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Le parcours d'un Grenoblois parti faire le jihad en Syrie

France Bleu Isère lundi 10 mars 2014 à 6:00

Bilel avait 23 ans.
Bilel avait 23 ans. © DR - (capture d'écran)

Bilel, un étudiant en licence d’économie à Grenoble, est mort le 18 février 2014 à Homs, en Syrie, d’une balle dans le cœur. Il avait quitté la France le 5 juillet pour combattre le régime de Bachar Al-Assad, parti faire le jihad. France Bleu Isère a réussi à retracer le parcours de ce jeune homme de 23 ans embrigadé avec d’autres jeunes Français.

Fin 2010, à la suite d'une rupture sentimentale difficile , Bilel cherche la paix intérieure à travers l'Islam. Il fréquente les mosquées et trouve bon nombre de réponses sur Internet notamment les réseaux sociaux. C'est là qu'il entre en contact avec d'autres passionnés de religion. S'en suit une "radicalisation" : il ne fête plus les anniversaires, refuse de parler aux femmes, porte la barbe et la djellaba "seulement un an, un an et demi après" , selon sa sœur.

"Il partait sur Paris et Lyon rencontrer ses amis Internet"

"De nature timide mais joviale" , d'après Béchir, l'imam de la mosquée de l'Alma que fréquentait Bilel, le jeune homme reste lui-même mais garde une part d'ombre et d'inconnu notamment lorsqu'il rend visite à ses "amis Internet" à Paris ou Lyon. C'est d'ailleurs à la suite d'un de ces week-ends que le jeune étudiant grenoblois annonce son intention de gagner la Syrie pour "défendre le peuple syrien" .

À l'université, ses camarades ont bien remarqué le changement d'attitude de l'étudiant, "mais comment savoir ses intentions, vers qui se tourner pour en parler" , s'interroge Aymeric Suchet, le président du BDE des étudiants en éco-gestion à Grenoble.

[WEB] Aymeric Suchet, du BDE des étudiants en éco-gestion, ne voit pas comment il peut prévenir ces comportements.

Il vend sa voiture pour mille euros le matin même du départ

Sa décision prise, Bilel n'en parle à personne et impose à sa famille de garder le silence sous peine de partir sans dire au revoir . Une semaine avant le 5 juillet 2013, celui qui se fera appeller Bilel Abu Siddiq Al Tounsi sur les champs de bataille syriens, vend son matériel informatique et sa voiture une bouchée de pain le matin même.

Le coffre plein de médicaments pour venir en aide aux réfugiés syriens, Bilel se lance à l'assaut des quarante heures de route et des 4000 km qui le séparent de Damas. Une fois sur place, le seul garçon de la famille ne coupe pas les ponts. Au contraire, il donne des nouvelles régulières par Skype , SMS, téléphone avec toujours un "grand sourire aux lèvres et sa bonne humeur" , souligne sa soeur. 

Bilel avait changé en quelques mois selon son entourage. (capture d'écran) - Aucun(e)
Bilel avait changé en quelques mois selon son entourage. (capture d'écran)
228 jours après son départ, le 18 février 2014 à Homs, Bilel Abu Siddiq Al Tounsi reçoit une balle en plein cœur et décède. Son ami à ses côtés appelle la famille et annonce que Bilel est "mort en martyr" . Quelques heures après son décès, une vidéo – visiblement de propagande pour un groupe islamiste – circule sur internet. Ce sont les dernières images de Bilel vivant.

Reportage : Florian Vautrin

Le parcours d'un Grenoblois pris dans le jihad en Syrie.