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International DOSSIER : Référendum en Catalogne

Carles Puigdemont, Oriol Junqueras et Raül Romeva, le trio qui veut faire de la Catalogne un État indépendant

mardi 26 septembre 2017 à 15:14 Par Sébastien Berriot et Eric Chaverou, France Bleu Roussillon

À l'approche du référendum sur l'autodétermination de la Catalogne, dimanche prochain, le gouvernement catalan est engagé dans un bras de fer avec Madrid. Le président Carles Puigdemont mène le combat avec les deux autres figures de l'indépendantisme catalan, Oriol Junqueras et Raül Romeva.

Oriol Junqueras (gauche), Carles Puigdemont (centre) et Raül Romeva (droite).
Oriol Junqueras (gauche), Carles Puigdemont (centre) et Raül Romeva (droite). © Maxppp -

Depuis quelques semaines, l'exécutif catalan fait de plus en plus parler de lui. A l'approche d'un scrutin interdit par Madrid, les tensions sont allées croissantes avec le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy, mais aussi au sein même de l'équipe régionale. Aujourd'hui, trois figures s'y distinguent.

Puigdemont, le défenseur de toujours d'une Catalogne indépendante

Lorsque le 9 janvier 2016 Carles Puigdemont est désigné par son parti CDC (Convergence Démocratique de Catalogne) candidat à la présidence de la Generalitat, c'est une surprise. Encore plus lorsque le lendemain, il est élu président de la Catalogne.

Certes, Carles Puigdemont n'est pas un inconnu sur la scène politique catalane. Lorsqu'il est élu à la présidence, l'ancien journaliste âgé de 54 ans est encore maire de la ville de Gérone. Mais rien ne le prédestine à partir pour "la capitale" pour diriger le Palais de Generalitat.

A l'époque, son nom n'a jamais été évoqué de manière publique. "Nous avons été très surpris lorsque l'annonce a été faite", explique le journaliste Miquel Riera, ancien collègue de Carles Puigdemont à l'époque où celui ci était rédacteur en chef au sein du journal "El Punt", à Gérone.

Mais le choix n'est pas un hasard. Si les indépendantistes ont appelé Carles Puigdemont c'est parce qu'ils savent que le maire de Gérone ne lâchera jamais sur la question de l'indépendance et osera faire ce que d'autres ne feront jamais. "Contrairement à d'autres partisans de la déconnexion avec l'Espagne, Carles Puigdemont n'est pas un converti", analyse le journaliste Miquel Riera. "Il a toujours milité pour l'indépendance de la Catalogne".

Son engagement n'a jamais faibli depuis l'âge de 20 ans, d'abord au sein de la Jeunesse Nationaliste de Catalogne, puis dans toutes les fonctions qu'il a occupées dans le journalisme et en tant que maire de Gérone et député au parlement de Catalogne. Pour mieux défendre une Catalogne indépendante, Carles Puigdemont a également voyagé. Au début des années 90, il parcourt l'Europe à la découverte des différents mouvements indépendantistes, de la Flandre à la Slovénie, en passant par l'Estonie.

Pour les indépendantistes, Carles Puigdemont est donc une valeur sûre pour la défense de la cause nationaliste. Mais si on a fait appel à lui c'est aussi parce que l'homme est une véritable bête politique, un tacticien redoutable. Il le prouve après avoir été porté à la tête de la Generalitat en réussissant à mettre en place une majorité totalement improbable au sein du parlement Catalan, avec des députés d'extrême-gauche, de gauche et des parlementaires centristes.

Il réussit là où son prédécesseur Artur Mas avait échoué. Les députés de la CUP, petit parti d'extrême-gauche, ne voulaient pas entendre parler du trop libéral Artur Mas, mais ils ont finalement dit oui au centriste Carles Puigdemont. Ce dernier se retrouve donc à gouverner avec celui qui logiquement devrait être aujourd'hui son adversaire politique : Oriol Junqueras, représentant de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), qui est nommé numéro 2 de l'exécutif régional.

Certes, la majorité mise en place par le nouveau président de la Generalitat a bien failli voler en éclat à plusieurs reprises, notamment en septembre 2016 lors du vote du budget. Mais une fois encore Carles Puigdemont parvient à sauver la situation en fédérant ses troupes autour d'un thème unique : le projet d'indépendance de la Catalogne.

Il agit alors très vite, mettant en place un calendrier avec l'annonce d'une date pour le référendum d'auto-détermination, fixée au 1er octobre. Il prépare aussi les différentes lois de déconnexion avec l'Espagne qui seront votées par le Parlement au cours de l'année 2017. (dans le tweet ci-dessous, Puigdemont annonce fin août les termes de la transition en cas de victoire du oui).

Mais Carles Puigdemont a-t-il voulu aller trop vite, au risque de faire basculer la Catalogne dans un bras de fer irréversible avec Madrid ? Certains le qualifient de jusqu'au-boutiste et même davantage. Comme l'explique la politologue Astrid Barrio, spécialiste des mouvements nationalistes à l'université de Valencia, "on peut reprocher à Carles Puigdemont une certaine forme de radicalisme.

Le fait d'avoir décidé d'organiser un référendum de manière unilatérale en est une illustration". Il n' hésite pas à aller très loin au risque de faire peur, par exemple lorsqu'il annonce il y a quelques semaines qu'en cas de victoire du oui au référendum, la Catalogne prendra le contrôle de ses frontières terrestres, maritimes et aériennes et ce dès le lendemain du scrutin.

C'est peut être ce côté un peu radical qui a empêché Carles Puigdemont de réussir à l'international. Ses tentatives d'offensives diplomatiques ont jusqu'ici été des échecs. Ainsi, lorsqu'il s'est rendu à Paris en octobre 2016 pour plaider la cause catalane, aucun responsable national n'a accepté de rencontrer le francophone Carles Puigdemont, à l'exception du président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde.

Même si le président de la Generalitat montre un visage modéré lorsqu'il est à l'étranger et s'exprime sur des médias d'autres pays, ses méthodes en Catalogne peuvent parfois surprendre et montrer un tout autre visage. Cet été par exemple, il n'a pas hésité à écarter brutalement plusieurs ministres de son gouvernement parce que ces derniers avaient osé émettre des doutes sur la tenue du référendum.

Pas très bon pour l'image des indépendantistes, mais qu'importe, Carles Puigdemont justifie ses décisions au nom de la cause indépendantiste. Sûr de lui et du succès du référendum, il annonce qu'il arrêtera sa carrière politique une fois son devoir accompli, au lendemain du scrutin.

Junqueras, chantre du référendum, républicain et partisan des défilés religieux

"Avec humilité, fermeté, courage et courage, nous commençons un chemin historique ! Nous gagnons la liberté !" Depuis le 10 janvier 2016, ces mots restent épinglés sur le compte Twitter du vice président de l'exécutif catalan, ancien professeur d'histoire moderne et contemporaine à l'université autonome de Barcelone, spécialisé notamment dans les origines de l'Asie.

Présenté par beaucoup comme le prochain président de la Generalitat, Oriol Junqueras a ses zones d'ombre d'après le journaliste Carles Enric López. "Il ne devrait pas avoir honte de son passé et expliquer qu'être petit-fils de bourgeois, éduqué dans des établissements privés, n'est pas un déshonneur en Catalogne.", écrit-il pour le site Cronica Global. On retiendra aussi que ce fin politique est un catholique croyant revendiqué, fervent partisan des défilés religieux pendant la Semaine sainte.

Diplômé d'histoire de la pensée économique, Oriol Junqueras assied son pouvoir fin 2012. A la tête d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, la gauche républicaine), il obtient 21 représentants au Parlement catalan lors d'élections anticipées. Il est ainsi en position de force, maître de la majorité d'Artur Mas, le leader charismatique de CiU (Convergence et union), parti de droite indépendantiste au pouvoir depuis des années en Catalogne. Junqueras est un fort en gueule qui a appelé à la désobéissance civile et raconte être devenu indépendantiste à l'âge de huit ans.

Oriol Junqueras à Sitges, en mai dernier, lors de journées de l'économie

Oriol Junqueras. - Maxppp
Oriol Junqueras. © Maxppp -

Cet été, il expliquait de façon condescendante à la télévision que "la supposée légalité de l'Etat espagnol n'est pas légale". Et de se référer uniquement au droit international. Il a toutefois récemment condamné la dégradation d'un bus touristique à Barcelone par de jeunes indépendantistes.

Élu deux fois maire de la commune de Sant Vicenç dels Horts (27.000 habitants), il y a débuté sa carrière politique en 2003, à 24 ans, sur une liste d'ERC. Les élections européennes de 2009 l'ont mené à Bruxelles et Strasbourg où il siège au sein du groupe des Verts/Alliance libre européenne. Mais il renoncera à son mandat fin 2011 en raison d'un accord interne.

Oriol Junqueras semble bien avoir été sonné par la récente arrestation de 14 organisateurs du référendum du 1er octobre, dont nombre de ses proches. Mais il continue à brandir le référendum et la démocratie comme instruments les plus efficaces pour se débarrasser de Mariano Rajoy et de son parti, le PP, au pouvoir. Et depuis quelques mois, il envisage clairement de devenir numéro 1, multipliant les contacts avec le gouvernement central et des interlocuteurs étrangers, comme en mai aux Etats-Unis.

Raül Romeva, le ministre qui n'en est plus un

Ironie de l'histoire, c'est un homme né à Madrid en 1971 et qui y a grandi les neuf premières années de sa vie qui dirige la diplomatie catalane. Tête de liste de la coalition indépendantiste Junts Pel Sí aux dernières élections catalanes, Raül Romeva i Rueda a hérité de ce nouveau titre de ministre des Affaires étrangères à l’arrivée au pouvoir de Carles Puigdemont.

Mais ce grand nageur qui rêva des Jeux a très vite été déchu par le Tribunal constitutionnel espagnol à la demande de Madrid, à cause de la « dénomination et compétences [du dit ministère] qui vont au-delà des compétences attribuées par le statut d’autonomie [de la Catalogne] et par la Constitution ».

L'ancien député européen de 2004 à 2014 au nom d'Initiative pour la Catalogne Verts (ICV) reste donc désormais officiellement conseiller aux Affaires extérieures de la Généralité de Catalogne. Même si sur son compte Twitter le Varoufakis espagnol (surnom du quotidien El Mundo) continue à se présenter comme "Minister of Foreign Affairs".

Fédéraliste, Raül Romeva faisait partie de l'Intergroupe Spinelli, aux côtés d'une centaine de députés, comme Daniel Cohn-Bendit ou Jean-Marie Cavada. Et en juin dernier, il affirmait au Figaro que "La Catalogne ne veut pas sortir de l'UE". Parlementaire européen particulièrement actif, il reste intimement lié à la Bosnie, où il fut notamment observateur électoral pour l'OSCE.

Mais dans un portrait à l'acide, le journaliste Josep Maria Cortés compare ce docteur en relations internationales polyglotte et passionné de plongée à un "Tartarin de Tarascon". Sur le site Cronica Global, l'ancien d'El Pais et de La Vanguardia souligne que Raül Romeva n'est reçu par aucun dirigeant. Seul Vong Sauth, le ministre des Affaires sociales cambodgien, a accepté la photo. Ses services répliquent que son travail repose sur des "réunions qui restent volontairement discrètes".

L'intéressé lui-même a toutefois reconnu début juillet l'échec de sa mission d'"internationaliser le processus". Torpillé par des manœuvres gouvernementales remarquait le quotidien conservateur ABC. Sans se laisser abattre, Romeva a soutenu que les pays se manifesteront l'indépendance acquise.

En attendant, on pourra découvrir un des livres publiés par celui qui vécut notamment à Montpellier, Paris et Strasbourg : le remarqué thriller politique mêlé à une histoire d'amour de deux femmes "Sayonara sushi" (2012).