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Syrie : un nouveau cessez-le-feu pour évacuer les rebelles et les civils d'Alep

Par Géraldine Houdayer, France Bleu mardi 13 décembre 2016 à 20:50 Mis à jour le jeudi 15 décembre 2016 à 7:48

La ville d'Alep, dévastée, est désormais aux mains du régime de Bachar Al-Assad.
La ville d'Alep, dévastée, est désormais aux mains du régime de Bachar Al-Assad. © AFP - George Ourfalian

Un nouvel accord de cessez-le-feu a été conclu à Alep ce mercredi soir. L'évacuation des rebelles syriens et des familles de civils devrait commencer ce jeudi matin. En contrepartie, deux villages chiites, assiégés par les insurgés syriens, doivent êtres évacués.

Un nouvel accord de cessez-le-feu a été conclu à Alep ce mercredi soir, quelques heures après l'échec du précédent, et l'évacuation des insurgés et des civils devrait commencer d'ici peu, ont déclaré deux responsables rebelles et un responsable pro-Assad. Un porte-parole militaire du groupe rebelle Nour al Dine al Zinki, Salam Abdoul Razak, a déclaré à l'agence Reuters que l'accord de cessez-le-feu entrerait en vigueur "dans les prochaines heures".

L'évacuation doit débuter ce jeudi matin

Selon un responsable du Front Chamiya, un groupe rebelle présent à Alep-Est, l'opération d'évacuation devrait débuter jeudi vers 06h. Un responsable de l'alliance militaire soutenant le président syrien Bachar al Assad a confirmé qu'un accord avait été conclu en contrepartie de l'évacuation de 15.000 personnes assiégées par les insurgés dans les villages chiites de Foua et Kefraya, dans la province d'Idlib. Cette condition de dernière minute posée par l'Iran avait fait capoter plus tôt dans la journée le précédent accord de cessez-le-feu à Alep conclu mardi entre la Russie, alliée militaire clé du régime de Damas, et la Turquie, qui soutient les rebelles de l'Armée syrienne libre.

Les combattants et les familles pourront quitter la ville, selon un responsable pro-Assad

Le responsable pro-Assad a précisé que "les combattants, leurs familles et tous les civils qui veulent partir" d'Alep pourraient le faire en direction de la province d'Idlib. Le régime syrien avait repris mercredi ses bombardements sur la dernière poche rebelle d'Alep, après une pause de plusieurs heures qui devait permettre l'évacuation de civils et de rebelles de la deuxième ville du pays. Cette reprise des violences était intervenue alors que l'évacuation de milliers de rebelles et de civils des quartiers de la rébellion, prévue pour 05h selon l'OSDH, avait été retardée. Les rebelles ne contrôlent plus qu'une portion infime du territoire qu'ils avaient conquis en 2012 dans l'est d'Alep, depuis le lancement à la mi-novembre d'une offensive foudroyante de l'armée syrienne qui a repris un à un les quartiers de l'opposition.

Plusieurs dizaines de civils exécutés ces derniers jours

L'enjeu humanitaire est immense, puisque des dizaines de milliers de personnes restent assiégées dans les derniers quartiers rebelles d'Alep, soumis au pilonnage de l'armée, qui est sur le point de remporter sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011. Ces dernières heures, l'ONU s'est alarmée de l'exécution présumée de dizaines de civils par les troupes du régime de Bachar al-Assad, et les ONG ont lancé un cri d'alarme sur la tragédie humanitaire dans "l'enfer" d'Alep, ville dévastée du Nord.

Une défaite importante pour les rebelles syriens

Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et à l'artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d'Alep-Est, conquis en 2012, et sont cantonnés surtout dans le grand quartier d'al-Machad. Déjà, plus de 130.000 civils ont fui les quartiers Est, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Incapable d'arrêter la machine de guerre du régime de Bachar al-Assad, la communauté internationale tentait dans l'urgence de stopper le drame humanitaire dans la ville. Le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville, a fait état "d'informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants" dans des quartiers de la ville repris par l'armée.

Le Premier ministre français Bernard Cazeneuve a condamné les "innombrables atrocités" commises par le régime contre les civils qui peuvent constituer des "crimes de guerre, voire des crimes contre l'Humanité". En quatre semaines, l'offensive a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l'OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles à Alep-Ouest. Le conflit en Syrie a fait depuis mars 2011 plus de 310.000 morts et jeté hors de leurs foyers plus de la moitié de la population.

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