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International

La France va rendre 26 œuvres d'art réclamées par le Bénin

vendredi 23 novembre 2018 à 22:04 Par Géraldine Houdayer, France Bleu

Emmanuel Macron a décidé de rendre "sans tarder" 26 œuvres d'art réclamées par le Bénin. Ces œuvres sont des prises de guerre de l'armée française, à la toute fin du XIXe siècle, pendant la colonisation. Des dizaines de milliers d'objets d'art ont été spoliés en Afrique pendant la colonisation.

Les statues royales d'Abomey, propriétés du musée du Quai Branly, vont être rendues au Bénin
Les statues royales d'Abomey, propriétés du musée du Quai Branly, vont être rendues au Bénin © Maxppp - CHRISTOPHE PETIT TESSON

Emmanuel Macron a décidé de restituer "sans tarder" 26 œuvres réclamées par le Bénin, prises de guerre de l'armée française en 1892, a annoncé vendredi l'Elysée, après la remise d'un rapport sur la restitution par la France d’œuvres d'art africain. Entre 85 à 90% du patrimoine africain serait hors du continent, principalement dans les musées européens, selon les experts.

La France va étudier une "politique d'échanges" d’œuvres d'art 

Le Bénin, qui avait contribué à lancer le dossier en réclamant la restitution des statues royales d'Abomey, actuellement propriété du musée du Quai Branly, s'était réjoui dès le début de la semaine que la France "soit allée au bout du processus". Pour l'Elysée, la restitution des œuvres béninoises ne doit pas constituer un cas isolé ni purement symbolique.

Il faut que "la jeunesse africaine ait accès en Afrique à son propre patrimoine", a redit vendredi l'Elysée, qui a rappelé le souhait émis par le président que "d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives". Le chef de l'Etat, qui s'était engagé l'an dernier à étudier ces restitutions, propose aussi de "réunir à Paris au premier trimestre 2019 l'ensemble des partenaires africains et européens" pour définir le cadre d'une "politique d'échanges" d’œuvres d'art. 

Il avait commandé en mars à deux universitaires, Felwine Sarr, de l'université de Saint-Louis (Sénégal) et Bénédicte Savoy, du Collège de France, un rapport sur la question.

Des milliers d’œuvres spoliées pendant la colonisation

Le chef de l'Etat "souhaite que toutes les formes possibles de circulation de ces œuvres soient considérées : restitutions, mais aussi expositions, échanges, prêts, dépôts, coopérations", indique l'Elysée. Le rapport qui lui a été remis vendredi propose une évolution de la législation afin de restituer aux États demandeurs des milliers d’œuvres d'art africain arrivées pendant la colonisation, et qui se trouvent aujourd'hui dans les musées français. 

Plusieurs conditions pour restituer les œuvres pillées 

Il insiste cependant sur plusieurs conditions, comme une demande préalable des Etats concernés, et une information précise sur leur provenance. Il faut aussi des structures pour accueillir les œuvres dans de bonnes conditions, comme le réclament les musées. Pour la future politique d'échange, le président français souhaite d'ailleurs que "les musées jouent un rôle essentiel dans ce processus".

Les autres ex-puissances coloniales d'Europe appelées à contribuer 

Emmanuel Macron réclame également "un travail approfondi avec les autres Etats européens qui conservent des collections de même nature acquises dans des circonstances comparables". Ce sont principalement la Belgique, le Royaume Uni et l'Allemagne.

70.000 objets d'art africain au musée du Quai Branly 

Le périmètre des restitutions pourrait englober les biens pillés, volés, butins de guerre, mais aussi ceux, très nombreux, acquis à des prix dérisoires. Au moins 90.000 objets d'art d'Afrique sub-sahariennes sont dans les collections publiques françaises. Plus des deux tiers des objets d'art, 70.000, se trouvent au Quai Branly, dont 46.000 "acquises" durant la période 1885-1960. Plus de vingt mille autres se trouvent dispersés dans de nombreux musées.