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Proche-Orient : l'escalade de violence entre Israéliens et Palestiniens en trois questions

Par Marina Cabiten et Thibaut Lehut, France Bleu mercredi 14 octobre 2015 à 14:25

Des Palestiniens jettent des pierres aux forces israéliennes
Des Palestiniens jettent des pierres aux forces israéliennes © Maxppp

La nouvelle vague de violence entre Israéliens et Palestiniens a connu mardi sa journée la plus meurtrière, et poussé Israël à déclencher des mesures sécuritaires. Comment et pourquoi le conflit israélo-palestinien est-il entré dans une nouvelle phase critique ? France Bleu fait le point.

"La police est en train d'installer des postes de contrôle aux sorties des villages et des quartiers de Jérusalem-Est", a annoncé Israël mercredi matin. C'est de cette partie de la ville, palestinienne mais annexée et occupée par Israël, que sont issus la plupart des Palestiniens à l'origine des récentes attaques. Depuis des semaines, le conflit israélo-palestinien vit une nouvelle phase de fortes violences. Pour l'instant localisées, elles font planer l'inquiétude d'un embrasement général.  

Quand et comment cette nouvelle vague de violence est-elle née ? 

Les observateurs n'évoquent pas tous la même date pour donner un début à cette crise. C'est le journaliste franco-israélien Charles Enderlin qui remonte le plus loin. Selon lui mercredi sur France Info,  "ce cycle de violence a commencé vers le 31 juillet avec un attentat commis, d’après ce que l’on sait, par des extrémistes juifs dans un village palestinien près de Naplouse. L’incendie d’une maison, un bébé brûlé vif, les parents morts à l’hôpital. Ensuite cela a été le début d’une descente aux enfers."

Il y a depuis eu des paliers dans cette escalade. Le Nouvel an juif peut-être considéré comme le premier d'entre eux, avec la question de l'accès à l'esplanade des Mosquées. Ce lieu est important à la fois dans l'islam et le judaïsme. Depuis la Guerre des Six jours en 1967, les musulmans peuvent y prier quand ils le souhaitent, mais les juifs ne peuvent y entrer qu'à certaines heures et avec l'interdiction de prier. En septembre dernier, certains juifs ultra-orthodoxes (ils revendiquent le droit de prier sur ce site) n'ont pas respecté cette consigne. Des Palestiniens ont traduit cela comme une volonté du gouvernement israélien de changer les règles qui régissent l'accès à ce lieu, ce que l'on appelle le statu quo. Des affrontements éclatent le 13 septembre, et en représailles le gouvernement interdit l'accès du site aux musulmans de moins de 50 ans, ce qui entraîne encore des violences. 

Le 1er octobre, un nouveau cran est franchi avec l'assassinat de deux colons, un couple criblé de balles sous les yeux de ses enfants, dans le nord de la Cisjordanie. C'est depuis ce jour que les violences se sont nettement multipliées, jusqu'à la journée la plus meurtrière mardi 13 octobre. Trois Israéliens ont été tués dans une attaque à la voiture bélier et dans l'attaque d'un bus avec une arme à feu. Un Palestinien a également été tué par l'armée israélienne à Bethléem. 

Que signifie ce soulèvement ? 

Depuis quelques jours, la presse évoque une "Intifada des couteaux". Le terme "Intifada" désigne deux soulèvements populaires des Palestiniens contre l'armée israélienne, en 1987 et en 2000. Mais ce nouvel affrontement se différencie des précédents par le profil des Palestiniens qui mènent depuis le 1er octobre des attaques contre policiers ou civils israéliens. Ils ne sont pas organisés, agissent spontanément et la plupart du temps uniquement armés de couteaux de cuisine. Ce sont des jeunes, qui n'ont rien connu d'autre que le conflit israélo-palestinien. 

Toujours pour le journaliste Charles Enderlin, leur révolte a deux racines : d'une part une situation socio-économique morose qui ne donne pas d'espoir à ces jeunes, et d'autre part une désillusion totale concernant la création d'un État palestinien. Les dernières législatives israéliennes, en mars, ont donné naissance à l’un des gouvernements les plus extrémistes sur la question de la cohabitation avec les Palestiniens. Et le Premier ministre Benyamin Nétanyahou refuse clairement la création d'un État palestinien. 

Que peut-il se passer maintenant ? 

La situation est "extrêmement préoccupante et dangereuse" selon l'Élysée. La communauté internationale craint un embrasement général. Le week-end dernier, les raids de l'armée ont frappé la bande de Gaza faisant neuf morts. Israël a expliqué que lors d'une manifestation de soutien aux Palestiniens de Jérusalem, certains habitants de Gaza se sont "approchés dangereusement" de la barrière qui les sépare du territoire israélien. Une nouvelle offensive terrestre dans la bande de Gaza est-elle à craindre ? 

Elle n'a encore jamais été évoquée par les autorités. Mercredi ont été annoncées l'installation de check-points à Jérusalem, l'annonce d'éventuels couvre-feux, ou encore le fait que les corps des auteurs d'attaques ne seront pas rendus à leurs proches. Le cabinet de sécurité d'israël pourrait décider d'autres mesures contre "l'incitation à la violence". "La troisième Intifada a-t-elle commencé ?" se demande mercredi le journal israélien de gauche Haaretz, pour lequel le Premier ministre Netanyahu a tort de répondre à cette situation par la force et non par le dialogue. Si les États-Unis ont fermement condamné les deux attaques "terroristes" à Jérusalem, l'ONU a de son côté critiqué "l'usage apparemment excessif de la force" israélienne contre les Palestiniens en Cisjordanie.

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