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En Colombie, des téléphériques POMA contre la délinquance

France Bleu Isère lundi 7 avril 2014 à 6:00

En Colombie, des téléphériques POMA contre la délinquance

EN IMAGES | France Bleu Isère vous emmène ce lundi à Medellin, en Colombie. Dans les années 90, c’était la deuxième ville la plus dangereuse au monde. Aujourd’hui, c’est une ville touristique. Et le changement n’est pas sans lien avec l’Isère. Il est dû à deux téléphériques construits par POMA en 2004 et 2008. Ils ont permis de désenclaver les bidonvilles des montagnes. Et ce n'est pas fini.

Le rôle d’un téléphérique peut parfois être social. La ville de Medellin en Colombie a fait ce choix. Elle fait construire des téléphériques depuis 2004 pour désenclaver les bidonvilles qui se trouvent dans les montagnes tout autour. Des "metrocables", comme on dit ici, qui sont fabriqués par POMA et gérées par une succursale colombienne. Un nouveau chantier est en cours. Il prévoit la construction de deux téléphériques qui grimperont dans le quartier de la Sierra, l'un des plus pauvres et des plus dangereux de la ville. Jusqu’à la trêve du début des années 2000, il était contrôlé par un groupe paramilitaire

Le quartier de la Sierra dans les hauteurs de Medellin - Radio France
Le quartier de la Sierra dans les hauteurs de Medellin © Radio France - ED
 

FBI POMA

En attendant l'arrivée du téléphérique, les habitants doivent descendre à pied des pentes raides - Radio France
En attendant l'arrivée du téléphérique, les habitants doivent descendre à pied des pentes raides © Radio France - ED
Le metrocable "va améliorer le quartier, il y aura moins de violence " espère Carlos, un épicier du quartier. Dans les années 1980 et 1990, des pans entiers de Medellin étaient contrôlés par les cartels de la drogue, surtout celui du "baron" Pablo Escobar. Il avait fait de Medellin son repère et des quartiers un vivier pour recruter des jeunes. Jusqu'en 1995, la ville enregistrait 15.000 homicides par an (pour comparaison, la France, c'est 8.000 par an), aujourd'hui, c'est 950. Dans la Sierra, "il y avait beaucoup de vols, et d'extorsions ", raconte Carlos. Il attend que le métrocable "valorise le quartier ".

Le projet "Ayacucho"

Ce projet de construction, nommé "Ayacucho", est financé par l’Agence française de développement (AFD) de Colombie. Un prêt de "200 millions d'euros sans garantie du gouvernement sur 20 ans ", explique Fabrice Richy, directeur de l'AFD de Colombie. Cette dernière a été créée en 2009, notamment pour aider la transformation urbaine du pays. Une transformation lancée par la ville de Medellin au début des années 2000. " Nous finançons les projets inclusifs et verts, c'est-à-dire ceux qui se font dans un sens de solidarité et qui sont durables d'un point de vue environnemental ".

Une future station des téléphérique construits par POMA - Radio France
Une future station des téléphérique construits par POMA © Radio France - ED
Une courbe sur le trajet

Ce chantier va "complètement transformer le quartier ", selon Fabrice Richy, "on estime le nombre de personnes touchées par ce nouvel accès à la ville à 350.000, soit plus de 10 % de la population de Medellin ". Les deux metrocables POMA seront connectés à un tramway. Pour ce projet, POMA emploie au moins cinq ingénieurs. Leur nombre devrait tripler d’ici la fin du chantier en 2015 . POMA fabrique les cabines, fournit l’électromécanique et se charge du montage et de la mise en marche.

"En ce qui concerne les téléphériques urbains, POMA est pionnier au niveau mondial ", dit fièrement David, ingénieur de la succursale colombienne de POMA à Medellin. Il prend quelques minutes entre les bruits des travaux et des voitures, pour expliquer l’une des particularités de ce chantier. "Le metrocable va en ligne droite jusqu’à une première station et après, elle doit faire une courbe pour continuer à monter à la Sierra ". Une courbe très prononcée qui oblige les cabines à ralentir et à se détacher du câble qui monte droit. Elles vont alors tourner doucement et récupérer le câble rapide.

Le metrocable du quartier San Javier comporte 85 à 90 cabines POMA - Radio France
Le metrocable du quartier San Javier comporte 85 à 90 cabines POMA © Radio France - ED

"Le metrocable est un cheval de Troie" (Anibal Gaviria, maire de Medellin)

Avec ce téléphérique, la ville veut continuer sa politique de "reconquête des territoires ". Pendant toute la période Escobar, "la police, l'action publique, les fonctionnaires n'allaient plus dans les quartiers car c'était trop dangereux ", explique Fabrice Richy. Désormais, il y a des espaces publics, des bibliothèques, des hôpitaux. Pour le maire de Medellin, Anibal Gaviria, ce téléphérique a été un "cheval de Troie " qui a fait baisser la violence. La ville est sortie du top 20 des villes les plus dangereuses au monde en 2013.

Le maire de Medellin l'avoue : il y a encore des progrès à faire. La délinquance et la pauvreté ont baissé mais pas les inégalités. Sauf en matière de transport. Les cabines ont apporté une certaine égalité qu'Anibal Gaviria explique en donnant un exemple surprenant : "un habitant de Medellin des strates 1 et 2 (les plus pauvres) assis dans un metrocable peut aller plus vite qu'un habitant de la strate 6 (la plus riche) dans sa Mercedes coincée dans les bouchons" .

Le metrocable du quartier San Javier construit en 2008 - Radio France
Le metrocable du quartier San Javier construit en 2008 © Radio France - ED

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