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La Centrafrique sombre-t-elle dans un "nettoyage ethnique" ?

France Bleu jeudi 13 février 2014 à 11:46

Environ 1.600 soldats français sont déployés en Centrafrique
Environ 1.600 soldats français sont déployés en Centrafrique © MaxPPP

La situation s'envenime en Centrafrique. Des milices mènent une vaste campagne de représailles envers les civils musulmans, au point que le haut commissariat de l'ONU aux réfugiés parle de "nettoyage ethnique". Sur le terrain, soldats français et internationaux ne sont pas assez nombreux. La présidente par intérim a promis de faire "la guerre" à ces milices anti-balaka.

Catherine Samba Panza promet "la guerre " aux miliciens anti-balaka. La présidente par intérim de la Centrafrique l'a déclaré mercredi pendant une visite dans la ville de Mbaïki, "les anti-balaka qui voudront tuer seront traqués" .

"Les anti-balaka ont perdu le sens de leur mission. Ce sont eux qui tuent, qui pillent, qui volent". — Catherine Samba Panza, présidente centrafricaine

Après le coup d'Etat en mars dernier de Michel Djotodia et de sa coalition rebelle Séléka, à majorité musulmane, les milices anti-balaka ("anti-machettes" en Français) s'étaient créées pour lutter contre les exactions menées par les Séléka.

Une campagne de représailles contre les musulmans

Mais depuis la démission de Djotodia - devenu entretemps président - le 10 janvier dernier, la situation s'est retournée : les anti-balaka se sont lancés dans une campagne de représailles . Les civils musulmans, assimilés aux rebelles, en sont la cible principale. Ces milices se sont organisées, selon Human Rights Watch, qui affirme de plus que "leur objectif est l'élimination des musulmans en Centrafrique ".

La violence des tueries entre les deux camps est telle qu'Amnesty International parle désormais d'un "nettoyage ethnique" . Une expression appuyée par Antonio Gutteres, Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés :

"Il y a une catastrophe humanitaire en Centrafrique, des risques de nettoyage ethnico-religieux qui peuvent déchirer la structure sociale du pays" — Antonio Gutteres

Selon l'ONU, 800.000 personnes sont dans des camps de réfugiés. Pas moins de 100.000 personnes ont même pris la fuite du pays , d'après Amnesty International. Mercredi, le Programme alimentaire mondial a lancé un pont aérien pour assurer la livraison de 1.800 tonnes de céréales. Elles devraient permettre de nourrir 150.000 personnes pendant un mois.

Toujours pas de soldats européens ni de casques bleus

Sur le plan militaire, la situation semble avoir échappé aux troupes françaises et internationales, qui ne sont pas assez nombreuses : les soldats français sont 1.600 sur place, et les forces de la force de l'Union africaine (Misca) comptent 5.400 hommes, sur 6.000 prévus. Et ni l'aide européenne, qui doit apporter 500 hommes de plus, ni les casques bleus de l'ONU, ne sont déployés.

Mardi à Brazzaville, Jean-Yves le Drian a déclaré que les forces internationales étaient prêtes à contrer les milices "par la force " - ce que permet le mandat des Nations Unies. Le ministre de la Défense a également exclu l'éventualité d'une partition du pays : "Pour la France, il n'y a et il n'y aura qu'une seule Centrafrique, qu'une seule chef de l'Etat ", a-t-il déclaré.