International DOSSIER : Le référendum en Catalogne

Catalogne : Rajoy veut suspendre le gouvernement local, Puigdemont convoque le Parlement

Par Denis Souilla, France Bleu Roussillon et France Bleu samedi 21 octobre 2017 à 14:26 Mis à jour le samedi 21 octobre 2017 à 21:38

Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, lors du conseil des ministres de crise réuni le samedi 21 octobre à Madrid
Mariano Rajoy, premier ministre espagnol, lors du conseil des ministres de crise réuni le samedi 21 octobre à Madrid © AFP - Juan Carlos Hidalgo

Après une réunion de crise samedi, le gouvernement espagnol a décidé, comme le permet la constitution, de restreindre l'autonomie de la Catalogne après le référendum du 1er octobre sur l'indépendance. Le gouvernement régional va être destitué et de nouvelles élections régionales convoquées.

Les Catalans ne peuvent accepter les mesures "illégales" prises par le gouvernement espagnol, a estimé samedi soir Carles Puigdemont, président de l'exécutif de la province, qui a invité le Parlement local à réagir. Et d'ajouter : "Je demanderai au parlement qu'il convoque une séance plénière" pour répliquer aux décisions du gouvernement espagnol, qui sont selon lui une attaque contre les institutions catalanes sans précédent depuis la dictature de Francisco Franco.

Rajoy veut la destitution du gouvernement catalan

Un peu plus tôt, Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, a demandé samedi au Sénat de destituer de ses fonctions le gouvernement catalan afin de convoquer de nouvelles élections, dans les six mois, pour empêcher la sécession de la Catalogne. Le gouvernement espagnol s'est réuni samedi, lors d'un conseil des ministres de crise, pour décider d'appliquer l'article 155 de la constitution qui permet de suspendre la large autonomie accordée aux dix-sept régions.

Mariano Rajoy a reçu à nouveau vendredi un soutien de l'Union européenne et du roi d'Espagne, Felipe VI, afin de reprendre le contrôle administratif et politique en Catalogne, après le referendum sur l'indépendance, le 1er octobre, jugé illégal et inconstitutionnel.

"Nous appliquons l'article 155 parce qu'aucun gouvernement démocratique ne peut accepter qu'on viole la loi" — Mariano Rajoy, Premier ministre espagnol

Le gouvernement catalan destitué

Mariano Rajoy va demander au Sénat la destitution du président de la Generalitat de Catalogne, Carles Puigdemont, et de son gouvernement. "On ne suspend pas l'autonomie de la Catalogne" a-t-il affirmé samedi, "on destitue les personnes qui ont placé cet auto-gouvernement en dehors de la loi. On ne liquide pas l'auto-gouvernement, on reprend les rênes de la situation pour la légalité". Pour appuyer cette décision, le roi d'Espagne était intervenu vendredi en assurant que l’État saurait faire face à cette "tentative inacceptable de sécession (...) avec ses institutions démocratiques légitimes".

L'article 155 de la constitution espagnole de 1978 n'a jamais été appliqué. Madrid pourrait assumer directement des compétences dévolues à la région, un sujet très sensible en Catalogne. Cela implique une reprise en main de l'administration catalane et une prise de contrôle de la police régionale, les Mossos d'Esquadra, dont le chef a été inculpé de sédition pour ne pas avoir empêché le référendum d'autodétermination du 1er octobre.

De nouvelles élections régionales dans les six mois en Catalogne

Avec la destitution du président catalan et de son gouvernement catalan, qui devrait être approuvée fin octobre par le sénat espagnol, Mariano Rajoy compte également convoquer "dans les six mois" de nouvelles élections régionales. Les indépendantistes détiennent actuellement la majorité des sièges au parlement à Barcelone. Samedi, Mariano Rajoy a souhaité également s'adresser "à l'ensemble des Espagnols et en particulier les Catalans". "Je souhaite transmettre un message de tranquillité. Je suis parfaitement conscient de la difficulté du moment mais tous ensemble nous allons dépasser cette difficulté", a déclaré le Premier ministre espagnol.

Le conseil des ministres espagnol réuni exceptionnellement samedi 21 octobre autour de Mariano Rajoy - AFP
Le conseil des ministres espagnol réuni exceptionnellement samedi 21 octobre autour de Mariano Rajoy © AFP - Juan Carlos Hidalgo

Madrid avait prévenu

Depuis le referendum du 1er octobre, un dialogue de sourd s'était installé entre Madrid et Barcelone. Après l'échec de négociation, Mariano Rajoy, le cherf du gouvernement espagnol avait évoqué jeudi l'application de l'article 155 qui permet de suspendre l'autonomie d'une région espagnole. "Le gouvernement espagnol prend acte ce jeudi à 10h du matin, du refus du président du gouvernement autonome de Catalogne de se conformer à la demande qui lui avait été adressée le 11 octobre et dans laquelle il lui a été demandé d'informer clairement et précisément si une quelconque autorité de Catalogne avait proclamé l'indépendance de cette Communauté autonome et était invité à rétablir l'ordre constitutionnel modifié. En conséquence, le Gouvernement espagnol poursuivra les procédures prévues à l'article 155 de la Constitution pour rétablir la légalité dans l'autonomie de la Catalogne."

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Des centaines de milliers de Catalans réclament l'indépendance

Des centaines de milliers d'indépendantistes catalans, le leader séparatiste Carles Puigdemont en tête, ont envahi le centre de Barcelone samedi pour réclamer l'indépendance après que le gouvernement central a demandé la destitution de l'exécutif catalan.

La manifestation, qui a rassemblé 450.000 personnes selon la police locale, était prévue à l'origine pour réclamer la libération de deux leaders séparatistes, Jordi Cuixart, de Omnium Cultural, et Jordi Sánchez, de l'Assemblée nationale catalane (ANC), emprisonnés pour sédition, mais elle a pris une tournure différente après les annonces de Madrid.