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Un Franco-Syrien de Poitiers témoigne : "à Alep, c'est tout notre passé qui est en train d'être effacé"

Par Aurore Jarnoux, France Bleu Poitou jeudi 15 décembre 2016 à 19:19

Amir Mistrih vit à Poitiers depuis treize ans.
Amir Mistrih vit à Poitiers depuis treize ans. © Radio France - Aurore Jarnoux

Près d'un millier d'habitants d'Alep ont été évacués ce jeudi des quartiers rebelles de la ville. Le régime de Bachar Al-Assad est sur le point de reprendre la deuxième ville du pays. Pour Amir Mistrih, un Franco-Syrien vivant à Poitiers, il faut que la guerre cesse. Sa sœur vit toujours à Alep.

Amir Mistrih est très calme, le ton posé, le sourire aux lèvres. Ce Franco-Syrien est venu s'installer à Poitiers en 2003, il y a treize ans. Aujourd'hui, il a fondé une famille dans la Vienne, travaille au rectorat mais la Syrie est au cœur de ses pensées.

L'inquiétude pour sa sœur restée à Alep

Amir Mistrih a grandi à Alep. Il a quitté la Syrie pour étudier en France mais sa sœur vit toujours là-bas. Et il l'appelle quotidiennement. "Ça m'arrive la nuit de voir une bombe tombée dans son quartier, explique Amir. Je l'appelle alors, même à minuit, pour savoir si elle est touchée ou pas".

Quand il a sa sœur au téléphone, elle lui raconte "les bombes qui tombent dans tous les coins de la ville". Amir Mistrih se souvient que "l'année dernière, ma nièce a échappé à une bouteille de gaz tombée sur le balcon. C'est la porte qui a tout pris, elle était juste derrière."

C'est une situation atroce que les gens d'Alep vivent depuis cinq ans."

On regarde tous les matins si ma sœur est toujours vivante"

Le Franco-Syrien regarde tous les jours des reportages, des photos sur Alep. Tout ça lui fait mal au cœur : "on reconnaît les quartiers, les rues, les restaurants où on est passés".

On ne se donne plus le droit de se plaindre car c'est une petite souffrance comparée à celle des habitants d'Alep"

Après cinq ans de guerre civile, Amir Mistrih essaie de se détacher, quelques heures au moins, du conflit. "On est dans cette guerre, on est concernés mais un peu trop des fois, souligne Amir. Il faut mettre de limites pour qu'on puisse continuer notre vie, on doit pour notre entourage être "normaux".

Retourner au plus vite en Syrie

Aujourd'hui, Amir Mistrih ne souhaite qu'une chose, la fin de la guerre, pour pouvoir retourner voir ses proches en Syrie. "J'espère participer à une réconciliation si je peux, poursuit Amir. On est tous des Syriens et il faut qu'on soit solidaires et qu'on s'aide."

Au total, le conflit en Syrie a fait plus de 312 000 morts depuis 2011. Plus de la moitié des habitants ont du fuir leur logement.

Un rassemblement en soutien au peuple syrien, organisé par par le collectif "D'ailleurs nous nommes d'ici", aura lieu ce samedi à 11h sur la place du Général de Gaulle à Poitiers.