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VIDÉO - Fermeture de la frontière avec l'Espagne à Coustouges : "Le préfet nous prive de notre quotidien"

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Par , France Bleu Roussillon

Depuis le 11 janvier, dans le cadre de la lutte anti-terroriste, plusieurs routes secondaires menant à l'Espagne sont fermées à la circulation. C'est le cas de la départementale reliant Coustouges dans les Pyrénées-Orientales à l'Empordà. Une décision très critiquée autant côté français qu'espagnol.

Des blocs de béton ont été installés par les autorités françaises sur le pont de la Riu Major qui fait frontière avec l'Espagne
Des blocs de béton ont été installés par les autorités françaises sur le pont de la Riu Major qui fait frontière avec l'Espagne © Radio France - Sébastien Berriot

Avant 1995, il n'y avait pas de route permettant de relier le village de Coustouges (Pyrénées-Orientales) à l'Empordà, en Catalogne. Mais 25 ans après l'inauguration en grande pompe du pont transfrontalier au dessus de la Riu Major, les habitants du secteur ont l'impression d'être revenu en arrière. 

Depuis deux semaines, des blocs de béton, installés par les autorités françaises, empêchent tout passage. Aucun bruit, aucune circulation sur le pont, et Coustouges est redevenu un cul-de-sac. Il n'est plus possible de se rendre en Espagne. Le panneau "Bienvenue en Catalogne-Nord et dans les Pyrénées-Orientales" est toujours en place, mais cela fait sourire Etienne, un promeneur : "On peut dire que ce panneau aujourd'hui n'a plus aucune signification". 

Le panneau "Bienvenu en Catalogne-Nord" n'est plus d'actualité
Le panneau "Bienvenu en Catalogne-Nord" n'est plus d'actualité © Radio France - Sébastien Berriot

Concentrer la surveillance sur les grands axes

Cette situation complètement inédite est le résultat de la nouvelle politique du gouvernement français en matière de lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine. Le président Emmanuel Macron avait donné les instructions lors de sa visite fin 2020 à la frontière du Perthus. Le préfet des Pyrénées-Orientales a donc annoncé début janvier la fermeture de plusieurs routes frontalières dans le département considérées comme des axes secondaires, l'objectif étant de privilégier la surveillance des axes principaux.

Aucune voiture ne peut franchir la frontière
Aucune voiture ne peut franchir la frontière © Radio France - Sébastien Berriot

Des blocs de béton en travers de la route

A Coustouges, la décision du préfet s'est traduite par l'installation le 11 janvier dernier d'énormes blocs de béton en travers de la route, coupant  ainsi tout lien entre le Haut-Vallespir et l'Alt Empordà. Une initiative très critiquée par la population locale habituée à se rendre presque quotidiennement en Espagne essentiellement pour les achats de première nécessité. 

"Non, la route qui va en Espagne, n'est pas un axe secondaire. Ici nous n'avons pas de commerces, alors pour faire les courses, nous allons à Maçanet, à 10 minutes en voiture et pour les grandes courses, c'est beaucoup plus simple d'aller à Figueras, à seulement 30 minutes. Le préfet nous prive de notre vie quotidienne." (Un habitant de Coustouges)

Un long détour par le Perthus

La décision est mal comprise par les habitants. "Ça me choque beaucoup. On nous avance des prétextes qui ont existé depuis bien avant aujourd'hui, du terrorisme, de l'immigration et de la drogue. Pourquoi aujourd'hui on ferme la frontière?" se demande Emmanuel qui réside à Coustouges. D'autres habitants qui connaissent bien le secteur estiment que la fermeture de la route n'empêchera pas les trafiquants de passer, car il y a selon eux d'autres solutions, notamment les petits chemins.

Détour obligatoire par le Perthus
Détour obligatoire par le Perthus © Radio France - Sébastien Berriot

Désormais pour se rendre en Espagne, il faut faire un grand détour, soit par le Perthus soit par le col d'Ares. Cela représente au minimum deux heures de route supplémentaires pour l'aller et le retour. "Malgré cette route magnifique et ce pont extraordinaire, on ne peut pas s'y rendre. C'est quand même assez triste" ajoute le maire de Coustouges, Michel Anrigo.

Fort impact l'économie du côté espagnol de la frontière

La fermeture de la route départementale est aussi très mal vécue du côté espagnol de la frontière. Même si en ce moment, avec le confinement en Catalogne, les échanges sont plus limités, la clientèle française continue de faire fonctionner l'économie locale, notamment dans le village de Maçanet de Cabrenys. La maire de la commune Mercè Bosch Romans  ne cache pas sa colère dans une interview accordée à France Bleu Roussillon.

"Avec la fermeture de la route, du jour au lendemain, on a perdu tous nos clients français qui viennent ici acheter les produits de première nécessité, dans nos magasins, nos charcuteries et nos pâtisseries. C'est un gros problème pour nous. En plus nous avons beaucoup d'artisans dans le bâtiment ou encore dans l'élagage qui ont l'habitude d'aller travailler à Saint-Laurent-de-Cerdans, Arles-sur-Tech ou Amélie-Les-Bains. Ils doivent désormais faire un long détour par le Perthus et ce n'est plus rentable financièrement." (Le maire du village de Maçanet)

L'élue met également en cause la décision du préfet des Pyrénées-Orientales, selon elle totalement contraire au principe européen de libre circulation des personnes. Mercè Bosch Romans assure que ni elle ni la Généralitat de Catalunya n'ont été informées de l'installation des blocs de béton par la France au milieu de la route.

Les blocs de béton sur le pont transfrontalier
Les blocs de béton sur le pont transfrontalier © Radio France - Sébastien Berriot

Le préfet justifie sa décision

Le préfet des Pyrénées-Orientales Etienne Stoskopf lui répond que lorsque la décision a été prise, le gouvernement espagnol a été averti. Le représentant de l'État reconnait la gêne pour les habitants, mais dit-il "nous avons fait des analyses de flux et nous sommes arrivés à la conclusion que cette gêne pouvait être contournée. Cela nous a semblé être gérable dans un objectif prioritaire de lutte contre l'immigration clandestine et contre le passage de marchandises illégales". La préfet n'a pour le moment pas fixé de délai pour la réouverture de la route.

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