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De jeunes syriens étudiants à l'université de Poitiers témoignent

Par Mélanie Barbotin, France Bleu Poitou lundi 17 avril 2017 à 7:00

Ancien drapeau de la Syrie que les rebelles se sont réappropriés.
Ancien drapeau de la Syrie que les rebelles se sont réappropriés. © Maxppp - Aurélien Morissard

Pendant que la communauté internationale se déchire pour savoir s'il y a bien eu attaque chimique à Khan Cheikhoun, à l'ouest de la Syrie, de jeunes syriens étudiants à l'université de Poitiers s'inquiètent pour leur famille restée au pays. Ils témoignent.

Comme tous les étudiants, Koutaiba et Musab, 21 et 22 ans, sont en session révision, plongés dans leur livres de physique, avant les examens. Tous les deux sont réfugiés depuis maintenant deux et demi à Poitiers. Ils ont reçu une bourse pour poursuivre leurs études de sciences car dans leur pays c'est impossible. "Mon père est médecin. Et tout ce qu'il a fait c'est aider les gens blessés et bombardés par le régime et donc pour le régime mon père et toute ma famille nous sommes des terroristes", raconte Koutaiba. De son côté Musab sait qu'il risque gros car son frère à quitter l'armée de Bachar Al-Assad en 2012.

Je n'avais jamais quitter la Syrie avant

Ennemis du régime syrien, ils ont traversé la frontière turque avant de venir en France, un pays dans lequel ils n'avaient jamais pensé s'installer. "Je n'avais jamais quitter la Syrie avant. Je suis arrivé à Paris, puis j'ai dormi dans le train pour arriver ici. Quand je me suis réveillé, j'ai vu la gare de Poitiers et là, je me suis dit, Ok, c'est la France!"

Les réseaux sociaux principal outil de communication

Aujourd'hui les deux jeunes hommes se sentent privilégiés, mais cette nouvelle vie à un prix, car derrière eux, Musab et Koutaiba laissent amis et famille. "C'est stressant car on sait qu'ils peuvent se faire bombarder et mourir à tout moment". D'ailleurs la dernière attaque chimique, qui a lieu la semaine dernière, n'était pas très loin du village où habitent les parents de Musab.

Leur priorité c'est donc de prendre de leurs nouvelles et la tâche n'est pas simple. "Le régime à couper les réseaux mobiles et téléphoniques, alors si ma mère veut me parler elle doit se déplacer dans un magasin qui a internet, mais le réseau est très lent". Impossible de se voir ou de se téléphoner pendant des heures, seulement quelques minutes par semaine. "Mais ils ne veulent pas nous dire la vérité. Ils disent que ça va. ils ne veulent pas nous inquiéter". Pour le reste, ils comptent sur les réseaux sociaux. Photos, messages, tous les moyens sont bons pour rester en contact. Facebook est même leur principal moyen de communication.

On aimerait que les Nations-Unies et l'Europe fassent quelque chose

C'est par la télévision parfois qu'ils apprennent que des attaques chimiques ont eu lieu. Pourtant ils se méfient des médias français. "Ils expliquent mal. Ils opposent Bachar Al-Assad à Daesh, mais on parle peu des civils et de ce qu'ils vivent". En plein cœur de l'élection présidentielle française, ils aimeraient que les candidats parlent un peu plus de la Syrie. "On aimerait aussi que les Nations-Unies et l'Europe fassent quelque chose pour ramener la paix en Syrie". Un pays, dans lequel ils espèrent revenir pour le reconstruire.