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"Daech a tout pris" : une famille d'Irakiens réfugiés à Pau raconte

Par Axelle Labbé, France Bleu Béarn mardi 19 janvier 2016 à 18:39

La famille vit dans deux studios d'une ancienne maison de retraite
La famille vit dans deux studios d'une ancienne maison de retraite © Radio France - Axelle Labbé

Ils sont six, des grands-parents aux petits-enfants. Ils vivaient à Mossoul, d'où ils ont été chassé en juillet 2014. Après des mois d'errance, ils sont arrivés à Pau le 19 décembre. Et ils espèrent y rester.

À Pau, les sœurs de la fraternité Notre-Dame des prêcheurs accueillent une vingtaine de réfugiés venus d'Irak et de Syrie, par l'intermédiaire de l'association Chrétiens d'Orient 64. Parmi eux, cette famille irakienne arrivée il y a un mois. Ils sont installés dans deux studios de l'ancienne maison de retraite.

Il y a Rafa et Sermat, les parents, leurs deux enfants âgés de 2 et 5 ans, et les parents de Sermat, qui ont 66 et 78 ans. Tous ont été chassés de chez eux, à Mossoul en juillet 2014. Sermat, le père, raconte : "Daech a menacé de nous tuer si on ne sortait pas de Mossoul, parce que nous sommes chrétiens". La famille fuit alors vers le nord de l'Irak. Pendant plus d'un an, ils vivent dans une salle commune, à côté d'une église. "Daech a tout pris, tout ce qu'on possédait là bas. On est partis comme ça". Ils n'ont pas d'argent pour payer un appartement ou un hôtel. 

Se convertir à l'islam ou partir

La famille trouve un garant en France, et contacte le consulat de France à Erbil. Ils ont fait une demande d'asile, toujours en attente de réponse. Ils quittent finalement l'Irak, d'Erbil à Istanbul, en Turquie, puis Paris et enfin Pau. Sermat est comptable, il espère trouver du travail en France. Sa femme, Rafa, suivait des études d'arts. 

Le plus dur pour les parents de Sermat n'a pas été de quitter leur pays, mais leur maison. Ce matin du 18 juillet 2014, ils étaient juste sortis faire une course quand une patrouille a contrôlé leur identité. Voyant sur leurs papiers qu'ils étaient chrétiens, on les a mis dans une voiture pour les expulser de Mossoul. Ils ne sont plus jamais retournés chez eux. Samuel, 78 ans, pleure en parlant de sa maison. "Il y a eu un attentat à la voiture piégée à côté de chez nous avant que nous ne partions. Le temps de réparer les vitres et la porte, il y en a eu un autre".

Sermat raconte l'histoire de sa famille. Traduction par Gaëlle N'Diaye

Depuis la rentrée de janvier, le fils de Sermat, âgé de 5 ans, va à l'école à Pau. Une grande fierté pour toute la famille qui peut penser à l'avenir. Pour l'instant, ils n'envisagent pas de retourner en Irak. 

Selon l'Ofpra, l'office français pour les réfugiés et apatrides, la France a reçu 79 130 demandes d'asiles l'an dernier pour les adultes, les mineurs ne sont pas comptabilisés. C'est 22% de plus qu'en 2014.

Chez nous dans les Pyrénées-Atlantiques, l'OFPRA a reçu l'an dernier 380 demandes d'asiles pour les adultes. Un tiers l'ont obtenu, 20% ont été rejetées, les autres (45%) sont toujours en attente.

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