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Élection présidentielle en Turquie : forte mobilisation à Strasbourg, bastion pro Erdogan

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Les Turcs vont voter pour élire leur futur président ce 14 mai. Mais la diaspora vote avec quelques jours d'avance. Aux dernières élections, les Turcs d'Alsace avaient plébiscité le président Erdogan, mais le contexte a un peu changé. La participation, elle, est pour l'instant en hausse

L'un des bureaux de vote du consulat de Turquie à Strasbourg L'un des bureaux de vote du consulat de Turquie à Strasbourg
L'un des bureaux de vote du consulat de Turquie à Strasbourg © Radio France - Antoine Balandra

Recep Tayyip Erdogan restera-t-il cinq ans de plus au pouvoir en Turquie ? Les électeurs turcs sont appelés aux urnes dimanche 14 mai pour se prononcer. Le président sortant, 69 ans, au pouvoir depuis 20 ans, brigue donc un nouveau mandat, mais pour la première fois, l'opposition part unie contre lui.

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Trois millions quatre cent mille turcs de la diaspora vont voter pour cette présidentielle dans 73 pays et seront donc un élément qui pourra faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. En Alsace, le consulat général de Turquie rappelle que tout membre de la diaspora turque peut théoriquement voter où il le souhaite à l'étranger. Mais que le consulat, lui, possède une liste de 90.000 personnes. Et la participation est particulièrement forte cette année.

"Selon nos chiffres, il y a environ 90.000 électeurs dans notre région. Et nous avons déjà dépassé 30.000 votes alors que nous ne sommes qu'à mi parcours du vote ici. Environ 11.000 électeurs ont voté à Mulhouse, dans des bureaux de vote ouverts spécialement dans un gymnase" explique Bekir Sarp Erzi, consul général de Turquie à Strasbourg.

Le diplomate se réjouit d'une telle participation. "De nombreux jeunes votent pour la première fois et veulent exprimer leur opinion politique. La participation plus élevée nous satisfait. Le taux de participation aux élections en Turquie est toujours numéro 1 en Europe. C'est une tradition politique en Turquie et on peut voir cela aussi parmi la diaspora à l'étranger, et c'est très satisfaisant" poursuit-il.

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Monsieur le consul général de Turquie à Strasbourg, Bekir Sarp Erzi
Monsieur le consul général de Turquie à Strasbourg, Bekir Sarp Erzi © Radio France - Antoine Balandra

Des bureaux de vote sont donc ouverts jusqu'au 9 mai au consulat général de Turquie à Strasbourg tous les jours de 9h à 21h, après l'ouverture pendant quelques jours jusqu'au 1er mai d'un bureau de vote à Mulhouse.

Préférence pour le président sortant

Habituellement, cette communauté turque d'Alsace est plutôt favorable au président Recep Tayyip Erdogan. Lors de la précédente présidentielle, il avait recueilli environ 63% des voix en Alsace.

"Quand on analyse la logique, on a des gens en Alsace originaires des villes en Turquie où l'on vote pour l'AKP ou Erdogan" explique Muharrem Koç, directeur franco-turc de l'association strasbourgeoise ASTU (actions citoyennes interculturelles). Des gens venus de la Turquie rurale, ou des bords de la mer Noire par exemple.

"Erdogan a su parler à une certaine jeunesse, jouer sur des clivages identitaires, autour de l'islam, du fait d'être Turc " poursuit-il. Devant le consulat en tout cas, les pro Erdogan sont toujours aussi motivés : "Il a su s'occuper de nous, même à l'étranger" confirme un jeune homme. "On est avec lui pour encore 20 ou 30 ans s'il est encore là" explique un autre habitant de Strasbourg. "Il a redonné sa place à la Turquie dans le monde" ajoute Perrine, une franco-turque d'Alsace.

Un effritement du vote Erdogan ?

Mais les choses pourraient légèrement changer cette fois en Alsace, et ce changement pourrait être annonciateur de plus amples bouleversement électoraux en Turquie, si l'on en croit plusieurs experts. Déjà, parce que l'opposition part unie, cette fois ci, contre le président sortant Erdogan. Et puis parce qu'il y a un contexte particulier estime Muharrem Koç.

"Il y a trois enjeux importants. Le premier c'est la crise économique. La Turquie va très mal, tout est devenu très cher. Ce qui ne va pas faciliter les choses pour Erdogan. La deuxième chose, c'est le tremblement de terre, sa gestion. Là on a vu que l'Etat a complètement failli et cela a laissé des traces énormes. Et le troisième facteur, c'est un problème démocratique, les questions de liberté, un homme qui détient tous les pouvoirs, les gens en ont un peu ras-le-bol" estime-t-il.

D'ailleurs devant le consulat de Turquie de Strasbourg, de nombreux Turcs avouaient vouloir désormais du changement. "Il faut qu'il parte. Avec tous ceux qui sont emprisonnés là-bas... Il y a soi-disant la démocratie mais en fait on n'a plus qu'une demi-démocratie" affirmait un homme. "Cela suffit. Là il faut qu'il s'en aille. Il y a une dégradation économique, social, culturelle...." estimait pour sa part Mustapha, un autre électeur.

Devant le consulat de Turquie à Strasbourg
Devant le consulat de Turquie à Strasbourg © Radio France - Antoine Balandra

Mais cet agacement de certains peut-il suffire à renverser le vote pro Erdogan en Alsace ? Non, pas à lui seul, estime Samim Akgönül, professeur des universités et directeur du département d’études turques de l’Université de Strasbourg.

"On peut s'attendre à Strasbourg à un vote similaire à la dernière présidentielle à ceci près qu'aujourd'hui dans l'opposition à Recep Tayyip Erdogan il y a un parti conservateur proche de Millî Görüş, qui est passé à l'opposition. Et à Strasbourg, il s'agit d'une organisation très forte, très bien enracinée, très encadrée (NDLR : elle porte un projet de mosquée notamment) qui travaille bien. Cela peut avoir un impact. Et puis il y a le parti pro kurde qui n'a pas de candidat. De ce point de vue on va voir, mais il se peut que Erdogan passe sous la barre des 60% à Strasbourg. Ce serait certainement un signe pour la possibilité de la perte des élections en Turquie" estime le spécialiste.

Erdogan sans doute encore vainqueur en Alsace

Mais selon le professeur, la crise économique ou les considérations autour du tremblement de terre ne suffiront pas à elles seules à faire changer de bord un nombre très important d'électeurs. "Je n'y crois pas. En réalité, les ressortissants turcs de la diaspora votent pour des considérations identitaires ou idéologiques. Là vous évoquez des raisons rationnelles. Mais la diaspora, parce que c'est la diaspora, et parce qu'il s'agit de minorités attachées à leur micro identité régionale, provinciale, votent pour des préoccupations identitaires plus que rationnelles" estime-t-il. Même affaibli, le vote majoritaire pro Erdogan devrait donc s'imposer une fois encore à Strasbourg.

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