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Médias – People

Charlie Hebdo porte plainte pour menaces de mort après sa une sur Tariq Ramadan, une enquête ouverte

lundi 6 novembre 2017 à 16:11 - Mis à jour le mardi 7 novembre 2017 à 15:34 Par Géraldine Houdayer et Julien Baldacchino, France Bleu

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire ce lundi après les menaces de mort consécutives à la une de Charlie Hebdo sur l'islamologue Tariq Ramadan, visé par des accusations d'agressions sexuelles et de viol. Le journal avait porté plainte quelques heures plus tôt.

Le directeur de la publication de Charlie Hebdo, Riss, a déploré ce lundi la banalisation des appels au meurtre.
Le directeur de la publication de Charlie Hebdo, Riss, a déploré ce lundi la banalisation des appels au meurtre. © AFP - Bertrand Guay

Charlie Hebdo "dépose plainte" après les menaces de mort diffusées sur les réseaux sociaux à cause d'un dessin représentant l'islamologue Tariq Ramadan, visé par deux plaintes pour viol, a annoncé lundi le dessinateur Riss, son directeur de la publication. Dans sa dernière édition, parue mercredi, l'hebdomadaire satirique représente le théologien le pantalon déformé par un énorme sexe en érection, et proclamant: "Je suis le 6ème pilier de l'islam". "VIOL : La défense de Tariq Ramadan", peut-on lire au-dessus du dessin signé Juin.

Dans les heures qui ont suivi, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire sur ces menaces, selon une source judiciaire. Elle vise des "infractions de menaces de mort par écrit et d'apologie publique d'un acte de terrorisme commise aux moyens d'un service de télécommunication en ligne".

Mardi, Edouard Philippe a déclaré qu'il souhaitait "des poursuites" contre les auteurs de menaces anonymes sur Twitter, pour que "des sanctions puissent être prononcées", a-t-il dit lors des questions au gouvernement.

Polémique sur le sixième pilier de l'islam

Interrogé sur l'angle choisi pour ce dessin, Riss a fait valoir, sur Europe 1, que Tariq Ramadan se présentait lui-même comme "un islamologue, comme un sachant", c'est pourquoi le dessin fait référence au "6e pilier de l'islam, le djihad". Les cinq piliers de l'islam constituent le fondement du mode de vie islamique : la profession de foi, la prière, la zakat (l'aumône), le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque une fois dans la vie pour ceux qui en ont les moyens. Le djihad est considéré comme le sixième pilier de l'islam par une minorité au sein du sunnisme bien qu'il n'en ait pas le statut officiel.

Des menaces de mort explicites adressées au journal

Sur les messages de haine et les menaces adressées à Charlie Hebdo, Riss a déclaré qu'ils n'ont "jamais vraiment cessé". "Mais c'est vrai que parfois, il y a des pics où on reçoit sur les réseaux sociaux des menaces de mort explicites : c'est le cas une fois de plus", a-t-il ajouté. "C'est toujours difficile de savoir si ce sont des menaces sérieuses ou pas, mais par principe, on les prend au sérieux et on dépose plainte", a-t-il dit.

Pour Riss, les appels au meurtre se banalisent

"Ce n'est pas simplement de la contestation ou de la discussion, ce n'est même pas de l'injure, c'est au-delà de ça : c'est que maintenant, ça s'est banalisé d'appeler au meurtre"**,** a expliqué Riss. C'est "assez inquiétant" et "révèle un climat assez lourd", estime-t-il. "On n'accepte pas d'être traité de cette manière-là. Il y a une ligne rouge à ne pas franchir", a poursuivi Riss. "Menacer de mort quelqu'un, ce n'est ni autorisé dans la rue, ni dans un journal, ni nulle part, c'est 'poursuivable'", a-t-il ajouté, déplorant ces "bouffées de haine". "Au-delà du sérieux de ces menaces de mort, c'est une question de climat", a souligné le dessinateur. Il juge "étonnant qu'après tout ce qui s'est passé depuis 2, 3, 4 ans, il y ait encore des réactions aussi violentes, des appels au meurtre".