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Sur les traces de la femme qui hante les montagnes cévenoles

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Par , France Bleu Gard Lozère, France Bleu

Elle hante la vallée cévenole comme un fantôme. Depuis douze ans, une femme d’une trentaine d’années connue de toute la population locale vit seule dans les bois au cœur des Cévennes. Mais après des années à vivre dans les montagnes sous les yeux d’habitants complices, son cas désormais interroge.

 Depuis douze ans la visiteuse hante les esprits des habitants de  quatre villages des Cévennes
Depuis douze ans la visiteuse hante les esprits des habitants de quatre villages des Cévennes © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Une ombre, un murmure, presque le secret de famille de toute une vallée des Cévennes. Qui l'a vue ? Qui la connaît ? Elle, c'est une femme d'une trentaine d'années qui vit seule, au milieu des bois, presque en autarcie complète depuis déjà une douzaine d'années. Coupée du monde la plupart du temps, elle effleure à peine le monde "normal, civilisé", seulement en de rares moments. Tout le monde, ici, en a au moins entendu parler. Un souvenir fugace, une rencontre fortuite, une amie. Qui est-elle ? France Bleu Gard Lozère est partie sur ses traces, et sur celles presque encore plus rares de celles et ceux qui acceptent de la raconter.

Il faut s'engouffrer sur des petites routes, pénétrer au cœur des Cévennes, dans cette vallée où sont nichées maisons en pierres sèches et cabanes isolées. En contrebas de sa maison, Jean-Pierre et son père Sully coupent du bois. Jean-Pierre, la femme des bois, il la connaît : "Je connaissais l'histoire. Je la connais elle aussi. Je l'avais même logée chez nous et la connaissais très bien. Oui, c'est un choix qu'elle a fait." Jean-Pierre fait partie des admirateurs de la femme des bois et dans la vallée nombreux sont ceux qui la soutiennent et qui souhaitent la protéger. 

À quelques kilomètres de la maison de Jean-Pierre, Chantal possède un gîte au bord de la route. Elle est arrivée il y a douze ans avec son compagnon et s'est installée dans cette mythique vallée. Dès son arrivée, l'histoire de la femme des bois lui a été racontée : "Je l'ai appris par sa maman. Elle a été choquée par les choses dans la vie et, du coup, elle ne voulait plus côtoyer les êtres humains. Donc, elle est partie dans la nature. Elle vit comme ça. Sa maman lui met à manger de temps en temps dans des cachettes dans les bois. Il y a des gens aussi qui mettent des choses pour qu'elle puisse manger l'hiver. Et, oui, elle cambriole un petit peu pour récupérer des couvertures, pour manger mais elle ne fait de mal à personne." 

Son seul lien avec le monde est sa mère, qui refuse d'évoquer avec qui que ce soit la situation de sa fille : "Je vous interdis d’en parler". La maman continue de s'occuper de sa fille à distance, comme nous l'explique Jean-Pierre : "Sa mère l’aide beaucoup. Elle lui porte à manger. L'été il n'y a pas de problème, il y a des fruits. Il y a des jardins potagers partout où elle se trouve. Elle trouve à manger. Mais bon, les périodes d'hiver, ça reste un problème donc sa mère l’aide".

Jean-Pierre  fait partie, comme beaucoup d'habitants, de ces soutiens, de ces habitants qui la protègent
Jean-Pierre fait partie, comme beaucoup d'habitants, de ces soutiens, de ces habitants qui la protègent © Radio France - said makhloufi

Le reportage de Said Makhloufi

La jeune femme des bois aurait aujourd'hui trente-cinq ans, dont douze à l'écart de la société. Elle vit une vie pourtant presque normale, jusqu'à la vingtaine, dans un petit village cévenol. Une famille, des amis, des camarades de classe. En 2004, son père loue un deux pièces dans la maison de Daniel. Le hameau n'est pas visible depuis la route, il y a un petit ruisseau qui sépare son terrain de la forêt. Des années après, Daniel surprendra la jeune femme en pleine tentative d’effraction : "Elle est venue ici plusieurs fois, pour tenter de squatter dans le grenier sur le toit". À quoi ressemblait-elle quand il l'a vue ? "Une sorcière, habillée de noir et sans aucune conversation. Oui, ça peut faire peur."

 Daniel surprendra la jeune femme en pleine tentative d’effraction.
Daniel surprendra la jeune femme en pleine tentative d’effraction. © Radio France - said makhloufi

Si Daniel lui a refusé cette fois l'entrée, c'est qu'au fil des années, la situation questionne. Si, au départ, la femme des bois a fait souffler un vent nouveau de liberté dans cette vallée cévenole où des hippies s'étaient installés dans les années 70, aujourd'hui, son cas divise de plus en plus, comme l'explique Jean-Pierre : "Jusqu'à présent, elle ne faisait fait du tort à personne. Elle s'est infiltrée dans les maisons, elle rentre dans les maisons non pas pour commettre des actes de vols ou tout ça, mais pour manger ou pour arriver à se nourrir ou à s'habiller. Le problème, c'est qu'elle a été obligée de casser ou au moins fracturer pour rentrer. Elle faisait des dégradations pas importantes, mais quelques dégradations. Moi-même j'ai supporté des choses pendant longtemps. Dans une de mes locations dans les montagnes, elle a cassé un carreau et pris habits et nourriture."

Le reportage de Said Makhloufi

Des plaintes ont été déposées par des habitants ulcérés par les agissements de la femme des bois. Des plaintes classées sans suite à chaque fois, mais des plaintes qui font un peu plus de bruit aujourd'hui avec l'arrivée de nouveaux habitants en quête de tranquillité, comme le confirme cet élu local qui souhaite garder l’anonymat. : "Je crois qu'il y a eu de nombreuses réunions qui ont été faites avec les victimes. Finalement. Il y a peut-être un problème psychiatrique, mais pour l'instant, aucun psychiatre n'a pu prononcer quoi que ce soit dans la mesure où on ne la rencontre pas."

"Il y a des gens qui se plaignent. Effectivement, il y a des gens qui en souffrent de cette situation parce qu'ils se sentent agressés dans leur choix de vie. On peut dire qu'effectivement, tout le monde est un peu troublé. Tout le monde se pose des questions. On ne sait pas répondre. Non, je ne sais pas. La plupart d'entre nous ne le savent pas" - Un élu local anonyme

Impossible de mettre la main sur la femme des bois depuis quelques années. Elle n'a de contact qu'avec sa mère. Personne ne l'a vue. Personne n'arrive donc à l'aider. Pour cet élu local, c’est un problème de société : "Je crois que dans cette situation, on est face à quelqu'un qui a une difficulté dans le rapport à l'autre, qui est installé dans une défiance, un problème humain. C'est peut-être un problème qui est lié à notre société, un problème qui est lié à la difficulté de notre organisation sociale. Ça fait partie des problèmes de notre société, qui exclut un certain nombre d'entre nous avec une certaine violence sociale dans notre pays". 

Un bandeau sur un œil

Plusieurs hypothèses circulent dans la vallée pour expliquer son exil dans les bois : une déception amoureuse, un choc psychologique, un drame personnel. Si personne ne connaît l'élément déclencheur, tous sont certains d'une chose : la femme des bois a toujours été proche de la nature. Une soif de liberté dont se souvient Jean-Pierre : "Elle me l'avait dit une fois qu'elle voulait se désocialiser et elle me l'a dit à plusieurs reprises. À un moment donné, à une certaine période, elle vivait avec un bandeau sur un œil. Elle avait un foulard et elle le mettait sur son œil et c'est là qu'une fois, elle m'avait dit : "mais moi, je veux, je veux devenir borgne."

Des années à errer dans la forêt. Au point, peut-être, d'avoir basculé dans la folie : "Non elle n’est pas folle, assure Jean-Pierre, c'est une personne qui aimait sa liberté. C'est une fille qui était intelligente au départ et elle m’a laissé plein de petits mots sans aucune faute d'orthographe. Elle a toujours été correcte envers moi ou envers ma famille, je n'ai jamais eu de problème." 

"Elle fait partie de notre vallée, donc on la respecte" - Jean-Pierre, au micro France Bleu Gard Lozère

Jean-Pierre fait partie, comme beaucoup d'habitants, de ses soutiens, de ces habitants qui la protègent, comme Chantal : "Oui, parce qu'elle fait partie de notre vallée, donc on la respecte. Et si on peut rendre service, il y en a plein qui laissent des choses, des vêtements, des couvertures à manger. Elle fait quelques dégâts, des fois dans les maisons, mais on ne peut rien faire contre elle. Ils ne la trouveront jamais, puisqu'elle doit être trop maline. "

Chantal fait partie des soutiens de la femme des bois et dans la vallée nombreux sont ceux  qui souhaitent la protéger.
Chantal fait partie des soutiens de la femme des bois et dans la vallée nombreux sont ceux qui souhaitent la protéger. © Radio France - said makhloufi

Le reportage de Said Makhloufi

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