Insolite

Yvan Bourgnon réussit le passage du Nord-Ouest, au péril de sa vie

Par Benjamin Bourgine, France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel et France Bleu vendredi 22 septembre 2017 à 18:29 Mis à jour le vendredi 22 septembre 2017 à 20:31

Yvan Bourgnon a passé plus de 2 mois face à des conditions dantesques
Yvan Bourgnon a passé plus de 2 mois face à des conditions dantesques - © Pierre Guyot et Fred Pergola

"Exploit". Le mot est souvent galvaudé, mais dans le cas d'Yvan Bourgnon, on peut réhabiliter le terme. Parti d'Alaska, il a rallié seul le Groënland, où il est arrivé ce vendredi sur un catamaran de sport. Icebergs, vents, températures extrêmes et même ours polaire, il raconte même ses pieds gelés.

" J'ai rendez-vous cet après midi avec un médecin, mes pieds sont paralysés, je ne sais pas si je pourrai garder tous mes orteils." Yvan Bourgnon a une voix claire, calme et posée, comme un peu "sonné". Au bout du fil, à l'autre bout du monde, son monde blanc et gelé, il confie avoir " bien sûr perdu 8 kilos " ses mains sont très endommagées, pleines de crevasses. Ses pieds, en partie, ne bougent plus. Il est arrivé dans la nuit à Nuuk, au Groenland, après plus de deux mois d'une navigation hors-normes

Un sommet de difficulté, un concentré de risques

C'était mon Everest - Yvan Bourgnon

Ce défi en solitaire, c'est " la chose la plus grande et la plus incroyable que je ferai de toute ma carrière. Je peux rien imaginer de plus dur. Ça aura été mon Everest. J'avoue que je me suis posé plein de questions, j'ai un mental d'acier, mais je me suis demandé plusieurs fois dans quelle galère j'étais, et pourquoi je me suis mis comme ça en danger de mort aussi souvent ".

Yvan Bourgnon, inquiet pour ses mains et surtout ses pieds

Bloqué par les glaces, à la merci d'un iceberg

En juin dernier, Yvan Bourgnon est arrivé en Alaska. Avec son petit catamaran de sport de 6m, celui qui avait servi à son tour du monde en double, puis en solitaire. Pas de cabine, pas de lit à proprement parler... et pas de co-skipper ! Le solitaire, au milieu des icebergs, c'est une mission qui peut ressembler à du suicide. De fait, les embûches n'ont fait que s'accumuler, notamment quand il a été retenu par les glaces pendant plusieurs jours.

C'est pas deux icebergs que j'ai vu, c'est peut-être 300, et 3000 growlers - Yvan Bourgnon

Yvan Bourgnon avant son départ pour le mythique passage du Nord-Ouest - Maxppp
Yvan Bourgnon avant son départ pour le mythique passage du Nord-Ouest © Maxppp - Sophie Capelle / Maxppp

Le Défi ultime de sa carrière "je ne peux pas imaginer plus dur, plus compliqué"

" Quand je suis arrivé tout près du 73, 74 degré de latitude Nord, à quelques centaines de milles du Pôle Nord, c'est un paysage très très beau, ça ma vraiment impressionné mais c'est aussi très violent, très abrupte. Le problème des falaises, c'est que ça amène des vents catabatiques. Je me suis fait piéger au nord de la mer de Bafin. Je savais qu'au moindre faux-pas, je chavirais, la moindre petite erreur pouvait me coûter ma peau ! " Le frère de Laurent Bourgnon affirme avoir été au bout de lui-même, comme jamais. "C'était beaucoup plus dur que ce que j'imaginais. Parfois, la notion de plaisir m'a manqué, je le reconnais. Autant sur le tour du monde que j'ai fait sur ce bateau, j'ai eu 90% de plaisir, autant là..."

Dans ce défi, je ne me suis jamais relâché, j'avais toujours un nœud dans le ventre - Yvan Bourgnon

Yvan Bourgnon a retrouvé sa compagne, Géraldine, et son petit garçon au Groenland. Il va pouvoir leur consacrer enfin du temps. Le petit Tao est né juste avant le début de son aventure.