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D'Alep à Ramonville, les premiers réfugiés syriens accueillis en Haute-Garonne racontent leur voyage

Par Jean Saint-Marc, France Bleu Toulouse vendredi 9 octobre 2015 à 21:36

La famille Al-Faraj accueillie par le préfet au centre social de Ramonville
La famille Al-Faraj accueillie par le préfet au centre social de Ramonville © Radio France - Jean Saint-Marc

Après un mois et demi d'un voyage très difficile, sept syriens originaires d'Alep ont posé leurs valises ce vendredi à Ramonville-Saint-Agne. Ils sont les premiers réfugiés syriens accueillis en Haute-Garonne dans le cadre du plan européen présenté début septembre.

"Merci. Choukrane" : voilà les deux mots que les sept membres de la famille Al-Faraj ont le plus prononcé ce vendredi lors de leur accueil par le préfet et les élus locaux de Ramonville-Saint-Agne. "Nous sommes très touchés, nous n'avons pas de mots pour vous dire merci" a répété le père de famille, un ingénieur qui vivait à Alep et qui a fait un mois et demi de voyage avec sa femme, ses deux petites filles de cinq et sept ans et trois neveux. 

Quand notre bateau est tombé en panne, j'ai vraiment cru que j'allais perdre mes enfants

Un voyage d'ailleurs très éprouvant qu'il a tout de suite raconté aux autorités venues les accueillir : "nous avons fait principalement de l'auto-stop, et beaucoup marché. En un mois et demi, nous n'avons dormi que deux fois dans des lits. Le reste du temps c'était à la belle étoile". Voyage fatigant, voyage parfois  effrayant : "nous avons eu très peur en traversant la zone contrôlée par l'Etat islamique. Mais le pire moment c'était la traversée entre la Turquie et la Grèce. Le moteur de la barque est tombé en panne, nous avons attendu pendant quatre heures l'arrivée des secours. J'ai vraiment cru que j'allais perdre mes enfants"

Vols, policiers brutaux et frontières fermées

Une fois arrivée à Athènes, la famille Al-Faraj pense avoir fait le plus difficile. Mais pas du tout. Le père parle alors de ces voyous qui leur ont volé toutes leurs économies, des policiers macédoniens qui, dit-il, ont brutalisé toute la famille... Et bien sûr des frontières fermées. Ce n'est qu'en arrivant en Allemagne qu'ils ont été pris en charge, emmenés en bus jusqu'en France où ils ont passé quelques temps en centre d'accueil... Avant de retrouver à Ramonville une vraie maison.

Le père, sa femme et leurs deux petites filles vont vivre dans une petite maison, un ancien logement de fonction. Les trois jeunes adultes vivront eux dans un logement "débloqué d'urgence". Dès lundi les petites seront scolarisées à l'école : des instituteurs ont accepté de s'occuper d'elles immédiatement. Les parents et les jeunes hommes vont eux suivre des cours de français avant de pouvoir, éventuellement, entamer des démarches pour reprendre leurs études (les neveux Al-Faraj étaient étudiants en médecine et en architecture) ou rechercher un emploi. 

234 logements disponibles dans le département

Dans toutes ces démarches, ils seront accompagnés par les travailleurs sociaux du centre social de Ramonville, et par les services de l'Etat. "Considérez que vous êtes désormais sous la protection de la République" leur a lancé le préfet Pascal Mailhos, qui dit ne pas savoir combien d'autres familles syriennes vont venir s'installer en Haute-Garonne : "les choses se feront progressivement, en fonction des souhaits et des logements qui sont disponibles et en fonction des conditions de réinsertion. Mais nous sommes dans le cadre d'un pilotage national où on nous attribue, au fur et à mesure, un certain nombre de familles dont nous devons nous occuper". Au total la préfecture a comptabilisé 234 logements disponibles. Seize communes de Haute-Garonne se sont portées candidates pour accueillir des réfugiés.