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International

Une Toulousaine qui a perdu son fils en Syrie demande "un geste humanitaire" pour les enfants de djihadistes français

vendredi 15 mars 2019 à 12:57 Par Mathieu Ferri, France Bleu Occitanie

La Toulousaine Dominique Bons a fondé l'association "Syrien ne bouge, agissons", pour aider les familles concernées et sensibiliser les jeunes sur la radicalisation. Elle était l'invitée de France Bleu Occitanie ce vendredi matin, et en a profité pour lancer un appel à Emmanuel Macron.

Dominique Bons, présidente de l'association "Syrien ne bouge, agissons"
Dominique Bons, présidente de l'association "Syrien ne bouge, agissons" © Radio France - Mathieu Ferri

Toulouse, France

France Bleu Occitanie : Fin 2013 vous avez perdu votre fils Nicolas, qui était devenu djihadiste en Syrie. Vous avez depuis lancé votre association. Quel est votre combat aujourd'hui ?

Dominique Bons : Au départ, c'était pour aider les familles dans la même situation que moi. À l'époque j'étais la première dans ce cas. C'est vrai que ça a porté, car énormément de familles m'ont contactée par la suite. Maintenant, mon but est sur la prévention des jeunes et du grand public, pour éviter le malheur qui nous touche nous, les familles.

Justement, est-ce que vous arrivez à toucher les jeunes qui seraient tentés par le djihad ? Et qu'est-ce que vous leur dites ? 

Je suis intervenue quelques fois dans des établissements scolaires. Effectivement, dire mon témoignage devant de jeunes élèves, ça porte énormément, ça les touche aussi. Et le but c'est aussi de les prévenir des dangers d'un enrôlement dans une mouvance djihadiste. Je pense qu'il faut leur dire, il faut être honnête avec eux. Car une fois enrôlé, c'est difficile d'en sortir. Ça équivaut à une base sectaire.

"J'ai écrit à M. Macron, et plusieurs ministres. Je n'ai jamais eu de réponse."

La parole d'une maman, ça parle à ces jeunes ?

Oui, tout à fait. J'ai eu des questions très pertinentes d'élèves, que j'ai gardé d'ailleurs. Maintenant je travaille dans ce sens pour intervenir partout où il y a de la jeunesse. Mais aussi auprès du grand public, de l'opinion publique, qui nous détruit plus qu'autre chose, car [les Français] ne connaissent pas ce que nous vivons, nous les familles, et je ne leur souhaite pas d'ailleurs. Je ne suis pas là pour critiquer, je suis là pour aider.

L'État français vous abandonne ? Vous dites que vous n'avez aucun contact, aucun suivi de la part des autorités... 

Sous le gouvernement de M. Hollande, j'ai été reçu par des ministres (NDLR : Bernard Cazeneuve à l'Intérieur, et Christiane Taubira à la Justice). Sous ce nouveau gouvernement, j'ai écrit à M. Macron, et plusieurs ministres. Je n'ai jamais eu de réponse.

"Ces enfants n'ont rien demandé, ils sont victimes des erreurs de leurs parents."

Il y a la question du retour des djihadistes français, et celui des enfants de djihadistes, qui sont aujourd'hui en Syrie ou en Irak. Le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez a dit il y a deux jours qu'il n'y avait "pas de retour envisagé" pour ces enfants. Comment vous réagissez face à ça ?  

Il y a des grands-parents qui sont dans l'attente, c'est très difficile pour eux. Eux, ce qu'ils souhaitent surtout, c'est faire revenir leurs petits-enfants pour essayer de les sauver de cette situation. Il y en a qui sont très malades, d'autres orphelins. Il a même été question de ramener les enfants sans les mères, mais apparemment les Kurdes ne sont pas d'accord. Je ne vois pas trop comment on peut faire. Je veux faire passer un message auprès du président de la République, au nom des familles concernées : de faire un geste humanitaire, car ces enfants n'ont rien demandé, ils sont victimes des erreurs de leurs parents.

La France laisse pourrir les choses ?

Je dirais que oui. Car j'estime que le gouvernement français se doit d'informer les familles et de leur dire quelque chose.

Vous avez le sentiment que l'État vous condamne alors que vous, les parents, vous n'y êtes pour rien ? Et que les enfants n'y sont pour rien non plus, parce qu'ils n'ont pas choisi ? 

Les autorités essaient de ne pas trop en parler, mais pour quelle raison, je ne sais pas. Mais il faut trouver une solution, on ne peut pas laisser la situation comme ça, ce n'est pas possible . Des enfants entre 1 et 6 ans, je ne pense pas que cela soit des futurs terroristes si on s'occupe d'eux immédiatement. Il faut les sortir des griffes de tout ça. 

Pour vous, c'est une question d'humanité ?

D'humanité et de temps. Parce que plus on attend, plus les enfants vont mourir s'ils sont mal nourris ou délaissés. Il y a des orphelins qui se baladent, on ne sait même pas ce qu'ils vont devenir. Ils sont pris en charge, mais ils ont besoin de soins, etc.