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International

Migrants en Méditerranée : rencontre avec Jérémie Demange, sauveteur grenoblois sur l'Aquarius

jeudi 12 juillet 2018 à 21:05 Par Zoé Boiron, France Bleu Isère et France Bleu

78 migrants sauvés par l'Aquarius en Méditerranée sont arrivés en France ce jeudi. Ils faisaient partie des 629 personnes présentes à bord du bateau humanitaire, de SOS Méditerranée. Jérémie Demange, sauveteur grenoblois, y était. Il nous raconte son expérience.

Le sauvetage de l'Aquarius était la première mission de Jérémie Demange. Cette expérience l'a à jamais marqué.
Le sauvetage de l'Aquarius était la première mission de Jérémie Demange. Cette expérience l'a à jamais marqué. - Kenny Karpov / SOS Méditerranée

Grenoble, France

L'Aquarius... En juin dernier, ce bateau de SOS Méditerranée est devenu le symbole de la crise politique européenne, en matière de gestion de flux de migrants. Jérémie Demange, 32 ans, était sauveteur à bord du navire. 

Une formation de matelot

Après une thèse de mathématiques et de nombreux petits jobs à Grenoble, Jérémie Demange, 32 ans, rêve d'océan et apprend le métier de matelot à Concarneau (Finistère). La formation à peine terminée, il entend parler de l'Aquarius et "écoute le petit pompier qui sommeille en lui". Il envoie son CV. Deux semaines plus tard, il était à bord, en tant que pilote de Zodiac, ces petits bateaux pneumatiques. 

"On voit les côtes italiennes ou maltaises. Et il faut dire à 630 personnes qu'on n'y va pas. Eux pensent qu'on les ramène en Lybie." — Jérémie Demange, sauveteur sur l'Aquarius

Il aura fallu plus de dix heures de sauvetage pour mettre en sécurité les réfugiés, 629 au total. Le 9 juin, à la tombée de la nuit, deux petits bateaux leur sont signalés. Ils sont "assez éloignés l'un de l'autre", il faut d'abord les rapprocher. 

"C'est la nuit, il y a des vagues, des cris. Il y a une cinquantaine de personnes dans l'eau. Il faut savoir qu'1 personne sur 10 seulement sait nager. Donc vous avez potentiellement 40 morts. Il faut agir avec sang-froid, on a été entraînés pour ça. Donc on louvoie entre les corps, on distribue les gilets de sauvetage. On ne peut pas les prendre tout de suite, parce qu'il faut sécuriser les 50 personnes dans l'eau, ainsi que les 200 personnes qui sont encore sur le petit pneumatique et qui commencent à paniquer. "

"Toucher à l'enfer"

Une image particulièrement, reste ancrée dans son esprit. "Deux visages", dit-il. Certains sont repêchés et placés aux côtés de Jérémie. "Je suis le pilote du Zodiac, donc je dois faire attention à la manœuvre. Et en tournant la tête un peu à droite, à gauche. J'en ai deux à côté de moi qui sont hagards, qui ne savent pas où ils sont, qui essaient de bégayer un "merci" ou un petit cri, et qui ont des yeux mais... Des yeux de la peur, qu'on ne voit quasiment que dans les films. A ce moment-là, tu as l'impression de toucher à l'enfer..."

Au cœur d'une crise politique

Le lendemain, le gouvernement italien déroge à une règle internationale humanitaire en refusant d'accueillir le bateau. Malte ferme également l'accès à ses ports. Le gouvernement français, lui, ne dit rien. Finalement, l'Espagne invite le navire de SOS Méditerranée à accoster à Valence. "Là, c'est une bombe sur le bateau. Tu dois expliquer à 630 personnes, qui dorment sur de l'acier, qui ont des rations de nourriture, que les côtes que l'on voit... Parce qu'on les voit les côtes italiennes, ou les côtes de Malte, eh bien on n'y va pas. Et qu'on repart pour 5 jours de voyage en haute mer. Eux pensent que tu les ramènes en Libye, escortés par des bateaux militaires... Certains menacent de se suicider, de se jeter à l'eau. C'est là que le verbal est important." 

Le premier objectif des sauveteurs est alors de gérer la panique. Puis vient l'émotion : "la tristesse, la colère. Mais avec la colère on ne va nulle part". Pendant que Jérémie et son équipe voient des "mères qui cherchent leurs bébés, des bébés dont les poumons se remplissent d'eau", les politiques "louvoient" autour du problème d'accueil.

Un engagement renforcé

Cet épisode n'a fait que renforcer l'engagement de Jérémie. "Je suis intimement convaincu que le métier que je fais est nécessaire. Et je m'accomplis en le faisant. J'ai trouvé une place, une famille de gens avec un cœur formidable, _d'une rare élégance_, d'une humilité toute particulière dans la marine. Je renouvelle bien sûr mon engagement, sans être un activiste ou un militant de chaque seconde." Jérémie ambitionne de devenir capitaine. Et c'est décidé : c'est à l'humanitaire qu'il se vouera désormais.

Jérémie Demange participe aux missions de sauvetage sur l'Aquarius.  - Aucun(e)
Jérémie Demange participe aux missions de sauvetage sur l'Aquarius. - Kenny Karpov