Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Insolite

Vallée d'Ossau : les nouveaux siffleurs des Pyrénées

mardi 1 décembre 2015 à 19:04 Par Fanette Hourt, France Bleu Béarn

Il y a un an, le collège de Laruns, dans la vallée d'Ossau, a décidé d'enseigner une langue bien particulière : le langage sifflé du village d'Aas.

Le collège de Laruns propose à ses élèves des cours de langage sifflé
Le collège de Laruns propose à ses élèves des cours de langage sifflé © Radio France - Fanette Hourt

Au collège des Cinq Monts de Laruns, on ne parle pas... On siffle ! Depuis janvier 2015, les cours d'occitans sont complétés, pour les collégiens qui le souhaitent, par des cours de langage sifflé. Un moyen de communication qui est né juste à côté, dans la vallée d'Ossau : dans le village d'Aas.

Une pratique en voie d'extinction

Durant des siècles, les habitants d’Aas, et particulièrement les bergers, communiquaient à grande distance grâce à ce langage sifflé. Lorsqu'ils se trouvaient en estives, ils pouvaient ainsi se parler d'un bout de vallée à autre. La vallée d'Ossau permet en effet une excellente propagation des sifflements entre le village et les pâturages.

La langue sifflée du village d'Aas était encore pratiquée au début du XXe siècle par quelques habitants. Mais elle a peu à peu disparu, en même temps que ses locuteurs. Cependant, le chercheur du CNRS, Guy Busnel, a réussi à étudier et à retranscrire ce moyen de communication juste avant qu'il ne disparaisse entièrement, au début des années 1950. Il peut ainsi être appris par les nouvelles générations.

Une vraie langue ?

"Le terme de langage, en réalité, est impropre", explique Philippe Biu, professeur d'occitan à l'université, qui donne aussi les cours de langage sifflé au collège de Laruns. "Il s'agit en fait d'une traduction de l'occitan, du béarnais, en son".

Exemple avec Philippe Biu professeur d'université d'occitan et de langue sifflée

En effet, ce moyen de communication se base sur les phonèmes de l'occitan. Les modulations sonores de la langue sont ainsi traduites en sifflements. Cependant, il est impossible de traduire tous les phonèmes. Les siffleurs ne se basent que sur quatre consonnes et quatre voyelles, chacune correspondant à une tonalité. Ainsi, ils peuvent former des mots simplifier et parler en sifflant. 

Un langage chantant qui fait pensé à celui des oiseaux, ou à celui des dauphins, comme l'a comparé Guy Busnel dans ses recherches.

Les collégiens se prennent au jeu

Une quarantaine d'élèves sont devenus des apprentis dauphins, ou des apprentis rossignols, au collège de Laruns, sur les 100 collégiens qui fréquentent l'établissement. En entrant dans la cour, on peut ainsi entendre siffler dans tous les coins du collège. Certains professeurs et surveillants aimeraient aussi s'y mettre. 

Le langage sifflé a conquis le collège de Laruns

"C'était un vrai pari. On ne savait pas du tout ce que ça allait donner. Et puis les élèves ont commencé à venir toquer à la porte pour nous demander s'ils pouvaient participer. La mayonnaise a pris", raconte la professeur d'occitan à l'origine de ce projet, Nina Roth.

La principale du collège, Elise Coulon, y croyait encore moins. "J'étais plus que perplexe, j'étais sceptique. Je viens de l'Est de la France, ce n'est pas du tout ma culture, donc lorsqu'on m'a parlé de langue sifflée, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Mais j'ai fait confiance à Nina Roth. Je suis allée assistée à un cours. Et j'ai été bluffée." Elle a été impressionnée par la capacité d'apprentissage et de mémorisation des élèves.

Pour apprendre à siffler correctement, il faut parler l'occitan correctement. Les deux sont liés, "l'un nourrit l'autre", explique Nina Roth. Ainsi, en travaillant la langue sifflé, les élèves travaillent leur capacité à apprendre d'autres langues de manière générale. Les professeurs ont aussi constaté que cela avait permis à des élèves "décrocheurs" de retrouver une motivation. "Avoir un cours où l'on n'a ni cahier ni trousse à sortir, et où on peut faire du bruit, c'est assez fabuleux pour les élèves", raconte encore l'enseignante d'occitan.

Le collège aimerait donc pérenniser ce cours, et pourquoi pas le développer en un projet pédagogique plus ambitieux. Une langue sifflée est aussi pratiquée aux Iles Canaries, donc pourquoi pas organiser des échanges. Mais cela reste un projet.

Par ailleurs, la langue sifflée commence à dépasser les frontières du collège. Des neuroscientifiques aimeraient venir assister à des cours pour voir quels sont les effets de l'apprentissage d'une telle langue sur le cerveau.

Dans cet exemple en vidéo, le professeur Philippe Biu, dispose différents objets sur une table, et il demande à un élève d’apporter l’un de ses objets à un autre élève.