésiastiques autorisent, pour la première fois à Monaco, que des objets et reliques appartenant au diocèse soient analysés par des scientifiques.

Elena Rossoni-Notter s'entoure de deux spécialistes des os et des maladies* pour commencer l'étude de ces reliques et autres trésors enfouis dans la cathédrale. Ils analysent également de près les "prétendus" ossements de Sainte Dévote qui sont exposés à plusieurs endroits de la cathédrale.

Le reliquaire de la sainte, un coffret serti de cuivre contenant une partie d'humérus, une omoplate, une partie de bassin et de jambe est donc analysé pendant plusieurs jours avant que le verdict ne tombe :

"Nous sommes sûr à plus de 99% que les ossements sont ceux de la Sainte" Elena Rossoni-Notter, anthropologue monégasque

La légende de Sainte Dévote remonte au 3ème siècle après J.C - Radio France
La légende de Sainte Dévote remonte au 3ème siècle après J.C © Radio France - Florian Cazzola

"Sainte Dévote était bien une femme. Elle présentait plusieurs pathologies. Elle avait également de l'arthrose et avait reçu plusieurs coups dans le dos. Cette femme a eu une vie difficile à cause des nombreux accidents qu'elle a subi."

Elena Rossoni-Notter, archéologue au musée d'anthropologie préhistorique de Monaco.

Les scientifiques ne disposent pas encore du squelette complet de la sainte patronne des Monégasques. Ses ossements sont dispersés dans plusieurs églises de la principauté et en Corse. Mais les chercheurs espèrent le reconstituer un jour.

"Réunir toutes les reliques sera une deuxième étape" espère Elena Rossoni-Notter. Nous aimerions ensuite travailler sur l'âge exact de Sainte Dévote à l'aide des méthodes dont nous disposons aujourd'hui comme le Carbone 14 ou l'ADN."

L'ouverture d'esprit de l'Eglise

Le risque était grand pour l'église de permettre à des chercheurs d'accéder à ses trésors. Si les ossements n'avaient pas permis d'identifier Sainte Dévote, cela aurait pu fragiliser la religion et ses croyances. "Nous aurions été très embêtés si ce n'était pas Sainte Dévote, avoue Monseigneur Barsi, archevêque de Monaco. Nous sommes maintenant rassurés même si nous n'avions pas douté du contraire. Beaucoup d'indices laissent penser que la vie de la Sainte était très proche de sa légende. La science et la religion doivent continuer de travailler ensemble."

Les scientifiques se réjouissent eux aussi de cette collaboration unique en son genre. "Ça montre une ouverture d'esprit. C'est une grande chance pour la culture et le patrimoine", savoure l'archéologue monégasque. Elle avoue sa surprise de voir la sciences et la religion se rencontrer ainsi.

Monseigneur Barsi, archevêque de Monaco.

Les analyses des reliques ont débuté il y a deux mois. - Radio France
Les analyses des reliques ont débuté il y a deux mois. © Radio France - Florian Cazzola

Sainte Dévote à l'origine des couleurs du drapeau monégasque ?

La légende de Sainte Dévote remonte au IIIe siècle. Elle raconte que la jeune femme a été torturée par les Romains, puis que les prêtres de Monaco ont subtilisé son corps pour éviter qu'il ne soit jeté au bûcher et l'enterrer dans un vallon.

La sainte serait revenue par la mer, guidée par une colombe et couverte de sang, deux détails à l'origine des couleurs blanche et rouge du drapeau de Monaco d'après la légende, sachant que le blanc et le rouge sont aussi un emblème génois.

Sainte Dévote jouit de multiples représentations à Monaco où le catholicisme est religion d'État. Ses reliques sont conservées à la cathédrale, mais aussi dispersées dans d'autres églises du Rocher et jusqu'en Corse.

* Les docteurs Emilie Perez et Yves Darton